Pendant son octave, la fête de l’Assomption, « Pâques de l’été », permet, outre d’agréables retrouvailles familiales et un rappel opportun des privilèges de notre Mère du Ciel, une meilleure compréhension de ce qu’est un dogme de Foi.
Fin des vacances pour les uns, cousinade pour les autres, « pont » tant attendu par les malchanceux stagiaires ou intérimaires, annonce d’une rentrée prochaine pour tous les élèves, la date du 15 août ne laisse à peu près personne indifférent.
Fête mariale par excellence, son importance religieuse tend toutefois à être masquée par toutes ses implications matérielles et psychologiques.
Longtemps fête nationale, position renforcée par Napoléon lui-même dont c’était l’anniversaire, son chômage la rend encore aujourd’hui, très populaire.
Cependant, sa signification étant de plus en plus occultée, il convient de rappeler l’objet de cette solennité ainsi que la pertinence du maintient de la Foi par les définitions dogmatiques.
Munificentissimus Deus
Le Vénérable Pape Pie XII, de pieuse mémoire, proclamait le 1e novembre 1950, le dogme de l’Assomption au Ciel de la Bienheureuse Vierge Marie par la constitution apostolique Munificentissimus Deus, des premiers mots du texte.
Il commence par rappeler le contexte du développement croissant de la piété mariale depuis le XIXe siècle et notamment la définition de l’Immaculée Conception. Ce grand mouvement se clôturera par le congrès marial de 1954 et la proclamation de la royauté de Marie par la lettre encyclique Ad Caeli Reginam.
Il s’agissait donc avant toutes choses, d’un élan commun du peuple fidèle et de ses pasteurs légitimes. La coïncidence de ce regain de ferveur catholique, de l’expansion des missions d’évangélisation et du développement de la piété mariale n’est certainement pas fortuite.
Le Saint Père rappelait d’abord les nombreux privilèges dont jouit la Vierge Marie en raison de sa maternité divine. L’immaculée Conception tout d’abord qui l’a préservée de l’esclavage de Satan et de la marque du péché originel. Pour cette raison, elle n’est pas soumise comme nous à « la loi de la corruption du tombeau » et n’eût pas non plus à « attendre jusqu’à la fin du monde la rédemption de son corps. »
La Foi des fidèles réclamait cette proclamation poursuit-il, les théologiens produisaient de nombreuses et sérieuses études sur le sujet, les évêques et même les grands de ce monde en sollicitaient instamment la définition. Le Pape, tout en demandant le secours particulier de l’Esprit Saint en cette « chose particulièrement grave et importante [jugeât] opportun de demander directement et officiellement à tous les vénérables Frères dans l’épiscopat de bien vouloir exprimer ouvertement leur sentiment à ce sujet. »
Il énumère alors tous les éléments permettant de conclure que cette vérité a toujours fait partie du dépôt révélé : piété populaire immémoriale, mystères du chapelet, composition d’offices liturgiques et de messes en son honneur dès les temps antiques, unanimité des Pères de l’Eglise et des Docteurs au long des siècles, approbations successives dans les Eglises particulières puis extension à l’Eglise universelle de la solennisation de cette fête, établissement d’une vigile jeûnée.
Et le Pontife Romain de conclure : « C’est pourquoi, après avoir adressé à Dieu d’incessantes et suppliantes prières, et invoqué les lumières de l’Esprit de vérité, […] par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. »
Qu’est-ce qu’un dogme de la Foi Catholique ?
De ce bref exposé historique ressortent les traits constitutifs d’un dogme. Petite précision sémantique : on n’invente pas un dogme, on le définit. Ce n’est pas une nouveauté, c’est la définition précise et théologique de ce qui appartenait déjà au dépôt de la Foi et était déjà crû par les fidèles.
Le premier travail de l’érudit en cette matière consiste en ce qu’on appelle la théologie positive, c’est-à-dire la recherche de tous les éléments sur le sujet : citations de la Sainte Ecriture, enseignements du Magistère, textes liturgiques, réflexions théologiques de Pères ou des Docteurs, dévotions populaire et piété immémoriale…
Le but de ces recherches approfondies n’est pas l’invention d’une vérité nouvelle, en accord plus ou moins harmonieux avec les données de base. Il s’agit au contraire d’éclaircir, d’expliciter un article déjà contenu dans le dépôt de la Foi.
Concrètement, les fidèles chrétiens ont toujours cru dans leur quasi-unanimité que la Saint Vierge Marie est montée au ciel avec son corps et son âme, mais cela n’avait pas encore été exprimé en termes précis, expression entraînant une obligation d’assentiment de l’intelligence et de la volonté. Le catholique de bonne foi ne trouve donc rien d’inconvenant ni de réellement novateur lors de la proclamation d’un dogme qui n’a de nouveau que la date récente à laquelle une définition obligatoire lui a été donnée.
On est donc bien loin du dogmatisme dont les ennemis de l’Eglise l’accusent si facilement. Au contraire, il s’agit d’un intense travail de théologie, de prière, de discernement, de consultation aussi. La définition d’un dogme n’est en aucun cas le résultat d’une décision arbitraire et unilatérale du Pontife Romain, bien qu’il dispose seul de l’infaillibilité en matière de Foi et de mœurs. Elle résulte tout autant d’une recherche constante de la vérité que d’une judicieuse et saine orientation pastorale.
Au cœur d’un monde qui était déjà en voie de déchristianisation, la proclamation par Pie XII de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie peut apparaître comme un dernier jalon. Cependant, l’affirmation claire, et précise de la Foi liée à la dévotion mariale ne serait-elles pas plutôt une indication pour l’avenir ?
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