La joie chrétienne : Divertissement ou eutrapélie ? (4/4)

Publié le 30 Juin 2023
Divertissement ou eutrapélie ?
Divertissement, récréation, loisirs, détente, jeu… autant d’activités pour occuper le temps des vacances, se délasser du travail ou des obligations de la vie. Mais sont-elles toutes d’égale valeur ? Pour en juger, saint Thomas d’Aquin – avec d’autres – définit une vertu indispensable et pourtant méconnue, l’eutrapélie. Explications.

 

Divertissement pascalien

«La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c’est la plus grande de nos misères.» (1) On connaît l’importance accordée par Blaise Pascal au divertissement dans sa description de la misère de l’homme. La lucidité de l’analyse pascalienne se trouve malheureusement confortée, à quelques siècles de distance, par le spectacle édifiant de la société du divertissement. Que l’on ne s’y trompe pas cependant, le constat sévère de l’auteur des Pensées n’est pas une condamnation moralisatrice. Il laisse aux « demi-savants » (2) le loisir de se scandaliser. Quant à lui, ce sont plutôt les ambiguïtés du divertissement qui retiennent son attention, pour ce qu’elles révèlent de la condition humaine : «Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.» (3) Il n’en demeure pas moins que l’idée d’un usage, non pas seulement nécessaire, mais également vertueux du jeu ou de la plaisanterie, semble à première vue parfaitement étrangère à l’approche pascalienne. Faudra-t-il donc, à Pascal, opposer saint Thomas ? Ce dernier, en effet, réserve dans sa morale une place, certes discrète, à la vertu du jeu, qu’Aristote appelait eutrapelia et qu’il traduit par jucunditas – nous dirions : enjouement, ou gaieté (4).  

Eutrapélie thomiste

Le point de départ de la réflexion de l’Aquinate est la reconnaissance de la nécessité du jeu. Contrairement à celle du divertissement pascalien, elle ne découle pas du besoin de se distraire de la misère, mais du besoin de reposer l’âme : «De même, en effet, que l’on a besoin de se reposer des travaux corporels en s’arrêtant de temps en temps, de même aussi on a besoin de se reposer l’âme un moment de la tension de l’esprit avec laquelle on s’adonne aux choses sérieuses ; et c’est avec le jeu qu’on le fait.» (5) Or, «le repos de l’âme, c’est le plaisir. […] C’est pourquoi il faut remédier à la fatigue de l’âme en s’accordant quelque plaisir qui interrompe l’effort d’application de la raison.» (6) Le jeu est donc cette activité par laquelle on recherche le plaisir de l’âme (7), ayant…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Abbé Charles Berger de Gallardo, fssp

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Le masculinisme (4/4) : L’équilibre au masculin, entre droit et devoir

DOSSIER « Le masculin au risque de la postmodernité » | Sommes-nous face à une impasse, entre un féminisme toujours plus imposé et une génération masculine en proie à un questionnement intérieur, autant social que psychologique, toujours plus douloureux ? La foi catholique, universelle, qui n'est liée ni à une époque ni à un peuple, oriente vers une juste paix et fait régner, dans le service de Dieu et des autres, la plus mâle des vertus.

+

masculinisme
Société

Le masculinisme (3/4) : Face à la sanctuarisation de la femme

DOSSIER « Le masculin au risque de la postmodernité » | Dans Le Soldat impossible, le philosophe Robert Redeker écrivait : « Le soldat a subi un sort semblable au prêtre catholique et au professeur, au fur et à mesure que la société ringardisait le premier sans oublier de rabaisser le second à la fonction d’animateur socioculturel chargé d'enseigner l’ignorance. »  Une décennie plus tard, on peut se demander si le Masculin ne pourrait pas subir le même sort.

+

masculinisme femme
SociétéÉducation

Le masculinisme (1/4) : Mythe ou réalité ?

DOSSIER « Le masculin au risque de la postmodernité » | Opinion ou idéologie, simple mythe ou dangereuse réalité, le masculinisme agite désormais la classe socio-politique et certains dénoncent « une idéologie structurée, organisée, offensive ». Mais il s'agit d'une nébuleuse bien plus complexe, où l'on peut apercevoir les racines du mal.

+

masculinisme
ÉgliseSociété

Exorcismes : il est urgent d’informer les évêques et les séminaristes

Entretien | Le 13 mars dernier, le pape Léon XIV a reçu en audience privée les responsables de l’Association internationale des exorcistes (AIE). L’abbé Henri Forestier, exorciste du diocèse de Fréjus-Toulon, évoque leurs recommandations et leurs préoccupations, dans un monde en proie à un foisonnement de l’occultisme, mais aussi de scandales liés à des pratiques d’exorcisme malvenues voire nocives.

+

Exorcisme
SociétéHistoire

La violence, moyen politique ?

L’Essentiel de Joël Hautebert | Le décès du jeune Quentin, le 14 février dernier, a rappelé que la violence peut se développer dans la sphère politique. La Jeune Garde, héritière des mouvements révolutionnaires marxistes-léninistes, prône les mêmes méthodes d'action, s'appuyant sur la force physique. Pour certains, les coups sont le seul moyen d'avoir le sentiment d'agir de manière visible.

+

jeune garde violence politique