La télévision peut-elle être un service public ?

Publié le 26 Mai 2026
service public

Le rapport du député UDR Charles Alloncle sur l’audiovisuel public est consultable depuis le 5 mai.

> C’est logique ! de François-Marie Portes
Après l’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et le rapport qu’en a fait le député Charles Alloncle (UDR), la notion de « service public » mérite d’être interrogée : qu’est-ce que servir, que servir et à qui ?

  « Valeurs de la République », « vivre ensemble », « progrès », ou encore… « service public », des expressions modernes qui ont ceci de pratique qu’elles dispensent de réfléchir. Prononcez-les avec gravité et chacun acquiescera poliment. Le problème est que les mots continuent d’exiger d’en connaître le sens, même lorsqu’on les traite comme des slogans.

Des questions désagréables…

Prenons donc cette notion de « service public », dont il est question à chaque réforme, chaque crise audiovisuelle ou chaque débat budgétaire. La télévision peut-elle être un « service public » ? À première vue, la réponse paraît évidente. Mais c’est justement le signe qu’il faut commencer à se méfier. Car le mot « service » ne désigne pas d’abord une structure administrative ou économique. Au sens général du terme, « servir » signifie d’abord agir en vue du bien d’autrui. Or cette définition soulève immédiatement plusieurs questions désagréables : quel bien ? Pour qui ? Selon quelle justice ? Pour Aristote comme pour Thomas d’Aquin, la justice ne consiste pas à distribuer mécaniquement la même chose à tout le monde, mais à rendre à chacun ce qui lui est dû (1). Ce qui suppose discernement, hiérarchie des biens, connaissance des situations concrètes. Bref, exactement le genre de choses que les administrations modernes aiment remplacer par des formulaires. Le service véritable n’est jamais neutre. Nourrir, instruire, divertir, soigner ou protéger supposent toujours une certaine idée de l’homme et de sa finalité. Une société incapable de définir ce qu’est une vie humaine bonne finit d’ailleurs généralement par appeler « service » n’importe quelle organisation correctement gérée. Et c’est précisément ici que commence la difficulté du « service public ». L’expression semble parfaitement naturelle. Elle est pourtant philosophiquement tendue. Le mot « service » renvoie à une relation concrète, ajustée, prudente. Le mot « public », lui, introduit une logique inverse : généralité, standardisation, administration impersonnelle.

Égalité ou équité ?

Servir véritablement quelqu’un suppose parfois de traiter différemment des situations différentes. Or l’État moderne préfère souvent l’égalité abstraite à l’équité concrète. C’est plus simple à administrer. Et surtout, cela évite d’avoir à exercer cette vertu fatigante qu’on appelait autrefois la prudence (2). Il existe pourtant une différence essentielle entre égalité…

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François-Marie Portes

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