Kulturkampf 2/3 : Le dynamisme de l’Église catholique allemande au temps du Kulturkampf

Publié le 08 Mar 2023
catholique

Entre le congrès de Vienne de 1815 et la proclamation de l’empire des Hohenzollern en 1871, une réaction eut lieu chez les catholiques allemands, en proie à l’hostilité des protestants et des instances dirigeantes. Un renouveau de l’identité, des symboles et de la foi qui se traduisit politiquement par la création du Deutsche Zentrumspartei en 1870.  

Le renouveau historiographique récent a permis de donner un intérêt majeur à l’histoire religieuse allemande. L’Église catholique était auparavant essentiellement étudiée sous un angle institutionnel, ainsi que dans ses rapports avec le pouvoir politique. L’étude plus ou moins objective – selon les écoles – du fait religieux n’a fait qu’un retour très récent au sein des universités d’outre-Rhin (1), dans des domaines aussi variés que l’histoire sociale, l’histoire culturelle ou encore l’histoire des mentalités. Certains auteurs ont pointé du doigt la notion de « confessionnalisation », c’est-à-dire d’un « processus de distinction ou de différenciation confessionnelle entre catholiques et protestants en marche dans le Saint Empire depuis le XVIe siècle, qui s’est traduit dans le domaine religieux, mais aussi dans tous les aspects de la vie sociale et culturelle » (2). Ainsi, le Kulturkampf représente, pour Olaf Blaschke, une « deuxième période confessionnelle » (3) pour l’Allemagne, au cours de laquelle le catholicisme joua un rôle considérable.

À la recherche d’une identité catholique allemande

Par-delà le conflit qui opposa Rome et la hiérarchie catholique allemande au chancelier Bismarck, la période du Kulturkampf fut l’occasion d’une réaffirmation de l’identité catholique. La disparition du Saint Empire, en 1806, avait bouleversé la structure géopolitique de l’Allemagne et le vieux schéma imposé par la paix d’Augsbourg en 1555 – « tel prince, telle religion » – n’avait plus vraiment raison d’être. L’expansion prussienne, qui s’imposa définitivement en 1871 avec la proclamation de l’Empire allemand en faveur des Hohenzollern, favorisa la consolidation du milieu protestant et la diffusion d’une vigoureuse propagande anticatholique. Fortement imprégné des principes de Luther, Bismarck souhaitait fait de l’Église catholique « une Église nationale, complètement dépendante de l’État, comme l’Église protestante » (4). Les vieilles idées fébroniennes (5), désireuses de limiter l’influence et l’implication du Saint-Siège dans les affaires religieuses allemandes, dominaient dans le camp protestant et libéral. En dépit de ces bouleversements politiques et idéologiques, le catholicisme s’imposa comme « un symbole d’identité collective » (6) parmi ses fidèles. Dès le lendemain du congrès de Vienne (1815), les tensions apparurent entre les États protestants et les populations catholiques qui en dépendaient. Le conflit entre les…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Armand Dumesniel

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéHistoire

La violence, moyen politique ?

L’Essentiel de Joël Hautebert | Le décès du jeune Quentin, le 14 février dernier, a rappelé que la violence peut se développer dans la sphère politique. La Jeune Garde, héritière des mouvements révolutionnaires marxistes-léninistes, prône les mêmes méthodes d'action, s'appuyant sur la force physique. Pour certains, les coups sont le seul moyen d'avoir le sentiment d'agir de manière visible.

+

jeune garde violence politique
Société

Villages Saint-Joseph : accueillir pour redonner confiance

Initiatives chrétiennes | Nés de l'initiative d'un couple, les Villages Saint-Joseph accueillent depuis 1998 des personnes malmenées par la vie, afin de leur offrir une vie de famille et l'opportunité de se reconstruire grâce à une vie structurée autour du travail et de la spiritualité. Des lieux essentiels dans une société qui abîme les personnes et contribue à la destruction les liens sociaux et familiaux. Entretien avec Franck et Carline Saint-Jalmes, responsables de la maison Laudato Si.

+

villages saint-joseph laudato si maison
Société

Islam-République, le problème de la praxis

Après une brillante carrière de conseil et de cadre dirigeant, Jean-François Chemain est devenu volontairement enseignant d’Histoire en banlieue pour y transmettre l’amour de la France. Auteurs de nombreux ouvrages, notamment sur l’Islam en France, il analyse le sens de la parution du livre Musulmans en Occident, publié par la Grande Mosquée de Paris.

+

islam démocratie musulmans
SociétéPhilosophie

La guerre des sexes : un sophisme moderne

C’est logique ! de François-Marie Portes | Dans leur lutte contre ce qu'elles appellent l'inégalité, les féministes, qui ont manifesté le 8 mars pour la Journée des droits des femmes, rabaissent la relation hommes-femmes en l'identifiant nécessairement à une domination. Un slogan réducteur et un raisonnement sous-jacent faussement logique qui enveniment les relations entre les sexes.

+

sophisme femme sexe féminisme