Au quotidien n°150 : sortons de l’« irrealpolitik » !

Publié le 16 Fév 2021
Au quotidien n°150 : sortons de l'« irrealpolitik » ! L'Homme Nouveau

Auteur d’un Dictionnaire amoureux de la géopolitique, l’ancien ministre (socialiste) des Affaires étrangères, Hubert Védrine répond aux questions du Point (11 février) et estime qu’il est urgent de sortir de ce qu’il qualifie d’irrealpolitik.

Après l’« hyperpuissance américaine », cette expression que vous avez inventée il y a vingt ans et qui a beaucoup circulé, vous formulez un nouveau concept : l’« irrealpolitik ». Qu’entendez-vous par là ?

L’idée dominante, dans les médias, dans l’opinion, c’est que la realpolitik, qui est finalement l’art subtil d’élaborer des compromis, serait le summum du cynisme. Je pense justement que l’« irrealpolitik », cet idéalisme issu du wilsonisme et du droit-de-l’hommisme qui se drape dans une fausse générosité ou dans un romantisme irréfléchi, entraîne des conséquences bien plus négatives. Elle vire même parfois au fanatisme. 

Votre dictionnaire contient le mot « repentance »… Pourquoi ?

Parce qu’elle envahit tout. C’est une attitude morale ou religieuse individuelle. Le chrétien se repent de sa mauvaise action, en échange de quoi il reçoit l’absolution et est lavé de ses péchés… Pourquoi pas ? À chacun d’y trouver ce qu’il y cherche. En revanche, depuis deux décennies, alors même qu’en Europe nos pratiques religieuses sont en déclin, nous avons choisi d’ériger le concept de repentance en principe collectif. Sur la question de la colonisation ou de l’esclavage, du fait d’une forme de volonté de revanche dans certains groupes et d’un masochisme dans d’autres (nous !), nous devrions être repentants. La vraie question est celle-ci : sommes-nous coupables de ce qu’ont fait nos ancêtres ? Sommes-nous responsables des tragédies du passé ? La réponse est évidemment non. Considère-t-on les jeunes Allemands d’aujourd’hui pour ce que leurs arrière-grands-parents ont fait entre 1933 et 1945 ? Combien de paysans bretons du début du XXe siècle ont entendu parler de la colonisation ? Quoi qu’en dise la Bible, nous, en tant qu’individus ou en tant que peuple, ne pouvons pas être responsables « jusqu’à la septième génération » des actes de nos aînés. Nous avons certes le devoir de corriger les effets de leurs politiques et, surtout, de clarifier les zones d’ombre historiques. Oui à la franchise historique, oui à l’honnêteté factuelle. Elles sont indispensables. Mais il n’y a pas de raison de conditionner nos actions actuelles à un remords. 

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéÉducation

Crise lycéenne : quand on ne sait plus nommer le bien

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les lycéens expriment un vrai mal-être et les pouvoirs publics leur répondent sur le même thème. Personne ne revient sur ce qu’est l’école et sur ce qu’elle doit donner. C’est bien pourquoi la colère naît et accouche de la haine, faute que soit jamais posée la question fondamentale du bien qui est poursuivi.

+

crise lycéenne
À la uneSociété

L’ultra gauche, levier politique de l’extrême gauche ?

Depuis les premiers blocages lycéens en septembre jusqu’aux importantes manifestations de ces dernières semaines, l’ultra gauche s’est emparée du mouvement par la violence. Associée à l’extrême gauche, elle s'en distingue pourtant fondamentalement, parson opposition au système, aux institutions et à toute autorité. Malgré son refus de participer à la lutte républicaine menée par l’extrême gauche, ne joue-t-elle pas le jeu de cette dernière ?

+

ultra gauche extrême gauche
À la uneSociétéÉducation

François-Xavier Clément : Il faut retrouver l’élan missionnaire et catholique de l’école… catholique

Entretien | Dans L’Enseignement catholique hors-la-loi ?, un petit ouvrage percutant, François-Xavier Clément, fondateur de Saint-Joseph Éducation et directeur du Centre de formation de l’éducation intégrale, dresse l’historique de la soumission de l’école catholique à l’État et appelle à revenir à l’origine surnaturelle de la mission éducative de l’Église.

+

enseignement catholique éducation école
SociétéBioéthiqueÉducation

La santé, cache-sexe de l’idéologie progressiste

La mainmise de l’État sur tous les domaines de la vie est particulièrement flagrante dans ce qu’il est convenu d’appeler la « santé sexuelle ». Sous le prétexte sanitaire se dissimule une nouvelle « morale » qui risque de condamner à terme toute résistance à une idéologie encourageant les comportements les plus déviants et toute référence à l’Évangile.

+

santé sexuelle gouvernement
Société

Mettre le feu

L’Essentiel de Joël Hautebert | Deux événements de ces derniers jours font ressortir le contraste brutal entre la jeunesse chrétienne et celle des lycéens en colère. Mais quoi d’étonnant pour celui qui sait ce qui enflamme les uns et les autres ? Une feuille de route a été donnée par Léon XIV à ceux qui recherchent la vie éternelle, laquelle ne leur sera offerte qu’au bout d’un engagement spirituel enraciné dans le charnel.

+

feu jeune jeunesse pape manifestations
SociétéLectures

Comment je suis devenu petit !

Carte blanche à Yves Chiron | Anthony Aubé a 42 ans et mesure 1,15 m. Il est atteint d’une pathologie désormais bien identifiée : la DSEC (dysplasie spondylo-épiphysaire congénitale), une des formes de ce que l’on appelait jadis le « nanisme ». Dans Comment je suis devenu petit !, il s’exprime sur ses difficultés de santé, ses défis scolaires et professionnels mais aussi sur le droit à la vie.

+

Anthony Aubé nain petit livre