Au quotidien n°327 : quand le Covid tue le rayonnement de la France

Publié le 26 Jan 2022
Au quotidien n°327 : quand le Covid tue le rayonnement de la France L'Homme Nouveau

Le rayonnement culturel de la France recule au Japon, déplore Libération (25 janvier 2022) en constatant la disparition de deux lieux importants de la culture de notre pays.

Tokyo, le mythique cinéma Iwanami Hall et la librairie francophone Omeisha fermeront prochainement leurs portes, notamment à la suite de la crise sanitaire. La fin d’une certaine aura culturelle de la France dans l’archipel.

La Chambre verte de François Truffaut, Jacquot de Nantes d’Agnès Varda, les Herbes folles d’Alain Resnais ou encore les Gardiennes de Xavier Beauvois. Tous ces films francophones ont en commun d’avoir été projetés dans la même salle de cinéma d’art et essai japonaise, l’Iwanami Hall à Tokyo. «Je me souviens que François Truffaut était venu bien en amont du jour de la projection de la Chambre verte dans notre petit cinéma, pour enchaîner les entretiens avec la presse du matin au soir avec un sandwich comme tout repas, afin que le film trouve son public à Tokyo», se souvient Ritsuko Iwanami, directrice des lieux.

L’Iwanami Hall, inauguré en 1968 comme espace culturel polyvalent à Jimbocho, le Quartier latin de Tokyo, était essentiellement consacré au septième art depuis 1974. Il vit ses derniers mois. Son fondateur, l’homme d’affaires Yujiro Iwanami (1919-2007), père de Ritsuko, disait : «Ne vous en faites pas pour les finances.» «C’était un mécène, mais aujourd’hui, de mécène il n’y a plus», déplore la septuagénaire. En 1978, rentrée de France où elle a étudié plusieurs années, elle a été recrutée à l’Iwanami Hall pour donner un coup de main. Elle n’en est jamais sortie. Ritsuko Iwanami se dit attristée aujourd’hui, même si elle concède qu’il était «difficile de continuer comme ça».

(…)

Dans l’antre de son compatriote Yukio Okuyama, ce sont des clichés en noir et blanc de Baudelaire, Rimbaud, Proust ou Malraux qui tapissent les murs, et seront bientôt décrochés. Même génération, même passion culturelle, même raison épidémique, même décision radicale. Lui aussi va fermer boutique. La librairie francophone Omeisha, fondée en 1947 par le père de Yukio, bientôt ne sera plus. «L’âge d’or de la littérature française au Japon est passé», déplore celui qui a reçu en 2012 à Paris des mains de Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, pour sa contribution au rayonnement de la langue de Molière au Japon. Il reste un mois pour liquider le fond de romans, essais, livres scolaires français.

Son annexe, la librairie Rive Gauche, installée sur le site de l’Institut français de Tokyo, a déjà vidé ses étagères depuis quelques mois. «On a bénéficié de subventions et prêts sans intérêt du gouvernement japonais pendant la crise et d’un soutien côté français, mais trop de raisons font que ce n’est plus possible : la crise du Covid, la cherté de l’euro face au yen, une baisse d’année en année du nombre d’étudiants en français», cite Yukio Okuyama qui avait hérité des lieux à l’âge de 22 ans après le décès de son père, il y a plus de quarante-cinq ans.

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