Cela fait plus de soixante ans que Raphaël Toussaint, surnommé le « Peintre de la Vendée », représente les paysages et les scènes de son pays. À cette occasion, une quarantaine de ses œuvres sont dévoilées dans une exposition rétrospective au Logis de la Chabotterie (Vendée) en dialogue avec quelques-unes de René Robin, son mentor et beau-père.
« Peintre de la Vendée ». Ce titre sied singulièrement à Raphaël Toussaint qui, né à La Roche-sur-Yon en 1937, a consacré la quasi-totalité de son œuvre à ce département dont l’histoire à la fois héroïque et tragique a fait une vraie province. Toute sa vie, l’artiste est resté fidèle à la terre qui l’a vu naître.
Des hauteurs du bocage aux bords de mer, il en a peint les paysages si variés et si contrastés : le Mont des Alouettes, le château du Puy du Fou, la chapelle du Petit-Luc, le passage du Gois, la plage du Bois de la Chaise, à Noirmoutier, le vieux château de l’île d’Yeu, l’abbaye de Maillezais et les canaux du marais poitevin ; mais aussi plus prosaïquement : le clocher d’une église, le pignon d’une grange et la tourelle d’un château ou d’un logis.
L’âme de la Vendée
À travers sa peinture, Raphaël Toussaint laisse surtout entrevoir l’âme de la Vendée. Sur chacun de ses tableaux, l’artiste dépeint des paysages de lumière – ces lumières si particulières des pays vendéens – où le lieu apparaît comme éternisé, et pour ainsi dire transfiguré, dans le pur rayonnement des grands ciels qu’affectionne le peintre.
C’est aussi l’âme des Vendéens, les valeurs et les joies simples de tout un peuple, que peint Raphaël Toussaint à travers l’évocation de l’ouvrage qui revient toujours avec le retour des saisons : les semailles, la fenaison, la moisson, les vendanges, la coupe du bois de chauffage ; mais également la fête au village, les noces vendéennes au cortège qui s’étire joyeusement, la pêche et la chasse, la baignade, le jeu de l’escarpolette, le déjeuner sur l’herbe, le retour des skippers du Vendée Globe.
Que serait la peinture de Raphaël Toussaint sans la Vendée ? Mais que serait aussi la Vendée sans le pinceau de cet artiste si ancré dans son terroir et dont l’œuvre agit à la manière d’un révélateur ? « C’est dans le cœur des hommes que s’achèvent les paysages. » Ces mots de l’écrivain Jean Yole trouvent le plus merveilleux écho dans l’œuvre de Raphaël Toussaint qui peint aussi avec toute la sensibilité de son cœur. Aussi ses paysages vendéens sont-ils si familiers à leurs habitants et parlent-ils si intimement à leur propre cœur.
La Vendée, elle-aussi, est restée fidèle à Raphaël Toussaint. À l’occasion de ses soixante-trois ans de peinture, le Conseil départemental lui consacre une exposition au titre suggestif : « Raphaël Toussaint. Regards sur la Vendée ». L’événement se tient au Logis de la Chabotterie, à Montréverd, jusqu’au 15 novembre 2026.
Cette nouvelle exposition, après celles tenues en 1994 et 2015 pour les 30 et 50 ans de carrière de Raphaël Toussaint, porte un regard rétrospectif sur l’ensemble de son œuvre. Elle associe aussi à l’artiste son mentor, le peintre et galeriste lyonnais René Robin (1897-1986). Pour la première fois, leurs œuvres sont réunies dans un regard croisé qui révèle leur approche partagée du paysage où chacun, peignant toutefois à sa manière, privilégie les mêmes éléments, le ciel notamment dont les métamorphoses sous les effets de la lumière constituent une des caractéristiques essentielles de la composition de leurs tableaux.
René Robin
Six décennies après ses débuts en peinture, Raphaël Toussaint rend à René Robin, qui entre–temps était devenu son beau-père, le plus bel hommage :
« Ensemble, nous parcourions cette campagne vendéenne, qu’à vos côtés j’ai découverte et appris à aimer. Au cours de ces promenades à la recherche d’un “beau sujet à travailler”, j’ai su déceler chez vous tout l’amour que vous portiez à cette passion qui vous habitait : la découverte, le contact avec la nature dans la joie de la peindre. La pluie, la neige ou la glace, le froid ou le soleil ardent, rien ne vous faisait reculer. Là où vous aviez décidé de vous arrêter, on déposait matériel et chevalet pour plusieurs heures de travail.
