Blaise Pascal, un philosophe marqué par la miséricorde

Publié le 28 Juin 2023

Pour le 4ème centenaire de la naissance du grand philosophe et scientifique Blaise Pascal, le Pape vient de signer une Lettre Apostolique qui commence par ces mots : « grandeur et misère de l’homme » (Sublimitas et miseria hominis), qui forment comme en paradoxe toute la doctrine de Pascal. Celui-ci, en cherchant la vérité, fut l’un des pionniers de ceux qui affirmèrent les rapports nécessaires et vitaux entre foi et raison. Bien sûr, je ne pourrai commenter en détail tous les points de cette lettre. Je me contente d’en donner une liste non exhaustive, pour pouvoir ensuite insister sur les principaux : ouverture étonnée à la réalité ; un amoureux du Christ qui parle à chacun ; foi, amour et liberté ; un esprit scientifique exceptionnel ; le philosophe ; la condition humaine ; sa conversion ou nuit du feu, de novembre 1664 : la visite du Seigneur ; l’ordre du cœur et ses raisons de croire ; Pascal, la controverse et la charité.

Remarquons au passage que Dieu a de l’humour, puisque c’est le seul pape jésuite de l’histoire de l’Église à qui revient l’honneur de fêter ce centenaire. Sur le point de la controverse entre Pascal et les Jésuites, le Pape agit habilement en jésuite : : « Pascal crut sincèrement s’attaquer au pélagianisme qu’il croyait identifier dans les doctrines suivies par les jésuites. »

Disons un petit mot d’abord sur le philosophe lui-même. Blaise Pascal, auvergnat, est né le 19 juin 1623 à Clermont d’un père conseiller à la cour des Aides. Il perdit sa mère à l’âge de 3 ans et fut, ainsi que ses deux sœurs dont l’une devait entrer à Port Royal, élevé par son Père. Les événements sont des maîtres que Dieu nous donne de sa main. Cette pensée de Pascal recouvre une expérience de sa jeunesse à Rouen où il connut sa première conversion. La maladie, qui le poursuivra jusqu’à sa mort, lui donne alors ses premières atteintes. Mais c’est surtout, ce qu’il appellera « ma conversion », en novembre 1664 qui le marqua profondément. Il reçut une grande grâce mystique au cours de ce qu’il appellera « la Nuit de Feu ». Pascal reconnaît le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, le Dieu de l’Histoire qui n’est pas celui des philosophes et des savants. Pascal a toujours fréquenté assidûment la Bible, dont il nourrit sans cesse sa pensée. Elle sera, quelques années plus tard, la base de l’apologétique qu’il médite pour la conversion des libertins et on la retrouvera dans l’œuvre polémique contre les Jésuites : Les Provinciales. Sa principale œuvre reste lesPensées. L’apologétique de Pascal est dans le droit fil de l’Évangile et de la tradition augustinienne bien comprise : il n’a pas en vue de désespérer l’homme sous le poids de sa misère : la perspective de cette misère laisse entrevoir la nécessité d’un Sauveur et du Salut en Jésus-Christ. C’est pourquoi le titre de la lettre du Pape s’avère-t-il très heureux. Si l’on tient ferme cette ligne, on tient le fil directeur des Pensées et, par là même, on s’écarte de graves contresens. Ne voir en Pascal que le sombre philosophe, reflet d’un courant « port-royaliste » outrancier, c’est certainement s’écarter de sa pensée profonde transmise par ses textes.

À la lumière de ce que dit le Pape, je voudrais insister sur la grandeur d’âme de Pascal, oubliant le côté janséniste et polémique de certains de ses écrits. Il n’avait qu’un amour : Jésus. Il suffirait de relire sa belle méditation sur la Passion du Christ. Jusqu’à sa mort, il n’a pensé qu’à aimer Jésus et l’aimer dans les pauvres. Il a voulu mettre toute son énergie au service de la miséricorde, car « l’unique objet de l’Écriture est la charité ». Par là, il rejoignait saint Jean de la Croix. Puisse-t-il, Marie aidant, nous faire parcourir sans faiblir notre propre chemin de conversion et de charité, car brève est la vie.

 

Pour aller plus loin, lire notre hors-série consacré à Blaise Pascal, 132 p., 16 €.

un moine de Triors

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