Instagram : un monde d’envie et de mensonge

Publié le 28 Déc 2022
instagram

Réseau social essentiel pour les « influenceurs », d’une popularité inouïe, Instagram fonctionne à partir des images que chaque utilisateur donne de lui-même, plus ou moins manipulées et présentées pour attirer l’attention. Avec des conséquences non négligeables pour les personnes, l’idée qu’elles se font d’elles-mêmes et finalement la réalité et la vérité.   Nous continuons notre étude des réseaux sociaux avec Instagram. Ce réseau social fut lancé en 2010 avec 25 000 utilisateurs dès la première journée. Aujourd’hui, c’est plus d’un milliard de personnes, soit un huitième de la population, qui utilisent cet outil avec 400 millions d’utilisateurs mensuels. Cette popularité devient compréhensible lorsqu’il est question d’étudier son utilité. Instagram vient des mots anglais « instant camera » (1) et de télégramme. Le but pour les utilisateurs est donc de partager des photographies et des vidéos avec leur réseau « d’amis », leur donnant la possibilité de commenter les clichés, de signifier leurs appréciations par des « j’aime » et de repartager leurs publications à d’autres amis. Cela permet à tous de communiquer ses centres d’intérêt, ses voyages, la capture momentanée d’instants de vie et des photos de soi. Or ce qui est recherché n’est autre que l’approbation grégaire de ses pairs. L’existence de la personne se voit assaisonnée de l’épice bien toxique qu’est la popularité. La « course aux j’aime » est frénétique. La publication DOIT faire réagir, être partagée et en définitive l’auteur de celle-ci se sentira par là-même aimé. Andy Warhol déclarait en 1968 dans le catalogue d’une exposition au Moderna Museet de Stockholm : « À l’avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale ». Cette prophétie n’a jamais été aussi bien réalisée qu’à notre époque, et Instagram en est l’outil principal. Mais ce droit implique le devoir crucial de s’acquitter d’une offrande. Pour être populaire ou célèbre il est nécessaire d’offrir en sacrifice la vérité. Les instagrameurs et instagrameuses voient le monde au travers d’un objectif de photographie. Cependant il ne s’agit pas de se filmer ou se prendre en photo seulement. En effet, pour gagner le cœur des autres en publiant des photos de soi il faut qu’ils puissent nous envisager comme l’objet d’une envie. Des photos tendancieuses, érotiques voire pornographiques à celles de paysages de voyage, de voitures de luxe ou de technologie délirante, chaque publication a pour but de tenir captif le spectateur. La « vie »…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

François-Marie Portes, Directeur de l'Ircom-Lyon

Ce contenu pourrait vous intéresser

Société

La famille au cœur : entretien avec Pascale Morinière

Entretien | La famille est-ce une notion obsolète ou dépassée ? Pascale Morinière, présidente des Associations familiales catholique (AFC) et médecin généraliste de formation, nous explique les défis des familles, le potentiel qu’elle représente dans un monde en perpétuelle mutation.

+

famille
SociétéPhilosophie

L’homme est-il une entité vivante comme les autres ?

L'Essentiel de Joël Hautebert | Depuis le XIXᵉ siècle, l’organicisme naturaliste assimile la société à un corps soumis à des lois biologiques. Ce glissement matérialiste bouleverse la conception de l’État, la place de l’homme dans la nature et l’identité collective, au risque d’effacer liberté, morale et spiritualité. 

+

ORGANICISME homme vivant
Société

Au cœur de la Bonne Nouvelle 

Comment passer sous silence la bonne nouvelle de la nuit de Pâques : l’augmentation du nombre de baptêmes d’adultes en France ? Ils sont plus de 10 000 adultes et plus de 7 000 adolescents à avoir reçu la grâce du baptême dans la nuit de Pâques. Un chiffre global (17 795 exactement) en hausse de 45 % par rapport à… l’an dernier.

+

bonne nouvelle
SociétéÉducation

Gabrielle Cluzel réhabilite la maternité face aux nouveaux diktats

Entretien | Dans Yes kids, Gabrielle Cluzel prend le contre-pied des discours dominants en défendant une maternité assumée, vécue, revendiquée. Mère de sept enfants, elle mêle témoignage personnel et critique sociale pour dénoncer l’effacement des mères dans l’espace public et la défiance croissante envers la natalité. À l’heure où avoir des enfants semble devenu suspect, elle redonne voix à celles qu’on préfère faire taire.

+

maternité yes kids