Constitutionnalisation ? La République veut sacraliser l’avortement

Publié le 10 Nov 2023
constitution avortement ivg

Manifestation pour la constitutionnalisation de l'IVG, 2022 ©AMAURY CORNU Hans Lucas via AFP

Directeur de l’European Center for Law and Justice*, et actif à ce titre auprès de l’Onu et des instances européennes sur les sujets de bioéthique, Gregor Puppinck a dirigé la publication de Droit et prévention de l’avortement en Europe [1]. Il analyse les conséquences de la constitutionnalisation de l’avortement récemment proposée par le président de la République.

 

À la suite de l’annonce d’Emmanuel Macron d’un projet de loi constitutionnelle inscrivant dans la Constitution « la liberté des femmes de recourir à l’IVG », votre association appelle à signer une pétition pour la protection de toute vie humaine. Quel est l’objectif de cette initiative ?

Il s’agit d’abord de montrer qu’il existe une opposition à l’avortement et qu’une autre politique est possible. Nous l’utiliserons auprès des institutions françaises et du Conseil de l’Europe, plus précisément au Comité des droits sociaux, chargé de veiller au respect des droits sociaux notamment en matière de protection de la maternité et du droit de la famille. Notre objectif est de démontrer que le gouvernement français ne prend pas suffisamment de mesures en matière de prévention de l’avortement. Actuellement, la France a le taux d’avortement le plus élevé en Europe, alors qu’il diminue chez nos voisins. Selon Eurostat et l’Ined, 298 avortements ont été réalisés pour 1 000 naissances en France en 2020, contre 129 en Allemagne et 125 en Suisse. C’est plus du double, toutes proportions gardées. En France, ces avortements sont moins compensés par les naissances, car celles-ci diminuent alors que l’IVG reste très élevée. En 2022, le nombre moyen d’enfant par femme a encore baissé, pour atteindre 1,8. C’est l’immigration qui contribue à présent « pour près des trois quarts à la hausse de la population », selon l’Insee.  

Pourquoi l’avortement fait-il l’objet d’une telle obstination de la part de ses défenseurs en France ? D’où vient cette volonté de le sacraliser ?

C’est une question bassement idéologique. L’avortement a été présenté en France comme un progrès, associé à une libération dans le combat féministe, porté par la franc-maçonnerie, bien plus présente que dans la plupart des autres pays européens. L’avortement est un dogme, presque un sacrement : l’affirmation de la domination absolue de la volonté individuelle sur la vie humaine. D’autres pays européens ont une histoire différente. En Pologne par exemple, l’avortement a d’abord été imposé par les nazis, comme arme démographique, pour affaiblir…

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Maitena Urbistondoy

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