> C’est logique ! de François-Marie Portes
Les récentes élections municipales ont laissé penser qu’émergerait une « Nouvelle France » portée par le parti de Jean-Luc Mélenchon. Que révèle cette notion et surtout quelle logique démontre-t-elle ? En utilisant des termes flous, ne cherche-t-on pas à rassembler autour d’un réel « fabriqué » ?
Les élections municipales sont, par nature, l’un des derniers espaces où la vie politique conserve un ancrage concret. On y vote moins pour une idéologie que pour une équipe, moins pour un programme national que pour une manière d’habiter ensemble un territoire (1). Et pourtant, les dernières échéances ont donné lieu à un phénomène inverse : une lecture nationale, parfois idéologique, de résultats qui relevaient d’abord d’une réalité de terrain.
Un cas révélateur
Le cas de Saint-Denis (93) est à cet égard révélateur. Les électeurs y ont choisi un maire. Rien de plus classique dans une démocratie locale. Mais, très vite, l’événement a été absorbé dans une séquence médiatique et politique plus large : polémiques, accusations de racisme, interprétations concurrentes se sont multipliées autour de cette élection, au point d’en déplacer le sens même. Dans ce contexte saturé de lectures, partis et commentateurs ont proposé une synthèse plus globale encore : ce vote serait le signe de l’émergence d’une « Nouvelle France ». L’expression suggère une mutation profonde, presque une substitution. Mais encore faut-il savoir ce qu’elle signifie. Et c’est ici que nous intervenons – laissant la politique à ceux dont c’est, tragiquement, le métier. Car avant d’être politique, le problème est ici logique : que dit-on exactement lorsque l’on parle de « Nouvelle France » ? Peu importe, pour l’instant, que cette évolution soit souhaitable ou non. La seule question qui vaille est plus simple – et plus exigeante : cette formulation désigne-t-elle une réalité intelligible fondée ? Le premier terme, « nouvelle », semble porter l’essentiel de la charge. Il évoque une rupture, une transformation qualitative. Or toute société est, par définition, en mouvement. Les générations se succèdent, les pratiques évoluent, les équilibres se déplacent. En ce sens, une société est toujours, d’une certaine manière, « nouvelle ». Il en va ici comme de la musique ou de la danse : ces réalités ne disparaissent pas, mais leurs formes changent sans cesse. Les styles se renouvellent, les expressions se transforment, sans que l’on puisse pour autant parler, à chaque variation, d’une réalité entièrement autre.…







