Notre quinzaine : Il n’y a pas de christianisme sans la Croix

Publié le 24 Juin 2026
croix christianisme christ
> Éditorial de Philippe Maxence (n° 1858)

 

Bien qu’en nombre insuffisant par rapport à l’étendue de la moisson, des ordinations diaconales et sacerdotales se déroulent en plusieurs endroits en cette fin d’année scolaire, à l’occasion de la fête des Saints-Pierre-et-Saint-Paul. Il faut bien sûr s’en réjouir et, surtout, prier pour ces nouveaux lévites qui donnent sans esprit de retour leur vie pour le Christ, l’Église et le salut des âmes. 

Un soutien constant

Dans notre monde, qui n’est pas n’importe quel monde, mais celui de la négation pratique de Dieu et celui de l’apostasie, ce don total de soi-même mérite davantage que notre simple considération réjouie. Il appelle en retour notre soutien constant par la prière et par l’action concrète et pratique. Il implique aussi de se souvenir d’un élément fondamental que nous avons tendance à évacuer en raison d’un certain confort et de la peur du combat spirituel : le diable, lui, ne s’en réjouit pas. 

Entre l’Église et Satan, une lutte à mort est engagée. La foi nous enseigne que ce dernier a déjà perdu mais qu’il veut pourtant emporter avec lui le plus d’âmes possible. Il est suffisamment ingénieux pour trouver tous les moyens nécessaires pour parvenir à ses fins et pour les renouveler en fonction de nos faiblesses et des dispositions du moment. 

À ce titre, l’une de ses grandes réussites restera l’abolition de la chrétienté (qui n’a jamais été et qui ne pourra jamais être une cité catholique idéale) et la mise en place de la modernité. 

Péguy et Bernanos

Péguy puis Bernanos ont bien résumé la situation, et je ne les convoque pas par coquetterie littéraire, mais pour la vérité de leur assertion et l’autorité de leur nom. Le premier dresse un constat :

« Ainsi dans le monde moderne tout est moderne, quoi qu’on en ait, et c’est sans doute le plus beau coup du modernisme et du monde moderne que d’avoir en beaucoup de sens, presque en tous les sens, rendu moderne le christianisme même, l’Église et ce qu’il y avait encore de chrétienté. » (Notre Jeunesse).

Pour sa part, le second met le doigt sur l’orientation profonde de la modernité :

« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » (La France contre les robots)

En face, il y a la sainteté de l’Église. Il ne s’agit pas d’une hyperbole ou d’un enjolivement féérique, mais avant tout d’un article du Credo que nous ne pouvons pas oublier si nous nous réclamons de la qualité de chrétien. Face aux contradictions et au déferlement du péché, nous ne pouvons mettre sous le boisseau cette vérité constitutive de notre foi.

C’est une croix ? Oui, c’est une croix quand nous constatons nos péchés, nous, enfants de l’Église, et c’est encore une croix trop souvent quand nous regardons l’action de nos pasteurs et l’état dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Église. Cette croix nous est d’autant plus lourde à porter et nous avons d’autant plus le désir de nous l’épargner ou de la cacher que nous avons aussi oublié cette autre vérité qu’il n’y a pas de christianisme sans la Croix. 

Avec un cœur d’enfant

« Qui n’est pas prêt à porter la Croix avec un cœur d’enfant, écrivait en 1960 le père Calmel, n’est jamais entré au fond du mystère de l’Église. Lorsqu’on la voit composée de pécheurs qu’elle ne cesse de purifier, lorsqu’on voit ceux qui ont mission de nous purifier se salir eux-mêmes en exerçant ce pouvoir, lorsqu’on aperçoit à un certain niveau le péché qui ronge tant de nos frères dans l’Église – et nous-mêmes – il ne reste qu’une attitude normale, celle de donner sa vie avec le plus de pureté possible à l’imitation d’une Catherine de Sienne ou d’une Thérèse de l’Enfant-Jésus. » (Sur nos routes d’exil, les Béatitudes).

On en conviendra, ces modèles sont loin d’être médiocres.

Alors que de jeunes lévites sont ordonnés diacres ou prêtres, que leur dire de plus ? Comme simples laïcs, qui avons impérativement besoin d’eux pour recevoir les sacrements, instruments et canaux habituels de la grâce pour le salut de nos âmes, nous voudrions leur redire que la Croix sera plantée au cœur de leur vie et que c’est dans la mesure de leur acceptation de celle-ci que nous pourrons nous aussi la planter au cœur de la nôtre. Singulièrement, dans notre monde actuel et l’Église de ce temps, cette croix implique de proclamer, à temps et à contre-temps, la primauté du dogmatique sur le pastoral et, plus généralement, la primauté de la contemplation. 

 

>> à lire également : Ni le Christ ni son Église ne sont en option

 

Philippe Maxence

Philippe Maxence

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