Vous étiez un peintre comme sans doute il n’y en a plus guère aujourd’hui et je vous admirais. Dans mes pensées, vous êtes toujours présent. Comment pourrait-il en être autrement ? » (1)
Le dialogue depuis ne s’est jamais interrompu, même après la mort de René Robin. C’est lui le vieil homme de noir et de rouge vêtu que Raphaël Toussaint représente sur presque chacun de ses tableaux, jusque sur ses paysages du Maroc.
Quarante-et-un tableaux et pastels de Raphaël Toussaint, ainsi que quelques objets personnels de l’artiste, sont réunis au Logis de la Chabotterie, sans compter la quinzaine d’œuvres de René Robin. Issues de son atelier ou de collections privées, la plupart de ces pièces n’ont jamais été présentées au public. Cette sélection d’œuvres permet de suivre le cheminement de l’artiste, d’en éclairer l’évolution stylistique.
L’exposition propose un parcours chronologique qui vient séquencer en trois étapes l’œuvre de Raphaël Toussaint. Les années 1937-1972 voient la naissance de Jacques de la Croix, sa carrière interrompue de chanteur lyrique, ses premières œuvres peintes, dont l’expression dite naïve appartient plus justement à ce que les historiens de l’art qualifient de « Réalité poétique », et l’adoption du pseudonyme de Raphël Toussaint.
Les années 1973-1990 sont celles du rayonnement international du peintre vendéen dont les tableaux sont exposés et vendus aux États-Unis, au Japon et en Allemagne. Le style du peintre s’affirme et s’identifie au premier coup d’œil à travers ce qui désormais le place à part.
Enfin, les années 1991-2026 conduisent l’artiste vers de nouveaux horizons. Sa peinture gagne encore en complexité et en profondeur. À partir de 2011, des tableaux aux sujets religieux dévoilent la place essentielle de la foi dans l’œuvre de Raphaël Toussaint. En 2016, il découvre le Maroc où sa fille Virginie le conduit. L’artiste est fasciné par ces nouveaux paysages qui deviennent le sujet principal de son inspiration. Depuis 2023, il se consacre exclusivement au pastel.
Un naïf ?
Henri Griffon, qui depuis la première heure scrute l’œuvre de Raphaël Toussaint avec un œil d’ami, résume ainsi le parcours du peintre : « Raphaël n’est ni un imitateur ni un suiveur. Il est Toussaint. […] Mais est-il encore naïf ? Au sens strict de la définition, il ne l’est plus depuis la fin des années 1970, même s’il est le représentant le plus important du courant post-naïf. Qu’importent au fond les classifications, l’œuvre de Toussaint est empreinte d’une émouvante et réconfortante sérénité, le sceau des grands maîtres seuls capables d’affronter le temps. » (2)
Le Logis de la Chabotterie ne pouvait pas mieux convenir pour servir d’écrin à l’exposition. Ce lieu emblématique dans le bois duquel fut arrêté, le 23 mars 1796, le général Charette, le « Roi de la Vendée », Raphaël Toussaint le découvrit au début des années 1960, en compagnie de René Robin. Plus tard, il sera l’un des sites auxquels il consacrera le plus de tableaux. L’harmonie entre l’architecture du logis, la composition paysagère et la nature qui l’environne l’ont séduit d’emblée.
Le dialogue in situ entre les œuvres du peintre et le lieu qui les a inspirées parle de lui-même. Le visiteur perçoit toute la communion d’âme que l’artiste, par son regard contemplatif, entretient avec le paysage dont il révèle la dimension cachée. Raphaël Toussaint est bien l’un des grands imagiers des pays vendéens.
Catalogue de l’exposition : Raphaël Toussaint. Regards sur la Vendée, Madrid et Paris, Éditions El Viso, 2026, 96 p., 22 €.
Le Passage du Gois, la marée d’équinoxe et la pêche aux coquillages
Huile sur bois, 2023, collection particulière
Patrick Durandet – Département de la Vendée / Adagp, Paris, 2026
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