Au quotidien n° 97 : Toujours Orwell

Publié le 24 Nov 2020
Au quotidien n° 97 : Toujours Orwell L'Homme Nouveau

Alors que George Orwell vient d’entrer dans la collection de La Pléiade, La Revue des deux mondes souligne, à travers l’éditorial de Valérie Toranian dans le numéro de décembre, combien notre monde s’est transformé en un vaste 1984.

En 2020, « Orwell ne manquerait pas de sujets d’inspiration », constate l’écrivain Julian Barnes dans l’entretien qu’il a accordé à Vanessa Guignery pour la Revue des Deux Mondes. Le Big Brother de 1984 a pris la forme d’une coalition numérique mondiale au doux nom de Gafam qui contrôle nos données, nos achats et même nos sources d’information. Comble de l’ironie (ou crime parfait ?), nous sommes les premiers à applaudir cette « tyrannie douce » que prédisait déjà Tocqueville dans De la démocratie en Amérique : de moins en moins de liberté pourvu qu’on nous garantisse le confort et la sécurité. Désormais, la vérité n’est plus qu’alternative, la novlangue triomphe partout, notamment dans l’écriture inclusive, illisible, qui creuse encore plus le fossé entre les élites et les classes populaires. L’appauvrissement de l’enseignement de la langue a été théorisé par les pédagogues de la rue de Grenelle depuis quarante ans. « Ne voyez-vous pas que le véritable but de la novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? », s’inquiétait Orwell dans 1984. Jean-Michel Blanquer aura fort à faire pour persuader son « mammouth » de remonter la pente constructiviste qui a abouti au score désastreux des petits Français dans les classements internationaux. (…) À partir de 1936 et de son reportage sur les conditions de vie des mineurs dans le nord de l’Angleterre, Orwell développe la notion de common decency, un terme difficilement traduisible. Faire preuve de common decency, « c’est se montrer digne de l’honneur qu’on vous fait en vous témoignant sa confiance ; c’est être à la hauteur de la juste opinion que l’on a de vous, et à plus forte raison de celle que vous êtes censé avoir de vous-même », précise Lucien d’Azay. Cette notion inclut un certain sens de la solidarité, de la générosité et de l’égalité, une droiture morale combinée à une haine des privilèges. Elle serait pour Orwell une disposition naturelle des plus pauvres. Une dignité propre. Pas d’angélisme pourtant chez l’auteur du Quai de Wigan. Il sait que l’ignominie n’est pas l’apanage de la bourgeoisie. Et comme le note Bruce Bégout, Orwell doute à la fin de sa vie (il meurt en 1950) « de la persistance de cette décence ordinaire dans les sociétés contemporaines soumises aux médias de masse, à la technologie déshumanisante ».La common decency fut souvent disqualifiée par les progressistes car elle s’appuie chez Orwell sur une vision traditionnelle de la moralité, sur un conservatisme des modes de vie et des pratiques sociales : « aller au pub, pêcher, bricoler, observer les crapauds », ces conventions ne sont pas anecdotiques, elles tiennent le monde debout

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Pas de culture chrétienne sans Dieu

L’Essentiel de Joël Hautebert | De multiples motivations et intentions expliquent un regain de revendication de la culture française et chrétienne. Mais on ne peut vouloir une civilisation chrétienne en évacuant son fondement, Dieu, dans le mystère de la Sainte Trinité.

+

culture chrétienne
À la uneSociété

Europe : les chrétiens sont-ils en danger ?

Entretien | Fin décembre, le Centre européen pour le Droit et la Justice (ECLJ) a publié un rapport alarmant sur la haine antichrétienne en Europe. Son auteur, Thibault van den Bossche, dresse ici un état des lieux alarmant et préconise essentiellement des moyens d’action inscrits dans le système juridique européen.

+

haine anti chrétien
À la uneSociétéÉducation

Automne 1992 : un printemps pour l’école Saint-Dominique

En ce temps de la Nativité, je voudrais vous raconter l’histoire de la naissance de l’école Saint-Dominique du Pecq. En 1992, il y avait quelques dizaines de ces écoles hors contrat. Il y en a 2 600 aujourd’hui. Cette réalité doit être connue et soutenue par tous les moyens possibles. C’est le combat que nous menons chaque jour à la Fondation pour l’école. Bonne lecture !

+

école saint-dominique
Société

Clarification sur la labellisation des médias

C’est logique ! de François-Marie Portes | À l’heure où la « labellisation » des médias s’impose dans le débat public, la distinction entre information et opinion est souvent invoquée comme une évidence. Or cette séparation est plus fragile qu’il n’y paraît : toutes deux relèvent du même ordre du discours et ne se distinguent que par leur rapport à la preuve et à la certitude.

+

label médias
SociétéFin de vie

La Fondation Jérôme Lejeune mobilise contre l’euthanasie

Lancée au début du mois de décembre par la Fondation Jérôme Lejeune, la pétition « Euthanasie : ne nous laissons pas abattre ! » a mobilisé en quelques semaines plus de 12 000 signataires. Ce chiffre n'est pas un simple indicateur de mobilisation : il dit quelque chose de plus profond sur l'état du débat public français autour de la fin de vie et il appelle à être amplifié, par la signature et le relais de cette pétition, alors que le calendrier parlementaire s'accélère.

+

fondation Lejeune euthanasie