Bac 2022 : 10 épreuves de plus pour le hors-contrat

Publié le 09 Juin 2022
Bac 2022 : 10 épreuves de plus pour le hors-contrat L'Homme Nouveau

« Seulement » 16 épreuves du baccalauréat à passer pour le hors-contrat en moins de deux mois et pas de contrôle continu. Retour et explication par l’Abbé Gauthey, directeur de l’Institut Croix-des-Vents à Sées, sur ce traitement spécial qui ne touche pas les écoles publiques et sous-contrat.

Cette année pour le baccalauréat, les élèves du hors-contrat passent 16 épreuves tandis que les autres candidats n’en préparent que 6. À quoi est dû ce traitement étonnant ?

La réforme du Bac prévoyait que les élèves du hors-contrat passent l’équivalent du socle commun évalué au contrôle continu dans le privé sous-contrat et le public. Ces épreuves ponctuelles qui s’ajoutent aux enseignements de spécialité ne sont donc pas une surprise. Pourtant cette année, les examens de spécialité qui devaient se tenir en mars ont finalement été repoussés en fin d’année, en même temps que les autres épreuves, ce qui donne aux élèves un volume d’épreuves assez conséquent en très peu de temps. À noter également, un oral d’éducation civique, curieusement plus long que l’oral de français…

L’Éducation nationale a donc décidé qu’il n’y aurait pas de contrôle continu pour les candidats de ces écoles, alors que paradoxalement elle reconnait officiellement leurs bulletins sur Parcoursup. Comment expliquez-vous ce choix ?

Le Bac et Parcoursup sont deux fonctionnements totalement distincts. Pour le Bac, le hors-contrat n’a jamais bénéficié du contrôle continu, hormis les dérogations accordées ces deux dernières années à cause du covid. La session de 2022 est donc un examen à part entière pour le hors-contrat qui compte même plus d’épreuves que l’ancien Bac. En revanche, Parcoursup est une orientation post-bac où les écoles supérieures recrutent leurs candidats en fonction de leur niveau. En ce sens, elles sont plutôt favorables aux bulletins du hors-contrat qui affichent une présentation assez classique avec des moyennes et des classements.

Depuis quelques années, nous assistons à une réforme progressive de l’épreuve du baccalauréat et à sa dévalorisation croissante tandis que d’autres diplômes parallèles se développent comme le certificat Voltaire ou le TOEFL. Prévoyez-vous de proposer un examen spécifique aux élèves du hors-contrat ?

Paradoxalement, la réforme Blanquer a durci le Bac. En matière scientifique notamment, les professeurs observent qu’il est beaucoup plus dur maintenant d’enseigner les sciences au lycée car le programme a été globalement renforcé et une partie de ce qui se faisait en première a même été anticipé en 2nde. Par exemple, l’épreuve de physique que nos élèves ont passée cette année était quand même assez… conséquente ! Les données sont d’ailleurs peut-être faussées avec le contrôle continu dans certains établissements, puisque l’évaluation n’est finalement pas la même entre le sous-contrat ou le public, et le hors-contrat. Les autres certifications restent dans notre établissement à la discrétion des élèves : nous n’avons rien prévu de manière systématique en dehors du Bac.

Le gouvernement annonçait en août dernier la restriction drastique de l’école à la maison. Avez-vous perçu une augmentation des effectifs dans le hors-contrat depuis cette mesure ?

Cet élément concerne plutôt les établissements primaires, et dans notre collège/lycée, nous n’avons pas encore ressenti d’impact spécifiquement lié à ce point. En effet, seule une faible proportion de nos élèves est issue de l’école à la maison. Tout n’est pas encore mis en application dans ces réformes : les familles ont encore le droit de faire l’école à la maison pendant deux ans si elles ont commencé avant l’année dernière. Ce point inquiète pourtant à bon droit un certain nombre de familles qui reçoivent déjà des inspections académiques pour la petite section en maternelle !

Les établissements indépendants se caractérisent par une certaine liberté pédagogique ainsi que des valeurs propres. Comment expliquez-vous le développement et le succès grandissant de ce type d’école aujourd’hui ?

