Au quotidien n°313 : sous le règne des algorithmes

Publié le 03 Jan 2022
Au quotidien n°313 : sous le règne des algorithmes L'Homme Nouveau

« Au quotidien » revient pour une nouvelle année, en commençant par cet extrait d’un entretien avec Marie David, Ingénieure diplômée de l’École polytechnique, spécialiste de l’intelligence artificielle et auteur de « Intelligence artificielle. La nouvelle barbarie » (éditions du Rocher), publié dans Marianne (23 décembre 2021).

l’utilisation croissante de l’IA et des algorithmes s’inscrit dans un mouvement de dépossession du monde par un système technicien désormais hors de contrôle. Vous êtes aujourd’hui contraint d’avoir non seulement un accès à Internet, mais également un smartphone pour une part importante de la vie en société. La plupart de nos interactions avec le monde extérieur sont médiatisées par des algorithmes : c’est trop difficile de rencontrer quelqu’un, alors on s’en remet à l’algorithme de Tinder. On ne sait pas quoi faire le soir, alors on laisse l’algorithme Netflix choisir un film pour nous. Et c’est celui de Facebook qui décide des actualités qu’on va lire…

La tyrannie de l’IA est-elle la conséquence de celle des chiffres ?

Vivre dans un monde où tout se mesure, où ce qui n’est pas chiffrable n’a pas d’existence (en témoigne le fait qu’on n’empêche pas l’extinction de masse du vivant – car il est impossible de lui attribuer une valeur marchande) conduit à une recherche permanente d’une optimisation, au détriment d’un rapport plus entier au monde.

Dans les grandes villes, on voit fleurir des publicités pour des applications qui permettent de se faire livrer ses courses en dix minutes. C’est l’exemple même d’un faux besoin – qui cache, en outre, des emplois précaires et dangereux… Notons que le prétendu temps gagné par la personne qui fait ses courses avec une application sera sans doute employé à parcourir un fil Instagram ou TikTok. La boucle est bouclée…

« On peut discuter de tout, sauf des chiffres », entend-on souvent. Les chiffres suffisent-ils à la prise de décision ?

Pendant la crise du Covid, on a aussi observé que les chiffres, finalement, ne signifiaient plus rien, ni ne permettaient de trancher. On observe donc cet effet paradoxal : on communique de plus en plus de chiffres, tout argument se ramène à « une étude montre que », mais alors qu’on attend des chiffres qu’ils donnent un sens au monde, en réalité, ils ne mènent qu’à la confusion et à l’aporie. En témoignent les nombreux débats sur l’efficacité des vaccins, la pertinence de telle ou telle mesure sanitaire : les mêmes chiffres sont utilisés par les partis opposés, sans qu’ils créent le moindre consensus. Cette confusion vient du fait que les chiffres en eux-mêmes ne disent rien, puisque les décisions fondamentales, celles qui touchent à la morale, par exemple, ne peuvent se chiffrer, ni résulter d’une optimisation. Les débats sur l’éthique des algorithmes ne prennent pas en compte ce fait fondamental. Or il faudrait retirer aux algorithmes toute capacité de prendre des décisions morales.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (3/4) : Soigner à la française les mineurs tourmentés

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | Christian Flavigny, pédopsychiatre français, a vu venir de loin ce mouvement d’embrasement de la théorie du Genre et s’attache, depuis 2012, à en contrer les ravages chez les mineurs. La manifestation de ce qu’on appelle « dysphorie de Genre », chez l’enfant, est un tourment auquel la psychologie, telle qu’elle est pratiquée en France, peut et doit apporter son aide.

+

transgenrisme genre mineur
À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (2/4) : Les autorités et le corps médical vont-ils enfin ouvrir les yeux ?

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | En France, le droit à l’auto-détermination de genre a fini par s'imposer, que ce soit dans le domaine médical ou juridique. Et la récente note de cadrage de la Haute Autorité de Santé ne laisse pas espérer une meilleure prise en charge des mineurs dits en « questionnement de genre », alors que de nouvelles études internationales prouvent scientifiquement le caractère inutile, voire nocif, des démarches « trans-affirmatives ».

+

transgenrisme médiale
SociétéBioéthique

Transgenrisme (1/4) : Une révolution en marche

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | L’idée de changer de sexe ne date pas d’hier, mais sa mise en application sociale, politique, voire anthropologique est une réalité désormais à la portée de tous. À l’école ou en compétition sportive, dans les lois et les cliniques, le mouvement a pris une ampleur inédite, au niveau mondial. Et quoiqu’on perçoive la montée d’une saine opposition, le combat reste prégnant.

+

transgenrisme
ChroniquesSociété

La « Nouvelle France » : concept ou création ?

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les récentes élections municipales ont laissé penser qu'émergerait une « Nouvelle France » portée par le parti de Jean-Luc Mélenchon. Que révèle cette notion et surtout quelle logique démontre-t-elle ? En utilisant des termes flous, ne cherche-t-on pas à rassembler autour d'un réel « fabriqué » ?

+

nouvelle france