Quadragesimo anno et les corps intermédiaires (I)

Publié le 30 Mai 2024
quadragesimo anno corps intermédiaires

Entre la famille, cellule de base de la société, et l’État, il existe un ensemble de corps intermédiaires.

Lettre Reconstruire n°36 | Questions de principe
Après une longue digression sur le principe de subsidiarité (Reconstruire, du n° 29 au n° 35) nous reprenons notre analyse de l’encyclique sociale du pape Pie XI, Quadragesimo anno (15 mai 1931). Après avoir énoncé la définition « scientifique » du principe de subsidiarité, le Souverain Pontife aborde la question des corps intermédiaires.

 

Sur quel constat s’appuie Pie XI pour aborder ce nouveau sujet ?

La place et le rôle des corps intermédiaires font immédiatement suite à la question de la subsidiarité. Celle-ci, a souligné le Pape, constitue un principe de « philosophie sociale ». Dans la pensée de Pie XI, ce principe concerne et organise le rapport des groupements sociaux entre eux et avec l’État. Au risque de choquer notre mentalité contemporaine, il n’est pas question ici des personnes dans sa compréhension de la subsidiarité.  

Mais le Pape parle pourtant des « membres du corps social » !

Effectivement ! Mais pour le pape Pie XI, fidèle en cela à la philosophie politique classique, le corps social, ou société politique, est composé d’un ensemble de sociétés ou groupements, qui en constituent les « membres ». En tant que tel, l’individu s’insère dans la société politique à travers les sociétés, groupements ou corps intermédiaires auxquels il appartient. Pie XI ne nie évidemment pas la dignité de la personne qu’il affirme par ailleurs. Mais il se situe ici au plan politique, celui des rapports entre les groupes sociaux et l’État. En fait, il récuse implicitement la vision moderne qui fait de l’individu l’élément de base de la société. Animal politique, l’homme n’entre pas dans la société comme individu, mais comme membre de la famille, qui en est la cellule de base. Entre la famille et l’État, il existe un ensemble de corps qui sont justement intermédiaires entre ces deux entités. À ce sujet, Pie XI apporte une distinction, qui pour être subtile, n’en est pas moins importante à saisir.  

Quelle est exactement cette distinction ?

Elle est énoncée au n. 90 de l’encyclique : « beaucoup considèrent de tels groupements (les groupements corporatifs, ndlr) comme des organes sinon essentiels, du moins naturels dans la société ». Par « essentiels », il faut comprendre des éléments constitutifs requis par la nature même de la société. C’est le cas de la famille et de l’État. Par « naturels », il faut considérer des organes qui sont naturels mais qui ne sont pas…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

La Rédaction de Reconstruire

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseÉglise de France

L’urgence de former les fidèles à l’islam

Entretien | Fondateur des Missionnaires de la Miséricorde divine qui œuvrent à l’évangélisation explicite de l'islam, l’abbé Fabrice Loiseau vient de publier Chrétiens et musulmans, avons-nous le même Dieu ? (Artège). Il appelle notamment à une formation des catholiques pour annoncer le Christ aux disciples de Mahomet.

+

Loiseau islam
À la uneÉgliseLiturgie

Le Royaume de Dieu, notre premier but

L’esprit de la liturgie | Pour sauver sa vie, il faut non seulement vivre dans le détachement des richesses terrestres, mais aussi dans le renoncement à soi-même. Une véritable richesse en découle, celle de la Vérité et de l'union au Christ sur terre et au Royaume.

+

liturgie royaume de dieu bien
À la uneÉgliseLiturgie

La pause liturgique : Séquence Ave Maria

La séquence Ave Maria est une authentique petite merveille de grâce et de pureté. C'est une salutation à la sainte Vierge qui devient louange puis prière. La mélodie est porteuse et facile à retenir parce qu'elle est alternée et se répète de deux phrases en deux phrases. Il s’agit d'un 6ᵉ mode, celui de l'enfance spirituelle.

+

grégorien Ave Maria
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeHistoire

Kateri Tekakwitha et la Nouvelle-France (2/4) : Sainte Kateri, le Lys des Mohawks

DOSSIER « Sainte Kateri Tekakwitha, la sainteté en Nouvelle-France » | Née en 1656 et morte en 1680 à l’âge de 24 ans, Kateri Tekakwitha est la première autochtone d’Amérique du Nord à avoir été canonisée. En apostolat au Canada, l’abbé Jacques Breton, de la Fraternité Saint-Pierre, souligne combien cette pure figure rappelle la haute vocation de la France dans l’ordre de la Providence.

+

Kateri Tekakwitha
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeHistoire

Kateri Tekakwitha et la Nouvelle-France (3/4) : Trois portraits pour une histoire

DOSSIER « Sainte Kateri Tekakwitha, la sainteté en Nouvelle-France » | Il faudrait des volumes pour retracer les vies des grands acteurs de la présence française au Canada et de la diffusion du catholicisme. Parmi beaucoup d’autres, un explorateur, un notable et une religieuse donnent une certaine idée de l’aventure catholique et française en Amérique du Nord.

+

nouvelle-france