Dans son ouvrage Le Grand Secret de l’Islam, Odon Lafontaine analysait la construction progressive de cette religion. Ses dernières recherches, exposées avec pédagogie dans le recueil La Mecque, ville imaginaire, portent sur les origines historiques de la ville présentée comme le berceau du Prophète. Le sous-titre « Comment les califes ont inventé l’islam » en dit long sur le développement tardif de ce courant.
La Mecque, ville phare vers laquelle tout musulman se tourne pour prier. Le Prophète y aurait reçu le Coran incréé, sur le tombeau d’Abraham, et l’ordre d’y établir le grand pèlerinage, l’un des piliers de dévotion… Mais comment se fait-il que l’analyse historique ne concorde pas avec le discours dogmatique ? Le doute s’est installé en rassemblant des données géographiques, archéologiques, ou même agronomiques. Car, quand on les aligne, elles ébranlent la véracité des propos traditionnels sur la fondation de l’islam.
Des obstacles certains
Considérant d’abord la localisation de La Mecque, Odon Lafontaine détaille les obstacles au développement d’une métropole en un tel lieu. En effet, aucune ressource en eau n’y est disponible : ni rivière, ni lac, ni roches aquifères, ni nappe phréatique n’auraient permis l’approvisionnement des habitants. Il faudra attendre le IXᵉ siècle pour que la reine Zoubida fasse construire un aqueduc pour alimenter la ville. C’est la preuve d’un manque criant, dont les conséquences tangibles sont notamment l’impossibilité de développer l’élevage, faute de pâturages et, de ce fait, de nourrir une population de plusieurs milliers de personnes. Car La Mecque présente aussi l’inconvénient d’être à une centaine de kilomètres des principales routes commerciales de l’époque, ce qui ne facilite pas l’apport indispensable de denrées ni de fourrage. Pour les mêmes raisons, la mise en avant d’un carrefour commercial de caravanes n’est pas crédible. La comparaison avec d’autres capitales antiques montre que certaines étaient sagement édifiées au bord d’un fleuve. L’auteur, qui détaille aussi les conditions météorologiques du lieu, donne alors cet exemple original pour l’époque : « la ville antique de Marib, capitale du royaume de Saba dans l’actuel Yémen, était célèbre… pour son gigantesque barrage qui y permettait le développement d’une agriculture florissante ». De fait, l’Arabie du Sud, bénéficiant d’un climat « bien plus clément que celui de l’Arabie centrale, était d’ailleurs appelée “Arabie heureuse” (Arabia felix), siège du prospère royaume himyarite. »
Jamais citée
Par ailleurs, alors que les anciennes cités se trouvent abondamment évoquées dans des sources scripturaires, aucune ne mentionne La Mecque ; pas…







