Le 15 août est déclarée par l’Eglise comme la fête de l’Assomption. Durant des siècles, cette fête se base sur la tradition patristique et non sur une reconnaissance dogmatique par l’Eglise. Le peintre italien Titien réalise en 1516 pour un couvent franciscain de Venise un retable sur l’Assomption de la Vierge.
En 1518, le retable de l’Assomption de la Vierge est installé dans l’église des Frari à Venise, au-dessus de l’autel. Le peintre, Titien, choisit de traiter le sujet de façon nouvelle. Contrairement aux représentations précédentes, l’œuvre éclate de couleurs.
Le tableau est divisé en trois parties avec au centre la Sainte Vierge montant vers les cieux, en haut une représentation de Dieu le Père et en bas les Apôtres assistant, étonnés, à l’assomption de Marie.
Le peintre rappelle les liens entre le Ciel et la terre. L’union entre les deux espaces se fait par l’apôtre en rouge et l’ange écrasé par le poids des nuages. L’artiste s’est inspiré de la Dispute du Saint Sacrement peint par Raphaël. La sainte Vierge est habillée de rouge (couleur de la Passion et de la divinité) et de bleu (représentant sa condition humaine). Les zones d’ombre et de lumière sur son visage rappellent qu’elle ne quitte réellement le monde terrestre qu’une fois arrivée au Ciel. Placée au centre du tableau, Marie est le lien parfait entre Dieu et les hommes.
Les apôtres ne se distinguent pas vraiment mêlés par des jeux d’ombre et de lumière. Selon John Steer, ce n’est qu’avec concentration que nous parvenons à saisir les personnages individuellement. Certains visages des apôtres sont volontairement non-identifiables. Une volonté potentielle de l’artiste de représenter l’humanité tout entière.
Le prieur du couvent franciscain des Frari a commandé en 1516 ce retable pour le maître-autel de l’église de Venise. Les Frari avaient une grande dévotion pour la sainte Vierge notamment l’Assomption et l’Immaculée Conception. A cette époque cependant, la fête de l’Assomption n’avait pas encore été érigé en dogme par l’Eglise. Le choix du thème, propre à la spiritualité franciscaine, ainsi que le traitement du sujet par l’artiste font du tableau une révolution dans le domaine artistique vénitien.
Le dogme de l’assomption de la Vierge
Avant d’être un dogme, l’Assomption reposait sur la tradition patristique. Cette fête repose sur une tradition culturelle importante. Au Ve siècle, elle est introduite par l’évêque Cyrille d’Alexandrie et remplace peu à peu la célébration romaine des victoires d’Auguste, les Feriae Augusti. Sous l’influence du pape Théodore, cette cérémonie arrive en Occident au VIIIe siècle.
Durant le Concile de Mayence en 813, elle est citée sous le nom d’Assomption comme une fête d’obligation. L’aspect culturel a œuvré à la définition du dogme dans la constitution Munificentissimus Deus. Le 1er novembre 1950, le pape Pie XII déclare comme dogme que la Vierge Marie « a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste » à la fin de sa vie terrestre.
La France
Sous le règne de Louis XIII, ce dernier consacre son royaume à la Sainte Vierge en 1638. Le roi suit les conseils de la religieuse sœur Anne-Marie de Jésus crucifié. Elle dit avoir eu des révélations du Christ demandant à Louis XIII « « de mettre sa personne et ses États en la protection de la Reine du Ciel ». Ayant eu un fils, le futur Louis XIV, le roi publie l’Edit officiel qui consacre la France à la Sainte Vierge.
En mars 1922, le pape Pix XI déclare dans une lettre apostolique que « la Vierge Marie Mère de Dieu, sous le titre de son Assomption dans le ciel, a été régulièrement choisie comme principale patronne de toute la France auprès de Dieu, avec tous les privilèges et les honneurs que comportent ce noble titre et cette dignité ». Le 15 août revêt une importance capitale en France, jusqu’à en devenir la fête nationale, aujourd’hui oubliée.