École publique-école privée, quelle solution ?

Publié le 06 Mar 2017
École publique-école privée, quelle solution ? L'Homme Nouveau

Sous prétexte de lutter contre la radicalisation, la fin du quinquennat est marquée par une attaque frontale contre les écoles libres. Le Conseil constitutionnel vient heureusement de refuser le placement sous le régime de l’autorisation (au lieu de la déclaration) préalable des écoles libres. Quels sont, en fait, les critères d’une bonne politique scolaire ?

Si l’État a bien sûr son juste mot à dire sur le service de l’instruction nationale, c’est comme garant et non gérant du bien commun et donc de ce service public. Rendu à tous, ce service est en effet public par sa fonction et non par sa gestion. Laquelle peut très bien (et même doit dans la plupart des cas) demeurer privée sans que le service proposé cesse d’être public. Service public n’est pas synonyme de service étatique avec sa gestion étatique. Une compagnie de transport privée assure par exemple un service public qui implique sans doute garantie et contrôle de la part de l’État, sans nécessiter pour autant sa direction et son ingérence, au risque d’une injustice d’autant plus insupportable que l’État gérerait à côté sa propre compagnie de transport, bon marché ou gratuite du fait des avantages offerts grâce aux fonds publics.

Déséquilibre

Ainsi en est-il de l’école étatique gratuite, moyen malhonnête d’accaparer le service public de l’Éducation nationale : l’État jacobin monopolise la « publicité » et la « gratuité » du service au profit d’un seul « transport » (le laïcisme) au lieu de les mettre à la disposition des familles pour le transport éducatif de leur choix. ­L’État n’a pas plus la fonction d’enseigner ou d’éduquer qu’il n’a celle d’orienter les journaux ou les religions. Car l’école relève fondamentalement des familles et par suppléance seulement de l’État. Outre l’endroit où se distribue matériellement un savoir ou une instruction, les écoles sont aussi le lieu éducatif d’une formation de l’esprit, que l’État n’a pas à donner, annexer totalitairement, mais qui revient naturellement aux familles et à la diversité des familles spirituelles qui les composent aujourd’hui en France, sous réserve de leur ordination au bien commun.

L’État peut certes veiller à ce que l’école soit ouverte et l’enseignement assuré à tous les citoyens, sans distinction de région, de religion, ni de fortune. Pour garantir un niveau suffisant de culture générale, il peut décider une scolarité obligatoire jusqu’à un certain âge (pas trop élevé !) et d’une certaine façon corollairement gratuite. Il peut éventuellement fixer le principe d’examens nationaux de référence, etc. Mais, pour y parvenir, il ne peut en aucun cas favoriser ou imposer ses méthodes, ses programmes, encore moins son école, comme un « État enseignant » !

On attend le candidat politique qui s’attaquera enfin de face à l’actuel système scolaire, ne reprochant pas à l’école gratuite de l’État d’être gratuite mais d’être d’État ! À la gratuité scolaire étatique, il faudrait opposer la gratuité scolaire familiale : c’est aux familles qu’il appartient de financer les écoles (indépendantes) qu’elles désirent. Le rôle de ­l’État est de leur en donner les moyens par la redistribution progressive du budget de l’Éducation nationale, avec des allocations scolaires plus ou moins analogues aux allocations familiales. (Autre proposition : plus qu’à l’État c’est aussi à un ordre des maîtres, analogue à l’ordre des médecins ou à celui des magistrats, que devrait normalement revenir le contrôle de la compétence des directeurs et des maîtres d’école).

D’où l’ineptie du régime de l’autorisation préalable pour les écoles libres. Car l’État ne peut et doit juger des écoles qu’a posteriori, selon une culture du résultat scolaire et non selon un discours philosophique de la méthode qui ne dépend pas de lui. Avec le régime de la déclaration préalable, quel que soit le genre d’école, l’État peut en revanche veiller, avec mesure et prudence, au respect des normes d’hygiène ainsi qu’au respect des lois en vigueur dans l’intérêt général et le respect de l’ordre public, selon un cahier des charges donné. Mais ces droits de regard et ces devoirs d’harmonisation du pouvoir politique ne peuvent s’exercer qu’en concordance avec les droits et les devoirs des familles et des écoles, selon le bon principe de subsidiarité. Si dualisme ­« public-privé » il doit y avoir, il doit s’exercer non au profit du soi-disant public, l’école libre ne jouissant alors que d’une précaire permission d’exister concédée par l’État. Car l’école (publique) étatique en tant que telle ne devrait jamais rester que la supplétive de l’école (publique) privée et libre.

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