Historique de l’Avent (2)

Publié le 02 Déc 2013
Historique de l'Avent (2) L'Homme Nouveau

Suite de l’Historique de l’Avent de dom Prosper Guéranger, extrait de son Année liturgique. Dans ce livre célèbre, le restaurateur de la vie bénédictine en France aborde chaque temps liturgique en évoquant son aspect historique, mystique et pratique. 

La discipline des Eglises de l’Occident, après s’être relâchée sur la durée du jeûne de l’Avent, se radoucit bientôt au point de transformer ce jeûne en une simple abstinence ; et encore trouve-t-on des Conciles dès le XII°  siècle, tels que ceux de Selingstadt, en 1122, et d’Avranches, en 1172, qui semblent n’astreindre que les clercs à cette abstinence. Le Concile de Salisbury, en 1281, paraît même n’y obliger que les moines. D’un autre côté, telle est la confusion sur cette matière, sans doute parce que les diverses Eglises d’Occident n’en ont pas fait l’objet d’une discipline uniforme, que, dans sa lettre à l’Evêque de Brague, Innocent III atteste que l’usage de jeûner pendant  tout l’Avent se conservait à Rome de son temps, et que Durand, au même XIII° siècle, dans son Rational des divins Offices, témoigne pareillement que le jeûne était continuel en France durant tout le cours de cette sainte carrière.

L’abstinence de l’Avent

Quoi qu’il en soit, cet usage tomba de plus en plus en désuétude, en sorte que tout ce que put faire, en 1302, le pape Urbain V pour en arrêter la chute complète, ce fut d’obliger tous les clercs de sa cour à garder l’abstinence de l’Avent, sans aucune mention du jeûne, et sans comprendre aucunement les autres clercs, et moins encore les laïques, sous cette loi. Saint Charles Borromée chercha aussi à ressusciter l’esprit, sinon la pratique des temps anciens, chez les peuples du Milanais. Dans son quatrième Concile, il enjoignit aux curés d’exhorter les fidèles à communier au moins tous les dimanches du Carême et de l’Avent, et adressa ensuite à ses diocésains eux-mêmes une lettre pastorale, dans laquelle, après leur avoir rappelé les dispositions avec lesquelles on doit célébrer ce saint temps, il faisait instance pour les engager à jeûner au moins les lundis, les mercredis et les vendredis de chaque semaine de l’Avent. Enfin Benoit XIV encore Archevêque de Bologne, marchant sur de si glorieuses traces, a consacré sa onzième Institution Ecclésiastique à réveiller dans l’esprit des fidèles de son diocèse la haute idée que les chrétiens avaient autrefois du saint temps de l’Avent, et à combattre un préjugé répandu dans cette contrée, savoir que l’Avent ne regardait que les personnes religieuses, et non les simples fidèles. Il montre que cette assertion, à moins qu’on ne l’entende simplement du jeûne et de l’abstinence, est à proprement parler téméraire et scandaleuse, puisqu’on ne saurait douter qu’il existe, dans les lois et les usages de l’Eglise universelle, tout un ensemble de pratiques destinées à mettre les fidèles dans un état de préparation à la grande fête de la Naissance de Jésus-Christ.

Du côté de l’Église grecque

L’Eglise grecque observe encore le jeûne de l’Avent, mais avec beaucoup moins de sévérité que celui du Carême. Il se compose de quarante jours, à partir du 14 novembre, jour où cette Eglise célèbre la fête de l’Apôtre saint Philippe. Pendant tout ce temps, on garde l’abstinence de la viande, du beurre, du lait et des œufs; mais on y use de poisson, d’huile et de vin, toutes choses interdites durant le Carême. Le jeûne proprement dit n’est d’obligation que pour sept jours sur les quarante ; et tout l’ensemble s’appelle vulgairement le Carême de saint Philippe. Les Grecs justifient ces adoucissements, en disant que le Carême de Noël n’est que de l’institution des moines, tandis que celui de Pâques est d’institution apostolique.

Mais si les pratiques extérieures de pénitence qui consacraient autrefois le temps de l’Avent, chez les Occidentaux, se sont peu à peu mitigées, en sorte qu’il n’en reste plus maintenant aucun vestige hors des monastères, l’ensemble de la Liturgie de l’Avent n’a pas changé; et c’est dans le zèle à s’en approprier l’esprit que les fidèles feront preuve d’une véritable préparation à la fête de Noël.

 

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