Au quotidien n°329 : la République anomique

Publié le 28 Jan 2022
Au quotidien n°329 : la République anomique L'Homme Nouveau

Maurice barrès aurait parlé des déracinés. Chercheur au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po, Luc Rouban évoque dans son dernier livre, les raisons de la défiance (c’est aussi le titre de son ouvrage, paru aux Presses de SciencesPo, 176 p., 15 €) qui habite aujourd’hui une grande partie des Français. Le Figaro (16 janvier 2022) en donne un aperçu.

« Pourquoi les Français restent-ils les champions de la défiance politique?», se demande d’emblée Luc Rouban, chercheur au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po. Son ouvrage, Les Raisons de la défiance, n’en apporte pas moins une réponse originale et hors des sentiers battus. Alors que la montée des communautarismes et les dangers du séparatisme occupent le devant de la scène, l’auteur pointe un autre risque bien plus grave à ses yeux: l’absence totale, pour pratiquement la moitié de la population française, de tout sentiment d’appartenance à une communauté, qu’elle soit nationale, régionale, linguistique, religieuse, d’origine, ou même de goûts.

Les enquêtes par sondage du Cevipof, dont certaines ont été menées parallèlement en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Italie, font apparaître que 45 % des Français répondent «aucun» quand on leur pose la question du groupe auquel ils se sentent rattachés. «Ce sentiment de n’appartenir à aucune communauté révèle bien plus un isolement social qu’une capacité d’autonomie», souligne Rouban, qui parle d’«anomie» pour qualifier de tels comportements. Le terme créé par Émile Durkheim dans son ouvrage fondateur Le Suicide. Étude de sociologie (1897) désigne le manque de normes sociales régulatrices auxquelles se raccrocher chez une personne. Notons que l’«anomie» et la perte de repères qu’elle dénote ne sauraient se confondre avec l’«anarchie», car celle-ci relève d’une doctrine politique assumée.

La proportion d’«anomiques» n’est par exemple que de 15 % en Italie contre 45 % chez nous, selon les enquêtes du Cevipof. La France, fragile et désunie, est-elle devenue une «République anomique», comme l’affirme Rouban? «Si la République est menacée, elle l’est sans doute plus par cette anomie que par l’intégration de minorités dans des groupes séparatistes», avertit le politologue.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéFin de vie

Le Conseil constitutionnel, acteur de la post-démocratie

Alors que le Conseil constitutionnel a validé, le 14 août dernier, la loi sur l’euthanasie, Guillaume Bernard, historien du droit et des institutions, montre que cette instance, loin de se borner à garantir le respect de la Constitution, participe d'un phénomène plus vaste que le sociologue britannique Colin Crouch a nommé la « post-démocratie ».

+

conseil constitutionnel
Société

Les maux de la jeunesse contemporaine

L’Essentiel de Thibaud Collin | Jeune auteur, Pierre Valentin vient de publier chez Gallimard Malaise dans la génération Z, un essai pénétrant sur la santé mentale des jeunes, qui mérite à la fois d'être pris en compte et d'être complété afin de trouver les voies pour sortir de la grande dépression générationnelle.

+

maux de la jeunesse jeune
Société

Le drame tragique de la migration

L’Essentiel de Joël Hautebert | Selon que vous habitez en Europe ou en Afrique du Sud, aux États-Unis ou en Libye, vos propos seront considérés comme racistes ou non. Les récents événements aux Pays-Bas ou en Irlande soulèvent la question de l'accueil des migrants, qui devraient avant tout pouvoir rester chez eux, comme l'a rappelé Léon XIV récemment.

+

drame tragique migration