Au quotidien-n°58

Publié le 05 Juin 2020
Au quotidien-n°58 L'Homme Nouveau

Il est prospère le champ de la délation. Il n’y a pas uniquement la lutte contre le Covid-19 qui mobilise les potentialités offertes par la technique, dans le cadre d’un accroissement du contrôle social. Il y a également la lutte contre l’homophobie, concept flou mais vraie arme par destination, que raconte L’Express (3 juin) :

Faut-il tracer une carte de France de l’homophobie ? C’est en tout cas l’objectif d’une nouvelle application pour smartphone, « Flag! », soutenue par le gouvernement, qui permet de signaler et de localiser anonymement les actes anti-LGBT. Initiatrice du projet, l’association LGBT Flag!, constituée d’agents des ministères de l’Intérieur et de la Justice, veut orienter les politiques contre ces discriminations. Son président, Johan Cavirot, l’assure, « si une vague de signalements parvient d’une ville, il sera possible de contacter la mairie ou le commissariat. En cas de violences familiales, il faudra renforcer la prévention à l’école. Ou dans l’entreprise, si elles surviennent au travail. » (…) Comme un air de surveillance citoyenne ? C’est ce que craignent plusieurs acteurs associatifs : « Ces données ne doivent pas servir à stigmatiser des quartiers sensibles, parfois perçus comme hostiles aux LGBT », souligne Giovanna Rincon, d’Acceptess-T, qui défend les personnes trans. Réponse de Lyes Alouane, militant de Stop Homophobie, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) : « Il ne faut pas cacher la vérité, au moins ces chiffres seront factuels. » A condition qu’un panel suffisant s’en empare. En un mois, « Flag! » a été téléchargée 1500 fois et a enregistré 200 signalements. La phase suivante prévoit son extension à l’intranet des entreprises publiques, si les autorisations sont données. 

Au milieu de beaucoup d’âneries baignant dans une idéologie du déracinement et d’une mondialisation heureuse (pour les plus riches), Bernard-Henri Lévy est touché, parfois, de quelques (brefs) éclairs de lucidité, comme le montre cet extrait d’un entretien accordé au Point (4 juin)

Certains écologistes se sont particulièrement illustrés dans cette affaire, à commencer par Nicolas Hulot. À les écouter, la nature se vengerait et le virus serait une « occasion formidable ». N’est-ce pas une sorte d’anthropophobie radicale qui s’exprime là ?

C’est Nicolas Hulot qui a lancé, le premier, cette idée d’un « ultimatum » adressé aux pécheurs que nous sommes par la mère Nature maltraitée. Alors, après, vous aviez là le point de convergence de plusieurs courants idéologiques. Le malthusianisme et sa théorie des « hommes en trop ». L’antihumanisme lévi-straussien et son idée que le vrai virus c’est l’homme. Le tout enrobé dans une guimauve pénitentielle tout droit sortie des sermons du père Paneloux dans La Peste et d’Égisthe dans Les Mouches. 

Edwy Plenel, lui, a parlé d’un « virus révolutionnaire »…

Ce qui m’a frappé, moi, hélas, c’est notre incroyable docilité. Y compris chez les plus démunis et les plus exposés. Allez voir place de la République les queues, un peu plus longues chaque samedi, de gens tombés dans la précarité qui viennent aux distributions des Restos du cœur : pas de masques, pas de gel et une résignation à fendre l’âme. 

(…)

Portez-vous un masque ?

Parfois. Le moins souvent possible. Et contraint et forcé. Vous connaissez la théorie d’Emmanuel Levinas. Le rapport à l’autre, l’éthique, ça commence par le face-à-face entre deux visages nus, à découvert et qui se découvrent l’un l’autre dans leur bouleversante fraternité. Une humanité masquée, je suis désolé, mais, d’abord c’est un oxymore, et ensuite c’est une humanité de la défiance, du soupçon et, un jour, de la haine. 

Quelle sera, selon vous, l’autre séquelle politique de cette pandémie ? 

Nos libertés. Je suis effaré de voir, là encore, avec quelle facilité nous avons accepté de voir ces libertés rognées. Le traçage des populations, visiblement accepté. Les labradors renifleurs, dressés à détecter l’« odeur » des porteurs de Covid, qui n’ont l’air de gêner personne. Et puis l’incroyable culot de ces contempteurs de la « gauche kérosène » qui, comme Thomas Piketty, semblent s’arroger le droit de décider quels commerces, ou quels voyages, sont ou non indispensables – et, là encore, pas grand monde pour les contredire. 

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

Au quotidien n°57

Au quotidien n°56

Au quotidien n°55

Au quotidien n°54

Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

Au quotidien n°23 (du numéro 1 au n° 23)

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