Peut-on être chrétien et écolo ? Entretien avec Mgr Rey

Publié le 16 Juil 2015
Peut-on être chrétien et écolo ?  Entretien avec Mgr Rey L'Homme Nouveau

Dans l’ « Appel du Carême 2015 pour une conversion écologique », un groupe de catholiques a exhorté ses coreligionnaires à s’engager aux côtés des militants écologistes pour la sauvegarde de la Création.

Entretien avec Monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon.
Propos recueillis par Jehan-Sosthènes Boutte du Jonchay

Dans l’appel à une conversion écologique, vous appelez à un engagement spirituel et concret avec les écologistes. Jusqu’à quel point est-ce possible en tant que chrétien ?

Nous avons des points de convergence avec les courants écologistes sur des points d’application pratique. Ainsi dans mon diocèse, nous avons mis en place une campagne d’installation de panneaux solaires sur une cinquantaine de bâtiments pour une première tranche ; une autre campagne d’installation suivra. De telles actions pour promouvoir des énergies propres et renouvelables, éviter la pollution, respecter la nature reçoivent la « bénédiction » des militants de l’écologie. Mais il est aussi évident que certains courants écologiques ont d’autres approches de la nature que celles que nous recevons de la Tradition de l’Église, à partir de la théologie de la Création et de la Rédemption. De façon pragmatique, les chrétiens ont à développer des coopérations et des solidarités avec les mouvements écologiques sur des causes d’intérêt général.

Quels enjeux pour l’Église et la société ?

En ce qui concerne la société, ce qui est en jeu est la survie de l’humanité. Nous nous trouvons face à l’urgence, même à court terme, de la sauvegarde de la planète menacée par des logiques économiques, technologiques, le mépris de la vie humaine depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. L’Église, quant à elle, doit faire appel à la conscience universelle face à ces défis considérables, d’autant plus que le Pape a rappelé que ce sont les pauvres qui payent les pots cassés.

Certains ont accusé le Pape d’avoir christianisé l’écologie dans son encyclique, Laudato Si, y compris en donnant son aval à des théories non confirmées scientifiquement. Que répondez-vous à cela ?

Il y a là deux questions distinctes. D’abord, celle de la pertinence scientifique du discours du Pape. Ensuite, celle de la récupération idéologique de certaines questions. Pour répondre à la première, le constat sur les graves menaces qui pèsent sur la planète est partagé par de nombreux scientifiques. Le pape souligne que ces risques considérables relèvent d’un « complexe de causes » : crise économique, transformation sociale s’ajoutent aux perturbations environnementales accélérées en raison de l’industrialisation et de l’urbanisation massives. Je pense que le pape est suffisamment bien entouré sur le plan scientifique pour pouvoir se prononcer avec pertinence et appeler à une « conversion écologique ».

Quant à la question de la christianisation de l’écologie par l’encyclique, il est clair que la foi nous offre une herméneutique du monde, c’est-à-dire une clé de lecture, à partir de la Révélation divine sur les origines et sur la fin de l’humanité. Le discours chrétien place l’homme au centre de la Création dont il doit être le gardien prudent mais non pas le propriétaire absolu ou le prédateur, et toute rupture avec Dieu blesse l’humanité et son environnement. Le Christ est venu sauver tout l’homme, tout homme et toute la création. La doctrine sociale de l’Église qui développe à partir de l’Évangile les règles du vivre ensemble, aborde la question écologique dans une perspective à la fois universelle, anthropologique et eschatologique.

En quoi était-il important pour vous, en tant qu’évêque, de signer cet appel ?

Je me suis toujours beaucoup intéressé à ces questions. La mission d’un évêque est d’éclairer la conscience des croyants face aux grands défis auxquels l’humanité est confrontée. De plus, j’ai été nommé dans un  diocèse réputé pour la beauté de son littoral et de son arrière-pays. La question écologique fait partie de la responsabilité de l’évêque, de son souci du bien commun, du respect dû à chacun, dans l’attention portée à la nature, qu’il faut préserver, embellir, puisqu’à travers elle, Dieu manifeste sa propre beauté.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseMagistère

Les conciles (4/4) | Lorsque l’Église enseigne : le magistère conciliaire

DOSSIER « Les conciles, des jalons pour comprendre l’histoire de l’Église » | Tout au long de son histoire, l’Église a enseigné avec autorité par le biais des conciles œcuméniques. Ceux-ci définissent la doctrine, organisent la vie ecclésiale et orientent la mission pastorale. Leur rôle reste central pour comprendre la structure du magistère et les enjeux de son exercice aujourd’hui.

+

concile nicée
À la uneÉgliseMagistère

Les conciles (3/4) | Les grandes assemblées de l’Église au service de la vérité

DOSSIER « Les conciles, des jalons pour comprendre l’histoire de l’Église » | À travers les siècles, l’Église s’est réunie pour proclamer solennellement les vérités révélées, condamner les hérésies et préserver l’unité du dépôt de la foi. Ces assemblées œcuméniques ont guidé le peuple chrétien dans les tempêtes de l’histoire. Elles manifestent la fidélité de l’Épouse du Christ à sa mission doctrinale, malgré les tensions et les défis de chaque époque.

+

2560px Council of Constantinople 381 stavropoleos church concile
ÉgliseChrétiens dans le monde

Léon XIV : rester fidèles à la vérité dans la charité malgré la persécution

Commentaire du Pape | Lors de la récitation de l’angélus du 17 août dernier, le Pape a prononcé des paroles très fortes, parce que très évangéliques. Partant des lectures dominicales concernant les exigences imposées par la suite du Christ signe de contradiction narrées au chapitre 12e de saint Luc et la vie apostolique selon le message de charité de Jésus, au chapitre 4e des Actes, le Pape parle du problème crucial de la persécution qui se retrouve à travers toutes les générations des deux millénaires du christianisme.

+

pape Léon XIV jubilé politique unité
À la uneÉgliseChrétiens dans le monde

« Œuvre d’Orient » : soutenir les chrétiens sur leur terre

Initiatives chrétiennes | À la tête de l’« Œuvre d’Orient » à partir de septembre, Mgr de Woillemont cumulera aussi la charge de vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux en France. Une double mission au service des communautés chrétiennes, de Beyrouth à Marseille. Entretien avec Mgr Hugues de Woillemont, Directeur général de l’« Œuvre d’Orient ».

+

œuvre d’orient chrétien