Départ des bénédictines de Nantes : un triste signe des temps qui appelle au sursaut ?

Publié le 08 Mar 2023
nantes

La décision de la Fraternité Bénédictine Apostolique de se retirer de Nantes est révélatrice du problème croissant de l’insécurité en France. On pourra fustiger l’impuissance des pouvoirs publics ou regretter le sort réservé à des religieuses innocentes. Au-delà de l’état actuel de la société, cette affaire nous indique là où mènent perte d’identité et manque de repères.

 

Il est des signes qui ne trompent pas. Hier c’étaient les couvents, les grands séminaires, les monastères des centres-villes qui étaient transformés en hôtels de luxe, restaurants étoilés ou résidences étudiantes ; aujourd’hui, une communauté religieuse tire sa révérence face aux voyous sans susciter plus que cela d’indignations. Certes faut-il d’abord y voir l’incapacité actuelle de l’Etat à faire respecter l’ordre, mais pourrions-nous douter un seul instant que si nous avions eu à faire avec une communauté d’une autre confession religieuse ou à une association dite « bien-pensante », les choses se seraient passées ainsi ?

Un paysage qui disparaît

Autrefois, chaque quartier des villes en France avait en plus de son curé, une communauté de Frères ou de Sœurs qui participaient à la vie locale à travers des œuvres d’enseignement, d’assistance aux pauvres ou encore de services hospitaliers. Il n’était pas rare de voir ces religieux s’installer jusque dans les villages. Du reste, il est notoire que la jeunesse française, jusque grosso modo dans les années 60, était partagée entre l’influence du Parti Communiste et celle des patronages catholiques : de fait, la lutte entre Don Camillo et Peppone n’existait pas uniquement de l’autre côté des Alpes !

Au passage, rappelons-nous que le clergé français avait tenté de conquérir cette chasse-gardée « rouge » à travers des initiatives – parfois malheureuses – comme les prêtres-ouvriers, la Mission de France ou les Chiffonniers d’Emmaüs.  Il n’y a qu’à considérer combien la figure d’un abbé Pierre est encore populaire aujourd’hui.

Oui, jusqu’aux années 50, la perméabilité entre vie quotidienne et présence ecclésiastique ne relevait pas de l’étrangeté comme en témoignent les films de cette époque où la religieuse et le curé font partis des figurants habituels. A titre d’exemple, quand Michel Simon, personnage principal du film La Poison de Sacha Guitry, éprouve le besoin de confier son désarroi, c’est au curé qu’il s’adresse : nous sommes en 1954. En 2001, Jacques Villeret rejoue le rôle dans une reprise de Jean Becker intitulé Un Crime au Paradis, mais s’adresse alors au maire. En 50 ans, l’écharpe tricolore a supplanté l’étole sacerdotale…

Un signe des temps

Il n’y a rien de surprenant à ce que les pauvres religieuses de Nantes se heurtent à la balkanisation progressive de notre pays et comme à défaut elles ne peuvent espérer le soutien d’un lobby puissant, elles n’ont d’autres choix que de disparaître sans bruit.

Du reste, n’est-ce pas le même processus qui se vérifie de plus en plus à travers la destruction d’églises rurales, çà et là ? Bien souvent, une maigre opposition se heurte à une sorte de fatalisme ambiant : une pauvre église délabrée, où la messe n’a pas été célébrée depuis longtemps, qui nécessiterait des travaux conséquents à porter pour une petite commune alors qu’elle ne représente pas un grand intérêt patrimonial et qu’aucun renouveau ne peut être honnêtement attendu du côté de la paroisse … un tel édifice doit s’effacer, un point c’est tout.

Hélas ! Le clocher disparaît au fur et à mesure à côté des « maisons sages » de la « Douce France » de Charles Trenet : mais sa chanson était de 1947 !

Un patrimoine immatériel

Ce constat bien noir pourrait nous laisser un goût amer. A l’instar du scandale de Nantes se profile l’avenir d’une post chrétienté. De quoi nous tétaniser ? A la différence de la France et de ses institutions, le baptisé sait que l’Eglise a les promesses d’éternité (« les portes de l’Enfer ne prévaudront pas sur elle » Mt 16, 18) Des premiers chrétiens face à l’Empire romain aux combats du Saint-Siège faces aux totalitarismes du XXème siècle, crises et persécutions ont jalonné l’histoire de l’Eglise, en la bousculant certes, mais sans jamais parvenir à la renverser pour autant.

En ce qui concerne la France, la fille aînée de l’Eglise aura tellement été façonnée par le christianisme qui lui reste difficile de se comprendre sans lui. La force de la société de consommation et des loisirs ainsi que l’individualisme-roi semblent faire du catholique lambda le témoin passif d’un délabrement en cours. Et si, au contraire, Dieu n’attendait pour relever notre pays qu’un zèle renouvelé du petit reste des catholiques observants pour se former, se sacrifier et se sanctifier ? D’autant que priver les pauvres anticléricaux de l’Eglise ne serait pas très charitable !

 

A lire également : L’adieu aux armes : les Français désarmés !

Chanoine Alexis d’Abbadie +

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