La famille est-elle un objet relatif ?

Publié le 13 Fév 2012
La famille est-elle un objet relatif ? L'Homme Nouveau

Devant la situation faite à la famille dans notre société moderne, à partir des politiques mises en place depuis plusieurs décennies et qui débouchent aujourd’hui sur une conception plurielle de la famille (il n’existe pas un type de famille, mais des familles), une question s’impose : la famille est-elle devenue un objet relatif ? Relatif à l’évolution des mentalités ou aux choix de ses membres. Nous avons demandé son analyse au jeune philosophe Thibaud Collin. Nous publions ici un extrait de son article dont vous pourrez trouver l’intégralité dans le dernier numéro de L’Homme Nouveau (à commander auprès de nos bureaux, 10, rue Rosenwald, 75015 Paris, tél. : 01 53 68 99 77 ou en version numérique sur ce site). Un grand merci à Thibaud Collin pour son éclairage. 

Au vu des lois votées en France depuis près de quatre décennies, il est légitime de se demander si ce ne sont pas les sciences sociales qui ont raison : la famille ne serait-elle pas qu’un mot référant à toutes sortes de situations particulières dont l’histoire, l’ethnologie et la sociologie feraient leur objet ? C’est effectivement sous la pression d’un tel afflux d’études que « la » famille identifiée à une réalité stable et pérenne s’est trouvée affublée de l’adjectif « traditionnelle ». Simultanément la floraison d’autres adjectifs (« monoparentale », « homoparentale », « recomposée », etc.) a semblé confirmer qu’il existe une pluralité de modèles familiaux, modèles désignant ici non plus l’exemplarité et la norme, mais divers types sociologiques pour guider la description des pratiques sociales.

Collin

Certes, une famille est une réalité constituée par des actes humains libres enchâssés dans des usages sociaux, ce que l’on peut nommer des mœurs ou des coutumes qui sont autant de supports disposant à ces actes. Il est indéniable que les coutumes varient selon le temps et les lieux. Montaigne, saisi par cette évidence à l’orée des temps modernes, en avait déjà conclu à l’extrême plasticité de l’humaine condition et à l’incapacité d’une mesure morale objective et universelle. Peut-on alors conclure que la famille est un objet soumis au relativisme le plus strict ? C’est bien ce qu’un sociologue comme Éric Fassin, à la suite de Pierre Bourdieu et Michel Foucault, cherche à présenter comme une évidence. Afin de promouvoir toutes sortes de figures familiales alternatives, il affirme que « la vérité de la famille n’est pas plus inscrite dans l’éternité des catégories d’État que dans le ciel platonicien d’idées abstraites ; les familles s’incarnent dans des ­pratiques. Elles sont donc susceptibles de changement ». Le présupposé est ici que tout dans le monde humain est construit par l’homme. Cette version relativiste de l’expression « tout est politique » est un réductionnisme. Dire que la famille relève de pratiques humaines conditionnées par des usages sociaux n’honore pas la totalité de ce qui se noue dans ce que l’on nomme « famille ». La question est alors : comment prendre conscience d’une dimension plus originaire et plus universelle sise en deçà des diverses réalisations historiques de la famille ? 

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéÉducation

Le masculinisme (1/4) : Mythe ou réalité ?

DOSSIER « Le masculin au risque de la postmodernité » | Opinion ou idéologie, simple mythe ou dangereuse réalité, le masculinisme agite désormais la classe socio-politique et certains dénoncent « une idéologie structurée, organisée, offensive ». Mais il s'agit d'une nébuleuse bien plus complexe, où l'on peut apercevoir les racines du mal.

+

masculinisme
À la uneÉgliseSociété

Exorcismes : il est urgent d’informer les évêques et les séminaristes

Entretien | Le 13 mars dernier, le pape Léon XIV a reçu en audience privée les responsables de l’Association internationale des exorcistes (AIE). L’abbé Henri Forestier, exorciste du diocèse de Fréjus-Toulon, évoque leurs recommandations et leurs préoccupations, dans un monde en proie à un foisonnement de l’occultisme, mais aussi de scandales liés à des pratiques d’exorcisme malvenues voire nocives.

+

Exorcisme
SociétéHistoire

La violence, moyen politique ?

L’Essentiel de Joël Hautebert | Le décès du jeune Quentin, le 14 février dernier, a rappelé que la violence peut se développer dans la sphère politique. La Jeune Garde, héritière des mouvements révolutionnaires marxistes-léninistes, prône les mêmes méthodes d'action, s'appuyant sur la force physique. Pour certains, les coups sont le seul moyen d'avoir le sentiment d'agir de manière visible.

+

jeune garde violence politique
Société

Villages Saint-Joseph : accueillir pour redonner confiance

Initiatives chrétiennes | Nés de l'initiative d'un couple, les Villages Saint-Joseph accueillent depuis 1998 des personnes malmenées par la vie, afin de leur offrir une vie de famille et l'opportunité de se reconstruire grâce à une vie structurée autour du travail et de la spiritualité. Des lieux essentiels dans une société qui abîme les personnes et contribue à la destruction les liens sociaux et familiaux. Entretien avec Franck et Carline Saint-Jalmes, responsables de la maison Laudato Si.

+

villages saint-joseph laudato si maison