> Tribune libre du chanoine d’Abbadie d’Arrast
Cette fin d’année scolaire 2025-2026 aura été, en France, bien douloureuse. Je ne parle pas ici de la guerre contre l’Iran ou encore des canicules successives vécues bien péniblement par beaucoup. Mais je voudrais m’arrêter sur un sujet plus terrible encore, déjà présent lors de la campagne municipale avant que d’exploser en ce mois de juin. Les municipales parisiennes ont vu poindre le sujet des abus des animateurs du périscolaire, celui-ci ne devait susciter l’émoi qu’en mai. Juin aura été secoué par la terrible affaire Lyhanna et, dans une moindre mesure, par celle de Patrick Bruel.
La nature humaine blessée
La multiplication des affaires de pédophilie ou de viols a provoqué nombre d’analyses diverses. Certains prétendent que cela a toujours existé mais qu’il aura fallu le courage de notre époque pour regarder la réalité en face ; d’autres se défaussent sur le fonctionnement des forces de l’ordre et de l’autorité judiciaire pour fustiger leurs manques tant de lucidité que de célérité et préconisent des solutions techniques.
Une chose est sûre, c’est que pour une fois l’Église n’est pas concernée et une certaine presse empressée à parler de la CIASE ou plus récemment du sordide dossier de Bétharram semble beaucoup plus pudique lorsqu’il s’agit de toucher à la société telle qu’ils l’ont voulue.
Tout d’abord est-ce que cela a toujours vraiment existé. D’une part, nous pouvons dire que « oui » tant il est vrai que le péché originel et ses conséquences sur la nature humaine n’est pas une nouveauté. N’en déplaise aux promoteurs soi-disant éclairés du mythe du bon sauvage : la nature humaine est blessée et cela n’est pas pour rien que Dieu lui-même a inscrit l’impureté dans le décalogue avec le sixième et le neuvième commandement.
D’autre part, nous serions tentés de répondre « non », en tout cas pas avec une telle ampleur. Il suffit, du reste d’interroger sa propre expérience. Lorsque personnellement j’étais enfant ou adolescent, il n’y avait pas ce climat de peur et de défiance : nous pouvions sans doute être mis en garde contre le vieux monsieur qui offre des bonbons qu’il faut refuser, mais nous pouvions sortir sereinement pour faire des promenades à vélo sans être accompagnés et générer une anxiété quelconque chez nos parents.
Remonter aux causes
La vérité est que nous ne devons pas déplorer les effets d’une moralité dissolue et imposée depuis des décennies dans une pays comme la France sans considérer les causes. Bien sûr, une meilleure formation des policiers et gendarmes à recevoir et discerner les plaintes, un personnel judiciaire plus abondant et plus rapide, des places de prison construites et j’en passe : tout cela n’est pas inutile mais risque d’apparaître comme un pansement sur une jambe de bois si on se refuse obstinément à remettre en cause les idéologies qui ont permis au mal de naître et de se répandre.
Quelle image du prêtre voulons-nous ?
Prenons les scandales passés concernant l’Église. Assurément, les réponses de l’épiscopat français et du Saint-Siège conséquemment à la publication du rapport Sauvé étaient judicieuses : création d’un tribunal ecclésiastique spécial, ordonnances sur les séminaires, émergence des cellules d’écoutes, etc. Mais, il ne faudrait pas croire pour autant le problème réglé si on ne s’interroge pas, d’un côté, sur l’influence de la société moderne sur les candidats au sacerdoce et surtout, d’un autre côté, sur l’image du prêtre qu’on entend promouvoir.
De fait, une époque, pas complètement révolue, entendait encourager le prêtre « leader » social, l’humaniste, boudant par là même l’homme de prière, l’homme de Dieu qui rend le culte et distribue les sacrements. Le prêtre a voulu conquérir le monde à travers des œuvres sociales négligeant son bréviaire, sa confession régulière et le soin du sanctuaire. Nous avons récolté les tristes fruits : un prêtre dénudé de la grâce nécessaire à son état et rendu aux déséquilibres de sa nature blessée.
Une affaire édifiante
Dans l’actualité de ce mois de juin, l’affaire Bruel me semble particulièrement édifiante. Il ne s’agira pas de se prononcer sur le fond du dossier ou de bafouer la nécessaire présomption d’innocence, mais de remarquer une évolution des mentalités. Comme pour l’affaire antécédente de Gérard Depardieu, nous sommes face à une sorte d’icône soudainement déchue.
Cette icône a pourtant été promue jusque dans ces mœurs : le célèbre « interdit d’interdire » sorti des barricades de Mai 68 a venté la libération morale, le « jouir sans entraves » et à produit des enfants comme des Depardieu et des Bruel. En deux mots, une certaine société a fait naître des monstres qu’elle entend juger aujourd’hui ; seulement voilà, elle refuse de condamner sa propre idéologie, cause de ses maux.
« Je suis le Bon Pasteur ». Il est fort à craindre que si la société française ne retrouve pas la Foi, elle ne finisse par se disloquer totalement.
>> à lire également : Roberto de Mattei : Au sujet des sacres de la Fraternité Saint-Pie X







