L’orgueil ou la « métatention » des origines

Publié le 13 Mar 2024
orgueil

L'orgueil s'identifie à la métatentation des origines : vous serez comme des dieux. © Marcantonio Franceschini (1680), Mauritshuis (Pays-Bas).

Le pape François poursuit sa catéchèse des vices et vertus, entamée en décembre. Ce 6 mars, il évoquait l’orgueil, cause de la première chute et roi des vices. Cette tendance à se mette à la place de Dieu concerne aussi la société.

 

Lors de sa dernière catéchèse au cours de l’audience générale du 6 mars, le Pape a parlé de l’orgueil, cause de la chute de nos premiers parents et que les Grecs aimaient appeler splendeur excessive. Préparé et enrichi par l’égoïsme, l’auto exaltation et la vaine gloire, il s’identifie en réalité à ce que Jean-Paul II appelait la métatentation des origines : vous serez comme des dieux, choisissant vous-mêmes le bien et le mal. Il est comme la tête de toute cette série de vices dont Jésus parlait pour montrer que le mal vient toujours du cœur de l’homme :

« C’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme » (Mc 7, 22).

 

Un vice aux douze noms

Si l’orgueil se rapproche de la vaine gloire, il s’en distingue cependant par sa nocivité. L’orgueil est le roi des vices. Dante le place à la toute première place de l’enfer. Il décrit ainsi le damné orgueilleux : « celui-ci fut dans le monde plein d’orgueil ; rien de bon n’orne sa mémoire : aussi son ombre est-elle ici furieuse. Combien là-haut s’estiment de grands rois, qui seront ici comme des porcs dans la bourbe, laissant de soi d’horribles mépris ». Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, l’orgueil figure en bonne place parmi les vices qui écartent l’homme du salut.

Le fait que l’hébreu possède douze noms pour désigner ce vice est révélateur des formes nombreuses qu’il peut prendre et par là de son importance, justifiant la place capitale que lui accorde la tradition chrétienne dans l’énumération des péchés. La dénonciation de l’orgueil comme « esprit de ce monde » (1 Co 2, 12 ; 1 Jn 2, 16) est une constante dans toute la tradition biblique : centrée sur le Dieu de l’Alliance, sur sa révélation en Jésus-Christ, elle ne pouvait que dénoncer le refus de Dieu par l’homme signifié fondamentalement par l’orgueil.

Avec le Pape, nous devons donc évoquer, même succinctement, la dimension sociale de ce vice, dont l’analyse s’est trop longtemps limitée à la dimension individuelle, celle de la relation de la personne avec Dieu. En effet, s’il est un trait caractéristique du monde moderne, c’est bien l’extension à toute la société de la vieille tendance de l’orgueilleux qui est de se mettre à la place de Dieu, soit en le refusant ou en proclamant sa mort, soit en déifiant le corps social lui-même, nation ou État ; ou pire encore, comme nous venons de le voir en France, en appelant bien le mal et acte de générosité le crime.

 

L’humilité comme unique remède

L’orgueilleux est hautain. Il a la nuque raide et donc ne capitulera jamais. Il a raison, point final. Dieu, c’est lui. De plus, l’orgueilleux juge les autres avec mépris et haine. Comme Satan son chef, il hait tout le monde, sauf lui. Et à la haine, il ajoute souvent la colère et la rancune.

Il n’y a aucun remède à l’orgueil, qu’il soit individuel ou social et collectif, sauf l’humilité. Le diable le disait d’ailleurs au Curé d’Ars : « tout ce que tu fais, je le fais mieux que toi : dormir, je ne dors pas ; jeûner, je ne mange pas ! Il n’y a qu’une seule chose que tu fais et que je ne ferai jamais, c’est m’humilier ». Souvenons-nous toujours du proverbe italien cité par le pape : « L’orgueil va à cheval et revient à pied ».

Demandons à l’humble servante du Seigneur, Marie de nous octroyer la grâce de l’humilité, seul remède à l’orgueil. Dans le Magnificat, elle a chanté Dieu qui, par sa puissance, disperse les orgueilleux. Qu’elle nous fasse comprendre la parole de saint Jacques citée par le Pape en conclusion : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles. »

 

>> à lire également : Crise de l’Église et mystère d’iniquité

Un moine de Triors

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