La messe n’est pas dite : Zemmour réclame une bouée trouée

Publié le 17 Nov 2025
la messe n’est pas dite zemmour

© CC BY 2.0, Anh De France

> L’Essentiel de Thibaud Collin
Dans son nouvel essai La messe n’est pas dite, Éric Zemmour en appelle à un « sursaut judéo-chrétien » pour sauver la France. Mais sous couvert d’un éloge du catholicisme, l’auteur ne réduit-il pas la foi chrétienne à un simple outil civilisationnel ? Une vision politique, historique et culturelle qui oublie l’essentiel : la source spirituelle de la France chrétienne.

  Zemmour est de retour avec un livre appelant la France à un « sursaut judéo-chrétien ». Le raisonnement justifiant un tel appel est le suivant : « L’Église a fait les rois qui ont fait la nation, qui a fait la République. » La conclusion s’impose : « La France sans le christianisme n’est plus. » Dès lors tous ceux qui veulent continuer à vivre en France doivent se mobiliser pour que la France demeure elle-même. D’où l’appel au sursaut. Le mérite évident de ce livre est bien sûr son objet, la France perçue dans son rapport essentiel au christianisme. Mais il y a plusieurs manières d’aborder une même réalité. Celle-ci peut se traduire en différents objets formels selon les différentes méthodes utilisées pour la considérer. Ainsi un même enfant va être un objet différent pour son professeur, sa mère, son médecin ou son entraîneur sportif. Il est toujours fécond de discerner selon quelle formalité une réalité est considérée ; cela évite les fausses polémiques et les mauvais procès. Ceux-ci n’ont pas manqué de naître dans la réception de ce petit livre (125 pages) portant sur ce grand et complexe sujet ! Cherchons donc à le critiquer à notre tour en les évitant. 

Au nom de l’intérêt national

Zemmour n’est pas chrétien, il est juif pied-noir et agnostique. Il est patriote français. Dire cela n’est pas le réduire à son origine car Zemmour est cultivé et intelligent et sa position actuelle est le résultat d’une longue maturation faite de lectures, d’expériences et de rencontres. Surtout de lectures. Avec lui, nous replongeons dans la France de Renan, de Taine et de Barrès, trois références omniprésentes dans son essai, bien que peu explicitées. Le Renan qui dans son Histoire des origines du christianisme (1863-1881) a une lecture scientiste et naturaliste du fait chrétien (son premier tome est la Vie de Jésus, objet d’un grand scandale à l’époque). Le Barrès des Cahiers qui affirme face à la République maçonnique :

« Je rejoins et je défends le catholicisme menacé parce que je…

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Thibaud Collin

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