Kulturkampf 1/3 : l’inutile combat de Bismarck contre Dieu

Publié le 07 Mar 2023
Kulturkampf: l'inutile combat de Bismarck contre Dieu

Lancé dans le contexte de la naissance de l’Empire allemand, le Kulturkampf est une politique religieuse dirigée contre l’Église, considérée comme une force ennemie du Reich, à partir de 1871. Bismarck, chancelier de l’empire, veut en faire un outil de contrôle des catholiques. Avec des résultats mitigés.   Lorsque, au lendemain de la création de l’Allemagne en janvier 1871, Bismarck, afin de consolider le Reich et sa position de chancelier, lance sa politique de Kulturkampf, le « combat pour la culture », il ambitionne d’éradiquer les « forces obscurantistes », l’Église catholique et son parti, le Zentrum, soit 36 % des sujets du Kaiser, jugés dangereux pour l’accomplissement de l’unité allemande. Le but se révélera plus difficile à atteindre que prévu… Le programme n’a rien d’original puisqu’il se veut dans la ligne des philosophes des Lumières décidés à « écraser l’Infâme » et s’inscrit dans la vaste entreprise de « décatholicisation » de la société européenne mise en œuvre, en cette fin du XIXe siècle, par des gouvernements inféodés à la maçonnerie, comme Crispi en Italie ou, quelques années plus tard, les laïcards de la IIIe République, voire officiellement catholiques, telle l’Autriche de François-Joseph, qui n’en tentent pas moins de réduire le pouvoir ecclésiastique. Cette adhésion de Bismarck à un travail de sape global et international s’aggrave d’une hostilité personnelle, fruit d’une éducation prussienne et luthérienne, qui l’incite à se défier de Rome, et de Pie IX, auquel il reproche la publication, en 1864, du Syllabus, « catalogue des erreurs modernes » tenu pour un intolérable rejet du monde né de la Révolution, et la promulgation, en juillet 1870, du dogme de l’infaillibilité pontificale auquel l’épiscopat allemand, après avoir refusé de le voter lors du concile Vatican I, s’est finalement rallié. En effet, l’infaillibilité du Pape pose la question qui hante les pouvoirs depuis la naissance du christianisme : en cas de conflit, à qui irait la fidélité des croyants ? Il est logique que Bismarck, alors que le luthéranisme est religion nationale du Reich, désire éliminer, avec l’influence catholique, un « corps étranger rejeté par l’âme allemande ». Tout arrangement avec Rome est donc exclu. Le Chancelier ne perd pas une occasion de le proclamer sur tous les tons : « Je n’ai jamais cédé à l’illusion que le catholicisme était capable de se réformer ; il est depuis longtemps dans un système clos qui, aussitôt qu’on prétend y…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Anne Bernet

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéLectures

L’islam des Lumières existe-t-il ?

Dans son dernier ouvrage paru, L’Islam des Lumières. Histoire de l’humanisme musulman (VIIe-XXIe siècle), Olivier Hanne brosse un vaste panorama de l'islam, en montrant que comme religion et comme civilisation il recouvre des courants de pensée nombreux et variés. Mais sa démonstration quand à la possibilité d'un islam libéral semble échouer devant l'Histoire.

+

islam des lumières coran
SociétéFin de vie

De la situation faite à la mort en temps nihiliste

L’Essentiel de Thibaud Collin | Dans notre société libérale, la mort est devenue incompréhensible. Échec impossible à envisager pour ceux qui divinisent la liberté et croient à l'autonomie complète de l'homme, elle est donc invisibilisée et l'euthanasie et le suicide assisté ne représentent que les tentatives illusoires de contrôler sa destinée jusqu'au bout.

+

mort nihilisme fin de vie euthanasie suicide assisté
SociétéLéon XIV

Léon XIV en France : La France face au Pape

Spécial venue du Pape en France | Alors qu'elle s'enfonce dans le nihilisme avec des lois de plus en plus antichrétiennes, la France accueille le Pape en grand pompe. Réaction Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, co-auteur d’une tribune intitulée « Léon XIV en France : le piège de l’instrumentalisation » et parue dans le JDD début juin.

+

fin de vie tribune le menée français france pape Léon XIV