Enquête sur l’ADMD (2/3) : Évolution intellectuelle du mouvement euthanasiste

Publié le 24 Fév 2026
admd euthanasie

Procès des médecins de Dresde en 1947. (Bundesarchiv, Bild 183-H26186 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 DE)

> DOSSIER : « L’ADMD : enquête sur une étrange association »
L’euthanasie, aujourd’hui en voie de normalisation dans plusieurs pays occidentaux, est l’aboutissement d’une évolution intellectuelle commencée à la fin du XIXᵉ siècle. Examinons son origine anglo-saxonne, son utilisation par le nazisme et son évolution jusqu’à devenir aujourd’hui un nouveau « droit » individuel.

 

Une origine anglo-saxonne

Né au tournant du XXᵉ siècle, le mouvement euthanasiste s’organise d’abord au Royaume-Uni avec la création en 1935, à l’initiative de Charles Killick Millard, de la Voluntary Euthanasia Legalisation Society. Ses fondateurs proviennent largement des milieux eugénistes britanniques : Julian Huxley, Charles John Bond ou encore George Bernard Shaw, défendent l’idée que la société doit pouvoir éliminer les vies jugées inutiles.

Voluntary Euthanasia Legalisation Society. Wellcome L0024315 admd

Photo de groupe de la Voluntary Euthanasia Legalisation Society avec Charles Killick Millard au premier rang à gauche. (Wellcome Collection, CC BY 4.0)

Par prudence tactique, l’association réclame d’abord une euthanasie « volontaire » pour malades incurables, tout en envisageant à terme l’extension aux nouveau-nés handicapés et aux déficients mentaux. Aux États-Unis, l’Euthanasia Society of America (1938) reprend ce programme. Autour de Charles F. Potter se retrouvent les grandes figures de l’eugénisme et du contrôle des naissances. Plusieurs dirigeants prônent ouvertement l’euthanasie forcée des « inaptes » et même l’usage de chambres à gaz. Des projets de loi sont déposés dans divers États, visant d’abord les adultes incurables puis, plus discrètement, les malades mentaux. En France, le courant reste moins structuré mais des auteurs néomalthusiens comme Paul Robin, Charles Binet-Sanglé ou Alexis Carrel sont favorables à l’euthanasie. Anarchiste-libertaire, Paul Robin promeut l’amour libre, le contrôle des naissances et de l’euthanasie. Avant de se suicider en 1912, il publie en 1901 une brochure de quatre pages intitulée Technique du suicide.  L’Allemagne nazie constitue l’aboutissement de cette filiation intellectuelle. Inspiré par Haeckel, Binding et Hoche, Hitler met en œuvre l’Aktion T4 : des dizaines de milliers de malades mentaux et handicapés sont recensés puis gazés dès 1940. Les méthodes expérimentées contre eux seront ensuite appliquées aux Juifs. Après 1945, les sociétés euthanasistes occidentales cherchent à se démarquer du nazisme en mettant en avant l’autonomie individuelle, mais leurs racines idéologiques demeurent liées à l’eugénisme et au darwinisme social.  

Euthanazisme : la réaction de l’Église

La connaissance du programme nazi d’euthanasie suscita des oppositions, au premier rang desquelles celle de l’Église…

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