Invité de force, mais sans la robe nuptiale

Publié le 30 Sep 2016
Invité de force, mais sans la robe nuptiale L'Homme Nouveau

L’invité aux noces du fils du roi, dans l’évangile de saint Mathieu, est pris de force, puis rejeté pour n’avoir pas revêtu la robe nuptiale (Mt 22, 11-14). Quelle énigme ! Pour Origène « ces noces sont celles du Christ et de son Église. Les vêtements indignes y disparaissent au profit de cette robe nuptiale adaptée à leur solennité. Le roi entre pour voir ceux qui sont réunis dans la salle du festin, avant que le repas soit servi. Il retient ceux dont l’habit nuptial lui est si agréable, mais il renvoie ceux qui ne le portent pas. » Voici la conclusion morale d’Origène : « Tout homme qui pèche, ne se revêt pas de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et pour préciser qu’il est alors sans excuse, il est dit de cet homme : Et il demeura muet (Mt 22, 12) ».

Dans son Commentaire des Sentences, repris au terme de la Somme Théologique (IV Sent. dist. 43 et S. Qu. 87, a. 1), saint Thomas analyse la connaissance que les élus auront au ciel de leur passé moral. Il semblerait que tout y soit oublié et qu’après la résurrection chacun ne connaîtra plus les péchés qu’il a commis. Pourtant pour saint Augustin « une force divine interviendra, rappelant à la mémoire tous les péchés. Le jugement divin, poursuit le Docteur angélique, porte sur le témoignage de la conscience, selon ce que dit l’Écriture : L’homme voit les choses qui paraissent au dehors, tandis que Dieu voit l’intérieur (I Sam 16, 7). » On pense à l’Apocalypse (20, 12) : « Les livres furent ouverts, ainsi que le Livre de Vie, et les morts furent jugés selon ce qui était écrit dans les livres, conformément à leurs actes. » Saint Thomas conclut que « le Livre de Vie est alors la conscience de chacun, livre unique puisque la force divine fait que les actions de chacun sont rappelées à sa mémoire. Il est donc indispensable que la conscience de chacun garde toutes les œuvres qu’il a accomplies, bonnes ou mauvaises. »

Notre invité pris de force et rejeté était donc muet (Mt 22, 12). Cela veut dire que sa conscience était volontairement paralysée, sans raison ni volonté, au gré des passions. De nos jours hélas, la catéchèse ne touche plus visiblement un grand nombre de baptisés, et le plus souvent ils ne choisissent pas leur vie morale débridée. Mais la prière contemplative fait l’office du serviteur qui rejoint leur désir de Dieu et les habille de sa miséricorde, tout tacite et enfoui que soit leur désir qui « cherche Dieu » (Cf. Act 17, 27) et ouvre à l’humble charité. Pour saint Grégoire, « celui qui vient aux noces sans la robe nuptiale, c’est celui qui fait partie de l’Église par la foi sans avoir cette charité. » Pour saint Augustin (Contr. Faust., 28,19), il « cherche alors, non la gloire de l’époux, mais la sienne propre. » Et saint Hilaire ouvre de larges perspectives en voyant dans « le vêtement nuptial la grâce de l’Esprit qu’il nous faut conserver sans tache ni souillure jusqu’au jour de la grande réunion dans le royaume des cieux. » (Can. 22)

En 1986, Mère Teresa à Paray-Le-Monial faisait fonction du serviteur invitant la jeunesse de France : « Gardez votre cœur pur, parce qu’un cœur pur peut voir Dieu… Nous devons aider (les jeunes) à vivre la réalité de la présence de Dieu dans leur cœur et à garder la pureté pure, la chasteté chaste et la virginité vierge. Et ils peuvent faire cela en approfondissant leur amour pour Marie, le corps le plus pur qui soit et en faisant appel à elle sans relâche ». La prière contemplative est pour Mère Teresa la grande urgence ; le cardinal Sarah parle de même. On rejoint alors la prière de l’Immaculée que les anciens nommaient « la Toute-Puissance suppliante », prière qui va au-devant des consciences blessées pour les rendre innocentes et aptes au festin des noces éternelles.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLéon XIV

Léon XIV en Algérie (3/5) : Nous sommes une Église de passage

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | Dans le cadre de son voyage en Algérie, Léon XIV rencontrera une Église catholique minoritaire mais bien vivante, avec laquelle il commémorera notamment les 30 ans de l’assassinat de Mgr Pierre Claverie. Entretien avec Mgr Davide Carraro, son successeur sur le siège d’Oran depuis 2024, réalisé par l’AED.

+

Algérie église chrétien
À la uneÉgliseLéon XIV

Léon XIV en Algérie (2/5) : L’Afrique antique, terre chrétienne ?

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | On l’a oublié. Mais comme l’affirme une historienne contemporaine dans la célèbre encyclopédie Histoire du Christianisme : « s’est constituée en Afrique au cours du IVᵉ siècle, une chrétienté dont l’importance, l’expansion, la vitalité l’emportent sur toutes les autres en Occident à la même époque ». Retour sur une période trop perdue de vue, au sein de laquelle brille d’un feu particulier saint Augustin.

+

Carthage Afrique antique Algérie
À la uneÉgliseHistoireLéon XIV

Léon XIV en Algérie (1/5) : Entre mémoire et avenir

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | À l’invitation du gouvernement algérien et des évêques du pays, Léon XIV visitera l'Algérie en avril prochain. S’il entend mettre ses pas dans ceux de saint Augustin, dont il se déclare le fils, le Pape veut aussi encourager le petit peuple des chrétiens présents dans l’Algérie d’aujourd’hui.

+

Léon XIV en Algérie
À la uneÉgliseÉglise de France

Fermeture de la Trappe : Que reste-t-il de la vie religieuse en France ?

Après près de neuf siècles de présence, les moines de l’abbaye Notre-Dame de la Trappe de Soligny ont annoncé le 5 mars dernier leur départ en 2028. Pour beaucoup d’abbayes confrontées à la même situation, on invoque la crise des vocations et les charges d’entretien des bâtiments qui empêchent les communautés d’assurer la vie régulière, et les contraignent à se retirer de lieux pourtant marqués par des siècles de présence.

+

vie religieuse abbaye de la Trappe
ÉgliseLiturgie

Proposition de dom Kemlin pour la liturgie : réponse du président de Notre-Dame de Chrétienté

Entretien | Dom Kemlin, père abbé de l’abbaye de Solesmes, a révélé le 16 mars, au micro de RCF, l’envoi, en novembre, d’une lettre au Pape : il y propose une reconfiguration de la liturgie romaine dans le but de résoudre les divisions au sein de l'Église. Philippe Darantière, président de Notre-Dame de chrétienté, l’association organisatrice du pèlerinage de Paris à Chartres à la Pentecôte, a souhaité réagir à cette proposition.

+

Solesmes dom kemlin liturgie