Rerum Novarum : l’intervention de l’État (VI)

Publié le 15 Nov 2021
rerum novarum

Dans quelle mesure l’État doit-il intervenir, notamment dans la vie économique ? C’est à cette question que s’attelle Léon XIII dans Rerum Novarum après avoir traité de la justice distributive (cf. Reconstruire n° 7, p. 4). Un passage dense, d’une extrême richesse et qui contient des rappels de l’importance du politique.   Que vise exactement Léon XIII en évoquant l’intervention de l’État ? Fidèle à la démarche qui le guide, le pape Léon XIII entend répondre d’abord à une situation concrète. Celle de l’exploitation des ouvriers par un patronat qui a trop souvent oublié que la production des richesses n’est pas une fin en soi mais qu’elle est ordonnée aux nécessités et au bien vivre de la société dans son ensemble. Dans ce cadre général, le Souverain Pontife souligne que le rôle de l’État consiste à protéger l’ensemble des citoyens d’un pays et à faire respecter leurs droits. Il insiste cependant sur l’attention particulière qui doit être apportée aux plus pauvres car si « la classe riche se fait comme un rempart de ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique », les pauvres, eux, n’ont rien. Conclusion : « L’État doit donc entourer de soins et d’une sollicitude toute particulière les travailleurs qui appartiennent à la foule des déshérités. » L’idée sera développée plus tard sous la formule d’« option préférentielle pour les pauvres ». Quelle est la mesure de l’intervention de l’État ? Léon XIII a donc posé le principe que l’État a non seulement la possibilité mais le devoir d’intervenir. N’établissant pas un programme politique en vue d’une élection, il se place entièrement au niveau des principes universels pour établir la mesure exacte de l’intervention étatique. Cette mesure se trouve du côté du bien commun qui est à la fois, rappelle l’encyclique, le but de l’autorité politique mais aussi la raison qui la constitue. Le bien commun définit à la fois le champ d’intervention de l’État mais aussi sa limite. En fonction du bien commun dont il a la charge, l’État doit donc intervenir dans deux directions : remédier aux maux déjà commis et écarter les dangers potentiels. La première direction indique un mouvement de réparation. Il y a eu par exemple vol. Il faut donc attraper le voleur, le juger et rendre le bien volé à son légitime propriétaire. La seconde direction est préventive : elle consiste à éviter l’apparition des maux par le…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

La Rédaction de Reconstruire

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseÉglise de France

Père Brottier (4/4) : L’homme du signe, l’homme du don

DOSSIER « Des tranchées aux Orphelins d’Auteuil, le sacerdoce du père Brottier » | Difficile de parcourir la vie du père Brottier sans y lire une ligne de conduite magistrale. « Ne soyez pas ces ombres d'hommes qui vont devant eux, au hasard », disait-il à ses enfants d'Auteuil. À la fois humble devant la vie, et confiante dans les desseins de la Providence, cette « âme magnifique », selon les mots du maréchal Joffre, fut gratifiée d'un certain nombre de signes. Entretien avec Marie-Noëlle Dumont, responsable de la valorisation du patrimoine historique et spirituel d'Apprentis d’Auteuil.

+

Père Brottier
À la uneÉgliseÉglise de France

Père Brottier (3/4) : Au chevet des Orphelins Apprentis d’Auteuil

DOSSIER « Des tranchées aux Orphelins d’Auteuil, le sacerdoce du père Brottier » | Sur les 160 ans de vie de la Fondation, le père Brottier n'en aura tenu les rênes que treize ans... Et pourtant l'empreinte est formelle. Ce dernier ministère, qui l'aura vu mourir avant qu'il n'ait 60 ans, fut la preuve ultime de sa vocation personnelle intime et profonde : le service des autres, dans la fidélité à la mission de sa congrégation. Entretien avec le père Xavier Lepin, spiritain.

+

Père Brottier apprentis orphelins d’Auteuil
ÉgliseÉglise de France

Père Brottier (2/4) : « L’Aumônier verni »

DOSSIER « Des tranchées aux Orphelins d’Auteuil, le sacerdoce du père Brottier » | Devenu vicaire général du diocèse de Dakar, en exil à Paris, le père Brottier voit surgir de manière inattendue un autre ministère : celui du service des soldats. Le même désir qu'en Afrique l'anime : sacrifier sa vie par amour pour le Christ. Il sera un exemple et un soutien pour ceux qui l'entoureront, tout au long de la guerre.

+

Père Brottier aumônier guerre