Au quotidien-n°18 (Revue de presse du confinement)

Publié le 15 Avr 2020
Au quotidien-n°18 (Revue de presse du confinement) L'Homme Nouveau

Dans le dernier numéro de Marianne (10 au 16 avril), Jacques Julliard s’interroge sur la place de la religion dans la crise actuelle et sur la part de ce que nous sommes prêts à sacrifier personnellement :

Nous traversons une grande épreuve, comme il ne s’en trouve qu’une ou deux par siècle dans la vie d’un peuple. Or c’est la première fois que l’Etat et le corps social tout entier s’affrontent en l’absence à peu près complète de toute référence à la religion. S’il était encore besoin d’une preuve de la sécularisation presque complète de la France aujourd’hui, il faudrait en voir là une qui est incontestable. (…) Qu’est-ce qu’une nation ? C’est une population donnée, si diverses qu’en soient les origines, réunie autour de croyances communes, autrement dit, une religion. La quasi-totalité des penseurs politiques, toutes convictions confondues, estime qu’une nation ne peut maintenir sa cohésion sans le secours d’une religion. (…) Toute religion est une religion de salut, et quand il s’agit des sociétés, il n’est de salut que collectif. Les politiques, qui sont toujours en retard d’une guerre, sont en train de nous préparer un grand débat, oiseux, sur les mérites comparés du libéralisme et de l’étatisme (à défaut de socialisme) à la lumière du coronavirus. Alors que les questions posées sont beaucoup plus profondes et plus existentielles : pourquoi vivons-nous ensemble ? Quelle part de nos jouissances individuelles sommes-nous prêts à sacrifier au service du bien commun ? Le coronavirus nous oblige à reprendre les choses à partir de zéro.

Examen de conscience ? Peut-être. Un dossier de travail de la revue Futuribles (10 avril) tente d’imaginer les scénarios de l’après-crise et publie dans ce cadre les réflexions du philosophe Laurent Bibard, qui estime que la crise :

« nous appelle à réapprendre à reconnaître et gérer l’incertitude. Au cours du siècle dernier, les scientifiques, de crise en crise, ont compris que le savoir total espéré à la fin du XIXe siècle était illusoire ; il fallait donc prendre en compte l’incertain, ce qui impliquait de réapprendre la modestie. Or, les progrès techniques ont excessivement fasciné non seulement le grand public, mais aussi les milieux économiques et financiers, répandant l’illusion d’une possible maîtrise totale du monde. Ces progrès nous ont aussi livré une puissance inédite, susceptible de nous détruire, développant les risques de catastrophe ; aussi le discernement est-il devenu une capacité vitale. (…) Nous avons répondu à la complexité, dénonce Laurent Bibard, par de plus en plus de contrôles ; basés sur de fausses certitudes, ces contrôles porteurs de contradictions se sont exacerbés dans les organisations malgré les discours sur l’agilité. La crise actuelle nous incite à réapprendre à vivre avec l’incertitude. Nous serions moins surpris si nous pratiquions moins les contrôles et nous ouvrions plus sur l’inconnu, cherchions à inventer avec les autres des solutions, tout en reconstruisant la confiance.

En France, le nombre de personnes atteintes du Covid-19 diminue lentement. Les Echos (14 avril) tentent d’expliquer pourquoi :

Pourquoi une telle lenteur dans la décrue ? Depuis le 17 mars, pourtant, les Français ont assez bien respecté la règle du confinement. Une étude de l’Inserm portant sur l’Ile-de-France estime que, grâce à cette mesure inédite, le taux de reproduction du virus aurait pu chuter de 3 contaminations par personne infectées avant le confinement à 0,68 à présent. Pour rappel, il faut que ce taux soit inférieur à 1 pour que l’épidémie commence à refluer. De fait, le nombre de contacts face-à-face aurait diminué de 80 %. C’est un peu moins bien qu’à Wuhan, avec une chute estimée à 83 %, ou qu’à Shanghai (89 %), mais mieux qu’en Angleterre (73 %). Toutefois, les services hospitaliers se vident lentement, parce que certains malades ont mis du temps avant d’arriver à l’hôpital, et encore plus avant d’en sortir. La moitié des personnes en réanimation pour un Covid-19 y demeurent plus de 10 jours, certains jusqu’à trois semaines. Ce sont des délais incroyablement longs, qui expliquent ce « plateau » haut perché, et qui mettent à l’épreuve un système de soins qui n’a pas été conçu pour cela.

Chaque matin, la rédaction de L’Homme Nouveau vous propose une courte revue de presse, principalement axée sur la réflexion (sans dédaigner l’information pure). Nous ne cherchons pas d’abord à faire du clic, pour nourrir des statistiques et l’auto-satisfaction. Notre démarche est plus simple et repose sur une conviction presque simpliste : « demain se prépare aujourd’hui ». Dans ce sens, depuis des années, L’Homme Nouveau propose un regard différent, loin des clivages faciles dans le but d’offrir les outils conceptuels, les habitus de réflexion pour reconstruire une société humaine et chrétienne.

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