Les familles recherchent ces libertés de moyens pour donner à leurs enfants un bon niveau scolaire. L’enseignement est plus classique : la langue française est mise en valeur, l’histoire est enseignée de façon chronologique, la géographie n’est pas abordée de manière uniquement thématique, et l’étude des sciences est approfondie. Nos élèves ne réalisent pas seulement des exercices à trou pour lesquels les réponses se situent déjà dans l’énoncé, comme dans la plupart des cahiers d’exercices modernes. Au collège particulièrement, ces libertés pédagogiques permettent une scolarité bien différente.

Ces réformes successives sont l’aveu qu’elles ne fonctionnent pas. Travaillez-vous sur des projets alternatifs à proposer à des députés ?

Il est vrai que cette réforme du Bac comporte des aspects compliqués. Par exemple nos élèves doivent passer les épreuves spécifiques au hors-contrat à Caen situé à 100 km de notre établissement ! Il ne faut pourtant pas la rejeter en bloc puisqu’elle nous donne aussi l’occasion de mettre en avant des candidats avec un niveau certifié. De plus, les élèves passent ces épreuves en première et en terminale, et donc peuvent mettre ces notes-là sur Parcoursup en plus de leurs bulletins classiques, ce qui leur donne une reconnaissance officielle. Le passage de toutes ces épreuves en fin d’année reste quand même un peu fastidieux, notamment par rapport aux élèves du sous-contrat et du publique qui ne passent plus grand-chose. 

La baisse du niveau scolaire semble liée à un effondrement généralisé de la transmission. Comment faites-vous dans les établissements que vous accompagnez pour continuer de proposer un enseignement exigeant ?

Sur ce point, il faut donner une habitude de travail aux élèves. Celle-ci passe par des contrôles réguliers, ainsi que la validation de connaissances tout au long de l’année. Dans cet esprit, nous n’hésitons pas à aller plus loin dans les programmes, tout en prenant le temps d’aborder les notions. Nous donnons également aux élèves du travail personnel de manière conséquente : c’est une habitude d’apprentissage et de restitution à mettre en place.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Pas de culture chrétienne sans Dieu

L’Essentiel de Joël Hautebert | De multiples motivations et intentions expliquent un regain de revendication de la culture française et chrétienne. Mais on ne peut vouloir une civilisation chrétienne en évacuant son fondement, Dieu, dans le mystère de la Sainte Trinité.

+

culture chrétienne
À la uneSociété

Europe : les chrétiens sont-ils en danger ?

Entretien | Fin décembre, le Centre européen pour le Droit et la Justice (ECLJ) a publié un rapport alarmant sur la haine antichrétienne en Europe. Son auteur, Thibault van den Bossche, dresse ici un état des lieux alarmant et préconise essentiellement des moyens d’action inscrits dans le système juridique européen.

+

haine anti chrétien
À la uneSociétéÉducation

Automne 1992 : un printemps pour l’école Saint-Dominique

En ce temps de la Nativité, je voudrais vous raconter l’histoire de la naissance de l’école Saint-Dominique du Pecq. En 1992, il y avait quelques dizaines de ces écoles hors contrat. Il y en a 2 600 aujourd’hui. Cette réalité doit être connue et soutenue par tous les moyens possibles. C’est le combat que nous menons chaque jour à la Fondation pour l’école. Bonne lecture !

+

école saint-dominique
Société

Clarification sur la labellisation des médias

C’est logique ! de François-Marie Portes | À l’heure où la « labellisation » des médias s’impose dans le débat public, la distinction entre information et opinion est souvent invoquée comme une évidence. Or cette séparation est plus fragile qu’il n’y paraît : toutes deux relèvent du même ordre du discours et ne se distinguent que par leur rapport à la preuve et à la certitude.

+

label médias
SociétéFin de vie

La Fondation Jérôme Lejeune mobilise contre l’euthanasie

Lancée au début du mois de décembre par la Fondation Jérôme Lejeune, la pétition « Euthanasie : ne nous laissons pas abattre ! » a mobilisé en quelques semaines plus de 12 000 signataires. Ce chiffre n'est pas un simple indicateur de mobilisation : il dit quelque chose de plus profond sur l'état du débat public français autour de la fin de vie et il appelle à être amplifié, par la signature et le relais de cette pétition, alors que le calendrier parlementaire s'accélère.

+

fondation Lejeune euthanasie