Historien spécialiste de l’Église, Christophe Dickès a récemment publié un essai vigoureux, Pour l’Église. Ce que le monde lui doit, rappelant la dette du monde envers elle et qui s’élève ainsi à une réflexion profonde sur la mémoire et l’Histoire.
L’Église aligne allègrement deux mille ans d’existence. Son origine est historiquement attestée, les hommes qui l’ont servie sont connus et son déploiement à travers les siècles a été raconté des milliers de fois. On pourrait la croire vieillie, percluse de rhumatismes, flageolante sur les jambes de son passé. Et pourtant, l’Église est toujours là, présente au monde du XXIe siècle à travers ses hommes, sa doctrine, ses activités missionnaires et caritatives, sa volonté de prendre aussi à bras-le-corps les problèmes contemporains. Signe paradoxal de cette destinée, elle dérange encore, agace et mobilise des ouvrages, des articles et des films contre elle, provoque à son corps défendant des discours de haine et des actes criminels. C’est dans ce contexte général, qui pourrait être considérablement élargi et précisé, qu’un historien publie un livre à contre-courant. Sortant de la facilité des accusations, il a osé rappeler au grand public ce que le monde doit à l’Église. Mieux : ne se cachant nullement, il a donné pour titre à son essai historique deux mots qui claquent comme une profession de foi : « Pour l’Église ». Ce n’est pas le croyant qui parle, mais bien l’historien qui a fouillé les arcanes du passé pour se confronter à la réalité de l’Église. Il rouvre ainsi, à frais nouveaux, des dossiers importants : le rapport de l’Église à la science, son regard sur la politique et la laïcité, sans oublier la place des femmes et, plus globalement, le respect de la conscience. Ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas d’un plaidoyer en faveur d’une accusée dont il faudrait à tout prix sauver la peau. Christophe Dickès est historien, pas avocat. Il a renversé la perspective. S’il fallait à tout prix chercher un accusé (mais ce n’est pas sa démarche), ce serait le « monde » qui a fini par oublier tout ce qu’il devait à l’Église, tant il l’a absorbé par immersion constante. Précisons encore : ce monde n’est pas un en-soi nuageux. Nous lui appartenons, aussi oublieux que les autres, avec une responsabilité morale plus grande puisque nous sommes fils de l’Église. Comment avons-nous pu gommer les bienfaits de notre Mère ?
La question du temps
L’un des grands apports de cet…