Dans l’attente d’un sauveur

Publié le 04 Déc 2017
Dans l'attente d'un sauveur L'Homme Nouveau

Depuis quelques années, décembre est devenu haïssable. Si les illuminations sont toujours plus nombreuses, elles éclairent de moins en moins, ampoules à basse intensité obligent, et sont de plus en plus bruyantes, tant se multiplient les agressions sonores – d’où tout cantique traditionnel est évidemment banni – trop souvent en anglais, censées nous faire entrer dans la joie des « fêtes », pluriel imbécile occultant la seule Fête qui importe, celle de la Nativité.

Plus de crèches, c’est mal vu, ni de calendrier de l’Avent, exception faite des offres publicitaires de telle ou telle grande marque qui proposent derrière les traditionnelles petites fenêtres mystérieuses, les unes des échantillons de produits de beauté, les autres des bonbons, quand ce n’est pas pire, cela se rencontre… 

Le jeûne de l’Avent – mais nos contemporains savent-ils qu’il en existe d’autres que celui du ramadan ? – a été de longue date remplacé par une débauche de victuailles anticipant sur les réveillons. Heureusement, dans la plupart des paroisses, afin de laisser les fidèles se goberger en paix, la messe de minuit sera anticipée à 20 h 30.

Oui, décidément, décembre devient haïssable et me donne des envies croissantes d’aller m’enfermer jusqu’à l’Épiphanie au fond de quelque Trappe où, au moins, l’on se souvient de l’essentiel. 

Pourtant, les éditeurs catholiques s’efforcent encore, et mieux encore que par le passé, de remettre un peu d’ordre dans le grand bazar festif et consumériste de notre époque en proposant aux catholiques, enfants, adolescents ou adultes, des parcours de l’Avent, comme il en existe de Carême.

Le hors série n°30 de la revue Parole et Prière propose ainsi, pour le prix de 6,90 €, 48 pages intitulées En avant Noël 2017 avec sainte Catherine Labouré accompagné d’un joli calendrier de l’Avent. Sainte de la confiance absolue, de l’abandon filial à Notre Dame et à son Fils, la voyante de la rue du Bac offre en effet de jolis exemples aux enfants comme aux adultes. 

L’idée serait excellente si, sous prétexte de se mettre au niveau d’enfants – qui, apparemment, sont beaucoup plus stupides que nous l’étions à leur âge, à en juger par ce qu’étaient il y a cinquante ans les publications catholiques pour la jeunesse et ce qu’elles sont aujourd’hui –, l’on n’avait eu l’idée d’affubler les différents protagonistes, chargés de raconter les aventures de la religieuse, de noms de fantaisie. Ainsi les compagnes de Catherine deviennent-elles sœurs Rose Hère, Mère Cédès, Mère Curocrome ; Mgr de Quelen, archevêque de Paris, Mgr Aimondieu ; le confident de l’abbé Aladel, le Père Plexe et ainsi de suite. C’est tout bonnement ridicule. 

Dommage car les petits jeux de réflexion, les coloriages récompenses des efforts accomplis dans la semaine, l’apprentissage de la confession, les décorations ou cartes de Noël à confectionner, et des illustrations de bon goût, rendaient ce livret attrayant et efficace.

Objectif Noël 2017 avec saint François d’Assise (Artège, 32 p., 3,90 €. Accès gratuit à un guide d’accompagnement à télécharger pour les parents, catéchistes et animateurs) change de saint et d’approche, pas de but : il s’agit toujours de faire comprendre aux enfants les enjeux de l’Avent.

Pour ce faire, voilà de nombreux jeux pédagogiques, des « missions » à accomplir, sous le regard bienveillant de François d’Assise, dont la vie est résumée à grands traits et qui raconte les Évangiles des quatre dimanches de l’Avent, dans le rite ordinaire, à travers une bande dessinée aux illustrations malheureusement laides … Pourquoi, hélas, caricaturer ainsi Notre-Dame, l’archange Gabriel, saint Joseph et le Christ ?

Parce qu’il n’y a pas d’âge pour se préparer à accueillir l’Enfant divin, Parole et Prière propose également un hors série, n°28, d’une centaine de pages au prix de 3,50 €, Mon Avent 2017 avec Saint Augustin, destiné aux adultes. Le bénéfice des ventes aidera à soutenir les œuvres de la jeune communauté des Missionnaires Serviteurs des Pauvres qui se dévouent aux enfants abandonnés d’Amérique latine.

Du 3 décembre au 6 janvier, voilà un itinéraire de conversion à la suite du docteur d’Hippone remarquablement bien fait : notices biographiques d’Augustin, citations de ses œuvres, extraits bibliques, mise en application dans nos vies, résolutions, choix de prières, et présentation des Missionnaires Serviteurs des Pauvres.

À chaque page, la volonté de remettre Dieu, ses commandements, leur respect, l’attachement aux sacrements, la confession et la dévotion eucharistique à l’honneur sont manifestes. 

Si nous essayions tous d’en tirer parti, non seulement en ce temps de l’Avent mais tout au long de l’année, peut-être décembre finirait-il par redevenir ce qu’il était : « Voici que je vous annonce une grande nouvelle ; un Sauveur vous est né dans la cité de David ».

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