Au quotidien n°254 : Finkielkraut défend l’approche littéraire contre l’idéologie

Publié le 23 Sep 2021
Au quotidien n°254 : Finkielkraut  défend l’approche littéraire contre l’idéologie L'Homme Nouveau

Dans un entretien donné à Marianne (17 septembre 2021), Alain Finkielkraut met en avant l’approche littéraire contre l’idéologie. Au passage, il met en cause une forme de contrat social et constate qu’il n’y a plus besoin d’un pouvoir coercitif pour que le monde des médias et de la culture marche à l’unisson. Le conformisme idéologique suffit.

C’est sous la bannière de l’égalité et de l’humanité qu’on se permet de corriger, de compléter ou d’enrégimenter les œuvres du passé, et c’est sur ces critères que l’on juge aussi les productions actuelles. « Si on n’écrit pas contre le racisme, ça ne sert à rien d’écrire », estime Édouard Louis. Le voilà, le nouvel ordre moral. Il s’agit de mettre l’art et la littérature au service de l’idée que l’on se fait de la politique et de la morale.

Ce qui n’est pas nouveau…

Certes, mais la philosophie, elle, est toute nouvelle. Et, malheureusement, si l’ordre moral sévit au cinéma et au théâtre, ce n’est pas sous la férule d’un gouvernement répressif, mais c’est le fait des cinéastes et des metteurs en scène eux-mêmes. Le milieu culturel produit, sans y être contraint, une culture édifiante. (…)

Relation femme-homme débarrassée de la séduction, principe de précaution généralisé… Serions-nous désormais dans une société pour laquelle le bonheur passe par l’absence de risque ?

Je ne raisonnerais pas ainsi, ne serait-ce que parce que des gens osent invoquer le goût du risque pour dénoncer ce qu’ils appellent l’ordre sanitaire et qui est, en fait, la volonté d’une collectivité de se défendre contre une pandémie mortelle. Le problème est ailleurs. Au nom de l’égalité et de la liberté, on voudrait contractualiser les rapports humains. Un propos de Camille Froidevaux-Metterie, philosophe féministe, est à cet égard très révélateur. Elle définit l’amour comme un accord consenti entre deux personnes libres qui peut être rompu dès que l’une des personnes le souhaite. Non, bien sûr que non ! L’amour est une aliénation positive. L’amour nous fait comprendre que la liberté n’est pas nécessairement la valeur suprême. L’amour est une emprise merveilleuse. Je pense à cet aphorisme de Paul Valéry :

“LA LITTÉRATURE NE CHERCHE NI À FAIRE LE BIEN NI À LE DIRE. ELLE CHERCHE LA VÉRITÉ ET N’EST AU SERVICE D’AUCUNE AUTRE CAUSE.” (…)

Alors, peut-être est-on allé trop loin dans la morale du défoulement, mais le procès qui est fait aujourd’hui à cette époque libertaire m’évoque cette magnifique maxime du grand penseur colombien Nicolás Gómez Dávila : « Nul ne méprise autant la crétinerie d’hier que le crétin d’aujourd’hui. » Mon propos n’est pas de défendre une idéologie contre une autre, mais de défendre l’approche littéraire de l’existence contre l’approche idéologique, quelle qu’elle soit. Et c’est cette approche littéraire qui me semble en péril. Il y a bien sûr des écrivains, des romanciers, mais ceux-ci ne contribuent pas, comme ils pouvaient le faire autrefois, à façonner les âmes. Voilà le sujet de mon inquiétude.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Islam-République, le problème de la praxis

Après une brillante carrière de conseil et de cadre dirigeant, Jean-François Chemain est devenu volontairement enseignant d’Histoire en banlieue pour y transmettre l’amour de la France. Auteurs de nombreux ouvrages, notamment sur l’Islam en France, il analyse le sens de la parution du livre Musulmans en Occident, publié par la Grande Mosquée de Paris.

+

islam démocratie musulmans
À la uneSociétéPhilosophie

La guerre des sexes : un sophisme moderne

C’est logique ! de François-Marie Portes | Dans leur lutte contre ce qu'elles appellent l'inégalité, les féministes, qui ont manifesté le 8 mars pour la Journée des droits des femmes, rabaissent la relation hommes-femmes en l'identifiant nécessairement à une domination. Un slogan réducteur et un raisonnement sous-jacent faussement logique qui enveniment les relations entre les sexes.

+

sophisme femme sexe féminisme
Société

La prison entre exigence et humanité

Entretien | Première femme à diriger le centre pénitentiaire de Baie-Mahault, la plus grande prison de Guadeloupe, depuis avril 2023, Valérie Mousseeff témoigne dans La prison comme horizon de la réalité carcérale et de l’engagement du personnel pénitentiaire. C’est à ce titre qu’elle a répondu à nos questions.

+

Prison
Société

Vous avez dit fatigue démocratique ?

Sans surprise, les élections municipales ont donné lieu aux habituels commentaires et analyses. Malgré une certaine mobilisation lors du deuxième « round », force est de constater que l’abstention est restée globalement stable, atteignant ainsi des chiffres historiques. S’agit-il d’une crise passagère, d’une fatigue démocratique ou sommes-nous en post-démocratie ?

+

élection fatigue démocratique