La pause liturgique : Gloria 3, Deus Sempiterne (pour les solennités)

Publié le 01 Nov 2023
gloria

Commentaire musical

Gloria 3 Partition gloriaCe Glória est daté du XIème siècle, et comme le précédent, il est réservé aux solennités. Il emprunte sa mélodie au 8ème mode. Il est relativement chargé de neumes simples, et sa structure modale est claire, solidement affirmée avec ses cadences en Sol régulièrement répétées.

L’intonation met en valeur le mot qui signifie la transcendance divine, excélsis. L’accent de ce mot, doté d’un double Do, plane au-dessus du reste de la mélodie plutôt sobre, jouant sur les deux cordes Sol et La, et descendant une fois sur le Fa et montant une fois sur le Si. Il faut donc bien souligner cet accent et lui donner beaucoup de chaleur.

Dans la phrase suivante, qui utilise à peu près les mêmes cordes, en privilégiant le Sol et le La, même si le mot terra est traité plus au grave de façon d’ailleurs bien suggestive, c’est l’accent de bonæ qui est mis en valeur par le double Do d’un pressus, qui fait goûter la bienveillance divine à l’encontre des hommes.

Vient ensuite la série des verbes, Laudámus, Adorámus, Benedícimus, Glorificámus, qui se chante de façon alternée : le troisième (Adorámus) reprenant la mélodie du premier (Laudámus), et le quatrième (Glorificámus) reprenant la mélodie du second (Benedícimus). La mélodie opère un bercement entre une formule aiguë et une formule grave.

Grátias ágimus tibi commence au grave puis monte progressivement, en crescendo, pour aller cueillir l’accent de magnam, sur une formule déjà rencontrée sur bonæ. L’accent de glóriam est également bien souligné par un accent qui différencie cette variante mélodique de son modèle, bonæ voluntátis.

Les trois Dómine qui suivent sont identiques mélodiquement. Ils partent tous trois du Do, dominante du mode, se posent sur une première cadence en Sol, puis remontent au Do et se posent alors sur une cadence en La, pour finalement s’achever sur une dernière cadence en Sol, à part le dernier, qui, sur Fílius Patris, se termine en La. Ces trois Dómine renchérissent l’un sur l’autre, mais l’ensemble de ce passage est plutôt calme et doux. On peut noter que les accents de Deus, de Fili, sont à chaque fois pris au levé, donc de façon assez arrondie. L’alternance entre les accents au levé et les accents au posé doit être bien respectée.

Viennent ensuite les trois Qui : les deux premiers commencent de la même manière en partant du Ré grave, mais en montant bien vite jusqu’au Do aigu, cueilli de façon significative sur l’accent du mot peccáta. Quant au troisième, qui sedes, il part du Sol et s’envole pour dépasser allègrement le Do et aller toucher le Mi sur l’accent de déxteram.

C’est le premier véritable sommet de la pièce qui doit donc être bien mis en valeur, d’autant plus qu’il s’adapte parfaitement au texte, chantant avec bonheur la glorification du Fils à la droite du Père. La cadence de Patris, située sur le Ré aigu, doit être légèrement élargie, gardée en suspension, avant la redescente de miserére nobis qui nous ramène au Sol. Ce passage est très lumineux.

La belle progression des trois Tu solus, là encore, devait être d’autant plus expressive que le chœur chantait le Glória sans alternance mais d’un trait. Le premier Tu solus s’appuie au départ sur la sous-tonique Fa, passe par le Sol et va chercher le Do pour s’y établir, même s’il revient se poser sur le Sol. Le second attaque directement sur le Do et se fixe sur une cadence en La, toute en attente de ce qui suit.

Et le troisième s’envole à nouveau en partant du Do, en ne touchant plus le Sol mais seulement le La, et en allant se fixer sur le Ré, avant que le nom Jesu Christe nous fasse chanter le second sommet de la pièce. En même temps, ce sommet est plein de douceur amoureuse et il doit être bien épanoui et assez large, très goûté, avant la retombée sur le Sol. Tout ce passage doit être mené en un beau crescendo plein d’enthousiasme, et finir dans un mouvement de profonde adoration, très large.

La formule doxologique finale est plus sobre, elle joue d’abord à l’intérieur de la tierce Fa-La, puis s’élève jusqu’au Do aigu sur le mot glória, et s’achève en reprenant sur Patris la même mélodie que Christe, une ligne plus haut. Le Amen conclusif est bien envoyé, très ferme, avec son emploi de toutes les cordes du 8ème mode, spécialement le Do, le Sol et le Fa.

Voilà un beau Glória assez doux même s’il est toujours ferme, mais qui monte de façon splendide vers la fin pour faire éclater la louange sur les deux dernières invocations.

 

Pour écouter :

 

 

Un moine de Triors

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