Sans surprise, les élections municipales ont donné lieu aux habituels communiqués de victoire, aux explications parfois laborieuses des défaites « honorables » ainsi qu’aux ‹« savants » commentaires et analyses.
Pourtant, avant même le premier tour, le quotidien Le Monde s’inquiétait d’un éventuel désamour persistant envers les élections, y compris pour des enjeux locaux. Dès le lendemain du premier tour, Le Figaro en dressait le constat : « ce jour de vote sonne surtout comme un nouvel avertissement sur la fatigue démocratique qui gagne le pays. »
Déconvenue historique
Malgré une certaine mobilisation lors du deuxième « round », force est de constater que l’abstention est restée globalement stable, atteignant ainsi des chiffres historiques pour des élections municipales dans le cadre de la Vᵉ République. À ce sujet, Le Courrier des maires et des élus locaux note : « cette grève des votes ne se limite plus aux seules grandes villes et leurs banlieues populaires de l’Hexagone comme des Outre-mer mais gagne de façon inédite nombre de villes moyennes ».
Même dans les cas de maires dont l’élection s’apparente à un quasi-plébiscite – cas de David Lisnard à Cannes, par exemple –, ces victoires s’inscrivent, elles aussi, dans une augmentation de l’abstention. Si bien que le seul moyen d’y échapper semble être, paradoxalement, de recourir aux « extrêmes », censés pourtant représenter « le » danger pour la démocratie.
C’est encore Le Courrier des maires et des élus locaux qui le remarque : « plusieurs grandes villes de plus de 100 000 habitants échappent aujourd’hui à cette déconvenue démocratique. Comme si l’intensité de la compétition électorale et l’ouverture du jeu politique local avec des candidatures à la fois d’extrême-droite comme de gauche radicale avaient permis d’y contenir l’abstention (45 % dans cette strate) ».
Post-démocratie ?
« Fatigue démocratique » ? La formule est employée depuis des années pour caractériser ce lent désamour envers les responsables politiques et envers le vote lui-même, comme s’il allait suffire d’une cure de vitamines pour redresser la situation. On veut laisser croire ainsi à une crise passagère, à une sorte de moment de flottement, qui pourra cesser une fois le miracle obtenu.
Pourtant, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur et, loin d’être achevé, il s’inscrit, au contraire, dans la durée. En 2018, déjà, Brice Couturier sur France Culture essayait de démêler les aspects conjoncturels du phénomène des raisons structurelles. Un politologue britannique, Colin Crouch, proposait de définir ce moment en parlant de « post-démocratie », c’est-à-dire d’un régime dans lequel il reste possible de changer de dirigeants mais pas de politique.
Pour beaucoup de groupements ou personnalités de gauche, le risque est alors de tomber dans ce qu’ils appellent la « démocratie illibérale » ou Hitler sous le costume d’Orbán. De son côté, les réflexions du penseur anarchiste David Graeber poussaient, en 2010, le journaliste du Monde Nicolas Weil à s’interroger : « Et si la tendance lourde à l’abstention, dont le dernier scrutin régional a encore fourni une illustration, loin de traduire une « fatigue démocratique », marquait plutôt la désaffection à l’égard du système du vote à la majorité et de la délégation de pouvoir ? » (Le Monde, 25 mars 2010)
Et l’espérance, alors ?
Étrangement, les catholiques semblent étrangers à ce type de réflexions alors même que nous sommes les héritiers d’une tradition théologique et philosophique qui offre les outils pour « penser le moment ». Nous aimons parfois nous définir comme des « réalistes », mais nous craignons souvent d’aller jusqu’aux conséquences de simples constats. Par exemple, pour prendre une situation actuelle, le fait que la loi sur l’euthanasie et le suicide assisté n’a rien d’illogique dans le cadre d’une démocratie moderne fondée sur le refus de Dieu et de la loi naturelle.
Jusqu’ici, notre réponse collective a été de vouloir baptiser la démocratie moderne et, force est de constater que, cet essai a échoué (1). Ne faudrait-il donc pas passer à autre chose ?
1. Sur ce sujet, on pourra voir le prochain Club des Hommes en noir du vendredi 27 mars.
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