Après une brillante carrière de conseil et de cadre dirigeant, Jean-François Chemain est devenu volontairement enseignant d’Histoire en banlieue pour y transmettre l’amour de la France. Auteurs de nombreux ouvrages, notamment sur l’Islam en France, il analyse le sens de la parution du livre Musulmans en Occident, publié par la Grande Mosquée de Paris.
La Grande Mosquée de Paris vient de publier le livre Musulmans en Occident (1), un guide pour aider les musulmans de France à vivre leur foi de manière compatible avec la République. Fruit des consultations de nombreuses autorités religieuses, mais aussi civiles – sociologues, historiens, enseignants et responsables politiques (dont deux anciens présidents, François Hollande et Nicolas Sarkozy) –, c’est un monument de près de 1 000 pages, avec un glossaire de 200 mots. Chacun salue dans ce « code de bonne conduite », selon l’expression du recteur Chems-eddine Hafiz, « une initiative bienvenue dont l’ampleur est inédite » (Franceinfo). Nous ne pouvons que souscrire à cette opinion.
Une religion réglementée
Un rapide survol de l’ouvrage permet de comprendre le caractère très réglementé d’une religion axée sur la praxis. Le premier terme du glossaire, « ablutions », permet de s’en faire une idée : malheureuse flatulence qui oblige à recommencer un rituel déjà long et complexe ! On est aux antipodes de notre foi chrétienne, que le Christ a délivrée de la tyrannie de la Loi. Mais tout cela ne nous regarde pas… à l’inverse du « vivre-ensemble », pour lequel le recteur invite ses coreligionnaires à faire des concessions. « Notre citoyenneté passe avant tout le reste. […] Nous avons beaucoup travaillé sur ce que j’ai appelé les points de crispation entre les musulmans et le reste de la communauté nationale », affirme-t-il sur Franceinfo. Il incite donc les musulmanes à « accepter de retirer leur voile lorsqu’elles sont confrontées à des interdictions professionnelles », reconnaît que le mariage civil reste supérieur au mariage religieux et ajoute même qu’« on peut blasphémer sans aucun problème ». Ah ! si Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty, avait pu lire ça plus tôt ! Car les prescriptions de la Grande Mosquée de Paris, si elles viennent conforter les adeptes d’un islam « intégré », paraissent contredire l’évolution de la société musulmane de France, surtout chez les jeunes. Un récent sondage Ifop a mis en évidence que 59 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans seraient favorables à l’application de la charia (la loi islamique) dans…







