Jean Breton n’en pense pas moins | Un jour de deux mil vingt, un ministre pensa…

Publié le 24 Déc 2020
Jean Breton n'en pense pas moins | Un jour de deux mil vingt, un ministre pensa... L'Homme Nouveau

Un jour de deux mil vingt, un ministre pensa
Qu’il pourrait, en vertu de son autorité,
Proposer au Bon Dieu, jusque-là embêté,
De sauver son Noël qu’un virus méprisa.

« Je peux, Lui dit Castex, daigner autoriser
Pour la Nativité un rien de souplesse ;
Et tolérer qu’on soit quelques-uns à la messe :
Les chrétiens me devront de pouvoir T’adorer. Â»

(Ainsi, estimait-il, je gagne la faveur
Des bigots effrayés par les attestations.
L’épiscopat entier, de leurs protestations
Se croyant tributaire, me comblera d’honneur.)

Mais le deal ne reçut qu’un accueil mitigé,
Et plutôt qu’un hourra d’un Dieu aux abois
Il fut remercié par un refus courtois
Quand il se croyait sûr d’avoir tout arrangé.

« Penses-tu vraiment, mon fils, dit Dieu en souriant
Que ce qu’Hérode ne put en son temps interdire
Malgré tous ses soldats, tu puisses, et c’est bien pire
T’attribuer en propre comme un Tout-Puissant ? Â»

Mais le chef discuté de la Maréchaussée
Se pensant Richelieu, refusait de comprendre
Qu’il n’avait pas pouvoir, si Dieu voulait descendre,
De L’empêcher de naître comme l’année passée.

« Je pourrais, tenta-t-il, mettre dans chaque église
Des policiers zélés, ou bien des délateurs
Prompts à réprimander les fidèles veilleurs :
Alors nous verrons bien si Noël s’organise ! Â»

« Que m’importent tes lois et ta persécution ?
Dit Dieu qui s’Il pouvait, aurait perdu patience.
Mes fidèles pourraient briller par leur absence
Que rien ne réduirait Mon Incarnation Â».

« Je vais aller plus loin, dit alors l’insolent,
Et prendre Tes vertus pour les mettre à ma guise ;
Parler de Charité pour éviter l’église
Et mettre en l’Espérance un peu d’enfermement Â».

« Je sais, mon fils, dit Dieu, que cela sera pire.
Et vos chiffres diront que vôtre est la victoire
Comme s’ils avaient pouvoir d’amenuiser ma gloire.
Je viendrai tout de même pour asseoir mon empire. Â»

La dispute cessa, le ministre céda
On vint se rassembler à la minuit sonnée
Et sous la voute immense et presque abandonnée
Comme à Son habitude l’Enfant nous sauva.

On raconte qu’au fond de cette sombre nef
Que la ferveur des chants peinait à réchauffer
Derrière un masque blanc qui lui couvrait le chef
Dieu découvrit Castex qui se prit à L’aimer.

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