La prison entre exigence et humanité

Publié le 25 Mar 2026
Prison

Photo d’illustration. © Toufik-de-planoise, CC BY-SA 1.0

Mousseeff 1 copie prisonPremière femme à diriger le centre pénitentiaire de Baie-Mahault, la plus grande prison de Guadeloupe, depuis avril 2023, Valérie Mousseeff témoigne dans La prison comme horizon de la réalité carcérale et de l’engagement du personnel pénitentiaire. C’est à ce titre qu’elle a répondu à nos questions.

 

| Avec plus de 86 000 détenus en France (outre-mer compris), où en est-on de la surpopulation carcérale aujourd’hui ? Quels problèmes cela pose-t-il au quotidien ?

La surpopulation carcérale n’est pas un phénomène nouveau mais elle n’a fait que croître et atteindre de nouveaux records, causant l’inquiétude des pénitentiaires. Des tentatives nationales ont tenté de l’enrayer, en vain. Aujourd’hui, à Baie-Mahault (Guadeloupe), nous atteignons 252 % de surpopulation au QMA (quartier maison d’arrêt) : c’est le plus surpeuplé de tout l’outre-mer ! Nous avons des échanges réguliers avec l’autorité judiciaire à ce sujet car la loi prévoit que cette dernière doit tenir compte des effectifs. Un protocole s’applique lorsque les seuils sont dépassés – ce qui est toujours le cas – et nous allons mettre en place des réunions d’urgence avec les juges d’application des peines et le parquet pour identifier des profils à aménager. La surpopulation carcérale est au cœur de toutes nos problématiques et elle fait dysfonctionner toutes nos procédures de prise en charge et de sécurité.   

| Face à cette surpopulation, la prison manque-t-elle de moyens matériels et décisionnels ? Vous donnez l’exemple de votre bataille pour que les objets interdits ne franchissent pas le mur de la prison.

Nous manquons surtout de ressources humaines car le nombre de surveillants est calculé sur un effectif théorique de personnes détenues. Nos décisions sont contraintes par les moyens dont nous disposons : lorsque des postes sont vacants ou que l’on attend un budget, nos décisions ne peuvent être déconnectées de la réalité. Au quotidien, nous gérons l’urgence : la pression du sureffectif agrémentée de problématiques majeures comme la radicalisation ou les troubles psychiatriques. En ce qui concerne les objets et produits illicites (téléphones portables, drogues, alcool…), le problème est que les détenus contournent toujours les moyens que nous mettons en place pour empêcher la récupération de colis projetés par-dessus le mur d’enceinte. Le grillage fin, ils l’ont coupé à la pince coupante, le grillage épais, à la disqueuse, le filet, ils l’ont brûlé. Nous avons toujours un train de retard. Maintenant ce sont des drones. Les trafiquants ont un…

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Marguerite Aubry

Marguerite Aubry

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