La miséricorde, cet autre nom de Dieu

Publié le 01 Fév 2016
La miséricorde, cet autre nom de Dieu L'Homme Nouveau

De tous les livres du Pape François, Le nom de Dieu est Miséricorde (1) nous semble être le meilleur parce qu’il touche l’âme du pécheur. On le sait, le Saint-Père est ignatien, ce qui signifie qu’il a longtemps pratiqué et prêché les fameux exercices spirituels du fondateur des jésuites. D’ailleurs, au lendemain de son élection en 2013, le cardinal Barbarin avait opportunément édité en langue française un livre intitulé Amour, Service & Humilité, compilant les interventions du cardinal Bergoglio au cours d’une retraite de saint Ignace donnée aux évêques espagnols en 2006 (2).

À la suite de saint Ignace

À cet égard, dans la préface du livre, le primat des Gaules établissait une convergence entre saint Ignace et le cardinal argentin devenu pape : « Quand saint Ignace engage le retraitant à méditer sur les péchés et leurs terribles dégâts dans nos vies, il prend soin de ne laisser avancer celui qui prie qu’en compagnie de la miséricorde. Sinon, le chemin serait trop douloureux. (…) La seule façon de sortir de ses péchés, c’est d’accepter de les voir et d’avoir le courage de les confesser, pour en être délivré. Et pour parvenir à les voir, il est nécessaire de se laisser envahir par la miséricorde. »

Le Pape François reprend et développe ce message dans un ensemble d’entretiens avec le vaticaniste italien Andrea Tornielli. Ce dernier connaissait le cardinal Bergoglio de longue date. La biographie qu’il lui a consacrée avait été assez décevante mais l’on doit reconnaître qu’ici, l’exercice est ­réussi. C’est même la première fois qu’un pape répond aux questions d’un journaliste sur un thème relevant exclusivement de la vie spirituelle. Le Pape s’est attaché à rendre un discours clair et pédagogique destiné à toutes les âmes en quête. Nulle formule choc dans ce livre, mais l’expérience d’un pasteur d’âmes donnant aussi toute sa force au rôle du prêtre dans le sacrement de pénitence.

Fruit de la charité

Dans le Catéchisme de l’Église catholique, la miséricorde est avec la joie et la paix un fruit de la vertu théologale de charité. Le Pape la définit comme « l’attitude divine qui consiste à ouvrir les bras, c’est Dieu qui se donne et qui accueille, qui se penche pour pardonner. Il n’est pas venu pour ceux qui sont en bonne santé, qui n’ont pas besoin d’un médecin, mais pour les malades. » Depuis son élection, le Saint-Père a régulièrement comparé l’Église à un hôpital de campagne. Mais comme l’a dit très justement le cardinal polonais Stanis?aw Ry?ko en plein Synode sur la famille en octobre 2015, la vraie question reste de savoir qui souhaite se rendre à l’hôpital…

Or, juste après la définition de la miséricorde, le Pape François évoque la honte du péché à partir d’un texte du livre d’Ézé­chiel (chap. XVI). Il ­existe donc un exercice intérieur préalable : « si l’on ne se reconnaît pas pécheur, cela veut dire qu’on ne veut pas la recevoir ».

La sincérité du pécheur

Peu avant, à la question : « Quel conseil donneriez-vous à un pénitent pour une bonne confession ? », le Pape François répond qu’il est nécessaire de « penser à l’authenticité de sa vie devant Dieu, à ce qu’il ressent, à ce qu’il pense. Qu’il sache se considérer lui-même, et considérer son péché, avec sincérité. Et qu’il se sente pécheur, qu’il se laisse surprendre, étonner par Dieu. »

Cette « surprise de Dieu » est sûrement le plus beau don du texte pontifical. Or, rappelle-t-il, les prêtres agissent in persona Christi : « Se confesser devant un prêtre est une façon de remettre ma vie entre les mains d’un autre, qui, à cet instant, agit au nom et pour le compte de Jésus. (…) Il y a une objectivité dans ce geste, dans le fait que je m’agenouille devant le prêtre qui, à ce moment-là, est l’intermédiaire de la grâce qui m’atteint et me guérit. » Dans ce qu’il appelle l’humanité blessée, la miséricorde de Dieu est donc plus que nécessaire. Et celle-ci n’existe pas sans la doctrine : c’est ce qu’il appelle la « miséricorde vraie ». Une affirmation qui, à maints égards, met fin à bien des ambiguïtés.

1. Pape François, Le nom de Dieu est Miséricorde, Robert Laffont/Presses de la Renaissance, 176 p., 15 €.
2. Éd. Magnificat, 144 p., 14,50 €.

Ce contenu pourrait vous intéresser

Eglise

Le diocèse de Bayonne sous surveillance

Le 27 mai dernier, monseigneur Marc Aillet, évêque du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, annonçait dans un communiqué officiel une nouvelle « visite fraternelle » de Mgr Antoine Hérouard, archevêque de Dijon, pour rencontrer l’évêque mais aussi ses collaborateurs clercs et laïcs ainsi que ceux qui exercent des responsabilités diocésaines. Lorsque le Vatican reçoit un certain nombre de plaintes, il peut en effet demander une visite « extraordinaire », « fraternelle » ou bien « apostolique » dans un diocèse. 

+

bayonne
EgliseMagistère

Credo : Un antidote à la confusion doctrinale

Initiatives chrétiennes | Lors d’un récent séjour en France, Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, est venu présenter l’édition français de son dernier livre, Credo. Compendium de la Foi catholique [1]. Lors de son passage dans les locaux de L’Homme Nouveau, il a expliqué les raisons cruciales de cette publication.

+

credo
EglisePatrimoine

Saint-Saturnin de Merville, une restauration exemplaire

Initiatives chrétiennes | C'est grâce à une association dynamique qu'une église de la région de Toulouse est en train d'achever sa remise en état, avec la restauration d'une grande peinture. Un modèle à suivre, avec des fonds provenant des adhérents mais aussi de généreux dona-teurs, une vraie vie paroissiale, un patrimoine mis en valeur, une communication efficace et des acteurs locaux dévoués. Entretien avec Laurent Toffanello, trésorier-adjoint de l’association « les Amis de Saint-Saturnin » et responsable du suivi de la restauration.

+

saint-saturnin
EgliseLiturgie

Le Grand Sacre d’Angers fête les 10 ans de son renouveau !

Avec une tradition remontant à près de huit siècles, le Grand Sacre rassemblait chaque année des dizaines de milliers de croyants. Des fidèles, des clercs et des personnalités politiques défilaient en procession dans les rues d'Angers pour vénérer le Très Saint Sacrement. Cette ancienne tradition avait été abandonnée après le concile Vatican II, mais en 2013, la Fraternité Saint Pie X l'a relancée.

+

adoration saint sacrement mission grand sacre
EgliseLiturgie

Le temps du Sacré Cœur

L'esprit de la liturgie | Dévotion ancienne, célébrée par saint Jean Eudes, confirmée par les apparitions de sainte Marguerite-Marie, développée et soutenue par les papes, le culte du Sacré Cœur fut finalement officialisé par une fête, célébrée après la fin du Temps pascal.

+

sacré cœur