Bonne fête, Maman!

Publié le 07 Juin 2012
Bonne fête, Maman! L'Homme Nouveau

L’institutrice s’arrache les cheveux. Chaque année il lui faut déployer des efforts d’imagination et de patience à l’approche de la fête des mères pour que les bambins puissent offrir à leur maman l’attendrissant cadeau qu’elle rangera à côté du collier de nouilles jamais porté et de l’informe sculpture en pâte à sel du jeune Rodin en herbe.

Paul renifle au fond de la classe tandis que ses camarades, avec force rubans, perles et pampilles, s’essayent à la création de bijoux. Il n’a pas de maman mais il a deux papas… et le cœur lourd.

Claire est bien embêtée. Elle a justement un papa et deux mamans. Une vraie galère pour la gamine qui s’emmêle dans ses rubans et trouve qu’un seul bracelet était déjà un défi suffisant pour cette matinée de bricolage. Claire a une mère biologique et une mère adoptive qui, stérile, avait dû faire appel au ventre généreux d’une très humaniste prêteuse d’utérus.

D une mere a son enfant 4

Héloïse ne voit plus sa maman, partie fricoter avec un collègue de bureau. Elle offrira donc le fameux cadeau à sa grand-mère paternelle qui, bienveillante, soutient le mari esseulé.

Pierre, lui, boude dans son coin et ne fera pas de bracelet. Il sait que sa mère ne voulait pas de lui… Par Dieu sait quel miracle, l’avortement n’a pas marché et sa mère a même porté plainte contre le médecin pour sa naissance. Pierre, conscient malgré son jeune âge, qu’il ne faisait pas l’objet du « projet parental » qui aurait fait de lui un être digne de vivre, a décidé de ne pas faire de projet « enfantal », un concept créé pour l’occasion, et estime que sa mère n’en est pas vraiment une et ne mérite pas franchement sa piété filiale.

Aïna, quant à elle, vit dans la cité, dans l’une de ces familles où l’on ne sait plus trop bien qui est sœur, cousine, tante ou mère. Ils sont une douzaine dans une poignée de mètres carrés et se fichent bien de savoir qui a engendré qui. L’important est de survivre. Aïna offrira donc le bracelet à Tara, qui, du haut de ses 13 ans, n’est certainement pas sa mère mais lui a récemment offert une poupée, adorable quoiqu’usée jusqu’à la corde, dégotée Dieu sait où et qui suffit à rendre Tara bien plus aimable aux yeux d’Aïna que tout le reste de la tribu réunie.

Louis se demande bien comment un tube de verre pourrait porter un bracelet. Louis est un bébé éprouvette à qui ses parents se sont fait un devoir et une fierté d’expliquer dès le plus jeune âge qu’il avait été conçu grâce à la détermination de ses parents et les progrès de la science. Il ne sait pas vraiment que penser de cette vie commencée dans un bocal…

Salima, jeune Indienne, ne fera jamais de bracelet pour sa mère. Elle a été avortée lorsque son père, après l’échographie, a su qu’il n’aurait pas l’héritier mâle tant espéré.

Jacques non plus d’ailleurs. Car Jacques avait un chromosome en plus et, comme 96 % des enfants trisomiques comme lui, a été tué après le dépistage prénatal, pour des raisons de santé publique et parce qu’il aurait bien évidemment été très malheureux. Au fond d’une poubelle d’hôpital, pour sûr, la vie n’est pas très gaie non plus.

Anne, enfin, est le cas de la classe. Elle a seulement un papa et une maman, deux frères et trois sœurs…

Bonne fête, Maman !

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