Du 11 février au 13 mai, de Lourdes à Fatima

Publié le 19 Jan 2017
Du 11 février au 13 mai, de Lourdes à Fatima L'Homme Nouveau

L’abbé Laurentin, dès le début de sa carrière de théologien marial, a comparé Lourdes et Fatima (Cf. Sens de Lourdes, pp. 91 à 105). À Lourdes, les apparitions ont lieu à l’entrée en Carême : on pense à Jean-Baptiste au désert parlant aux cœurs pour lesquels les vérités anciennes sont devenues bien floues ; la source mène ici au Jourdain. À Fatima, l’enfer est évoqué avec l’Au-delà : l’été arrive, l’air et le feu sont dans le miracle du soleil.

Au cours des XIXe et XXe siècles, le message marial élargit son auditoire. À la Rue du Bac, Notre Dame parle dans l’intimité d’une chapelle ; à Lourdes, quelques personnes s’assemblent autour de la grotte ; à Fatima, la grosse foule du 13 octobre annonce les milliers et millions de pèlerins aux 13 de chaque mois, anticipant sur les voyages pastoraux des papes récents qui remuent la terre entière. On dirait que Marie agit et fait agir Pierre en crescendo sur l’humanité : « Lourdes nous ramène aux préludes de l’Incarnation », écrit Laurentin. « Fatima nous entraîne vers les perspectives eschatologiques » (p. 105). Marie montre là sa grande pédagogie, avec des moyens fort simples. Elle s’adresse avec naturel aux enfants, sans rien de forcé. Elle échange aussi par des signes qui touchent profondément l’âme sans omettre le corps, nous menant des choses visibles vers les invisibles.

« La Vierge vient crier plus fort à nos oreilles de sourds, assourdis par les bruits extérieurs du monde, ce que nous ne savons plus entendre, éclairer de lumière vive à nos yeux obscurcis par le péché, ce que nous ne savons plus voir », écrivait aussi l’abbé Laurentin (op. cit., p. 93). « Prière et pénitence », Marie ramène ainsi selon le futur Benoît XVI, « à la simplicité qui est au centre, à l’essentiel, à la conversion, à la foi, à l’espérance et à la charité » (Card. J. Ratzinger, Voici quel est notre Dieu, p. 219). Avec une ingénuité enfantine, Marie se présente comme modèle pour l’Église, petite lucarne toujours ouverte sur le Ciel. Elle nous livre peu de paroles, mais qui nous disent tant de choses ; elle n’est jamais laconique. À Pontmain, son message s’imprime à ses pieds, lettre après lettre, mais quel impact ! À Fatima, elle parle, le petit François n’en entend qu’une partie, mais comprend tout, en grand contemplatif qu’il était déjà (Cf. Cahiers d’Édifa, n° 11, 15 août 2000, p. 64-67).

Marie nous ouvre également le Ciel par sa présence et sa beauté : tous les voyants y insistent. À Fatima, la petite Jacinthe répète sans cesse : « Oh ! Quelle belle Dame ! » (cf. C. Barthas, Il était trois petits enfants, p. 50). À Lourdes, sainte Bernadette disait de la Très Sainte Vierge qu’elle est « si belle que, quand on l’a vue, il tarde de mourir pour la revoir » (cf. R. Laurentin, Lourdes. Histoire authentique, t. III, p. 219, n° 102). Ses larmes aussi sont éloquentes (et pas seulement à La Salette), de même que son sourire. Avant de se définir le 25 mars dans son mystère d’Immaculée Conception, elle se contentait de sourire quand Bernadette l’interrogeait sur son identité, sur ordre du terrible curé de Lourdes : un sourire silencieux qui attirait sans décevoir.

Benoît XVI, en visite à Lourdes en 2008, vante ainsi ce sourire que Marie fit connaître dès le début à Bernadette, « comme porte d’entrée la plus appropriée à la révélation de son mystère. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. Oui, quêter le sourire de la Vierge Marie n’est pas un pieux enfantillage. En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le cœur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c’est d’abord cueillir la gratuité de l’amour ; c’est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils bien-aimé, tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît » (Homélie à Lourdes, 15 sept. 2008).

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLéon XIV

Voyage du Pape en Amérique du Sud : insuffler un nouvel élan missionnaire

Léon XIV s’est envolé ce 6 novembre pour l’Uruguay, première étape de son voyage de douze jours en Amérique du Sud, qui doit se poursuivre par l’Argentine puis le Pérou, sa deuxième patrie, qu’il a servie pendant plus de vingt ans. Comme en France, les billets ont été épuisés rapidement, et des milliers voire des millions de fidèles sont attendus à chaque étape.

+

voyage du pape Amérique du Sud
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLiturgie

Trésor de la liturgie byzantine (3/3) : Une voix venue de l’Orient

DOSSIER « Le trésor de la liturgie byzantine » | Né au cœur de l’Orient chrétien, le chant byzantin traverse près de deux millénaires d’histoire. Il plonge ses racines dans les premières traditions de l’Église et s’est façonné au fil des siècles entre Jérusalem, Antioche et Constantinople. Johnny El Kassis, chantre à l'église Saint-Julien-le-Pauvre, à Paris, que dessert la communauté catholique grecque-melkite, nous évoque ce trésor transmis jusqu’à aujourd’hui.

+

liturgie byzantine chant orient
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLiturgie

Trésor de la liturgie byzantine (2/3) : (Re)découvrir le rite byzantin

DOSSIER « Le trésor de la liturgie byzantine » | La chapelle consacrée aux chrétiens d’Orient dans Notre-Dame de Paris rénovée poussera-t-elle les catholiques latins à découvrir les rites, trop souvent incompris ou ignorés, des Églises catholiques orientales ? Ces rites trouvent tous leur origine, comme notre rite latin traditionnel, dans l’héritage directement reçu des apôtres, notamment le rite byzantin.

+

rite byzantin liturgie
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLiturgie

Trésor de la liturgie byzantine (1/3) : Ce que je dois au rite byzantin

DOSSIER « Le trésor de la liturgie byzantine » | À 21 ans, le père Louis-Marie de Blignières, fondateur par la suite de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, assistait pour la première fois à un office religieux selon le rite byzantin, dans l'une des plus anciennes églises parisiennes. Plus d'un demi-siècle après, il mesure combien cette rencontre presque fortuite a nourri sa spiritualité et sa compréhension de la complémentarité entre l'Orient et l’Occident. Un précieux témoignage liturgique.

+

liturgie byzantine
À la uneÉgliseLéon XIV

Léon XIV : « L’histoire du monde sans les saints serait plus pauvre et moins humaine »

Commentaire du Pape | Du 19 au 21 octobre 2026, le Dicastère pour la Cause des Saints organisait un congrès international sur « La sainteté dans l’Histoire ». Dans son discours de clôture, Léon XIV a affirmé que « l'histoire du monde sans les saints serait plus pauvre et moins humaine ». Il a aussi insisté sur  la nécessité d'une rigueur historique stricte dans les processus de canonisation.

+

saint dicastère Léon XIV pape