Le Magnificat purifie l’air ambiant.

Publié le 31 Oct 2019
Le Magnificat purifie l’air ambiant. L'Homme Nouveau

La logorrhée nous assaille de tous côtés, les médias, surtout les nouveaux, sont victimes d’une inflation de l’information désordonnée, contraire à la morale du journalisme à laquelle L’Homme Nouveau est si attaché. Cette inflation du verbe, de la parole-pour-ne-rien-dire, engendre confusion et panique. Pire, elle nous menace dans notre jardin intérieur ; l’honnête homme de notre temps, ou du moins celui qui pense de bonne foi œuvrer pour l’être, parle avec passion sous le coup de la dernière émotion dont le fondement est invérifiable.

Saint-Exupéry, dans le monde dur de l’immédiat après-guerre, souhaitait « faire pleuvoir sur lui quelque chose qui ressemble à un chant grégorien » (lettre, 30 juillet 1944). Il voyait juste. La louange divine remet de l’ordre sur la terre. Nous la croyons disparue peu à peu sous l’avalanche de l’incrédulité, mais nous ne savons pas assez que Notre Dame continue sans cesse son Magnificat, qui verse une ondée bienfaisante bien cachée dans les âmes humbles. 

L’Évangile nous apprend quand le Magnificat apparut sur les lèvres de Marie. Visitant Élisabeth sa cousine, elle comprit que son secret avait été éventé auprès d’elle, de par le Saint-Esprit. Aussitôt, elle put alors vider le trop plein de son âme en chantant extérieurement le cantique qui l’habitait depuis la visite de l’ange et l’Incarnation du Verbe à laquelle elle avait acquiescé. À dire vrai, cette louange est tout à la fois d’elle et de Celui qu’elle porte en elle et qui le chante avec elle. 

L’art sacré a été fasciné par le Magnificat, la musique s’en est emparé, la peinture également. À Florence, on admire un tableau de Botticelli : la Vierge écrit le Magnificat, un ange lui sert de pupitre pour en recevoir les lettres en beau gothique. Mais Jésus, à côté, semble arrêter sa main comme s’il voulait prendre la plume lui-même et y ajouter sa propre louange à l’égard de sa Mère, car elle est la Magnificence de Dieu, Magnificientia Dei, comme disait un auteur du XIIIe siècle (Richard de Saint Laurent, + 1250). 

Le cantique ponctue depuis toujours dans l’Église sa louange du soir, répandant la joie chrétienne sur chacun des siècles passés. Il a la même mission conquérante sur notre monde dès que, au-delà des progrès clinquants et angoissants à la fois, sa stérilité mystique est reconnue et offerte humblement. L’effusion de la joie mariale, qui a laissé de larges traces dans le passé, est prête à se répandre sous nos yeux.

Abraham tressaillit de joie quand il vit intérieurement la venue de Jésus, le Messie attendu. L’Évangile nous apprend cela, qui intrigua tellement les Juifs de l’époque (Jean 8, 56). Ce tressaillement passe surtout dans l’âme de Marie et la pousse à louer notre Sauveur révélé magnifiquement dans l’opus dei, cette grande Œuvre de l’Incarnation qui sauve l’humanité. Saint Paul VI, dans un beau texte sur le culte marial, l’évoque avec force en s’appuyant sur saint Irénée qui, en son IIe siècle, fait le rapprochement avec le tressaillement d’Abraham : « À la Visitation, Notre Dame ouvre son cœur en rendant grâce à Dieu, en exprimant son humilité, sa foi, son espérance : tel est le Magnificat (cf. Luc 1, 46-55), la prière par excellence de Marie, le chant des temps messianiques dans lequel convergent l’allégresse de l’ancien et celle du nouvel Israël. En effet – comme semble le suggérer saint Irénée – dans le cantique de Marie passa le tressaillement de joie d’Abraham qui pressentait le Messie et retentit, dans une anticipation prophétique, la voix de l’Église (…) De fait, le cantique de la Vierge, en s’élargissant, est devenu la prière de toute l’Église dans tous les temps » (Marialis cultus, 1974, n° 18).

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseMagistère

Les conciles (4/4) | Lorsque l’Église enseigne : le magistère conciliaire

DOSSIER « Les conciles, des jalons pour comprendre l’histoire de l’Église » | Tout au long de son histoire, l’Église a enseigné avec autorité par le biais des conciles œcuméniques. Ceux-ci définissent la doctrine, organisent la vie ecclésiale et orientent la mission pastorale. Leur rôle reste central pour comprendre la structure du magistère et les enjeux de son exercice aujourd’hui.

+

concile nicée
À la uneÉgliseMagistère

Les conciles (3/4) | Les grandes assemblées de l’Église au service de la vérité

DOSSIER « Les conciles, des jalons pour comprendre l’histoire de l’Église » | À travers les siècles, l’Église s’est réunie pour proclamer solennellement les vérités révélées, condamner les hérésies et préserver l’unité du dépôt de la foi. Ces assemblées œcuméniques ont guidé le peuple chrétien dans les tempêtes de l’histoire. Elles manifestent la fidélité de l’Épouse du Christ à sa mission doctrinale, malgré les tensions et les défis de chaque époque.

+

2560px Council of Constantinople 381 stavropoleos church concile
ÉgliseChrétiens dans le monde

Léon XIV : rester fidèles à la vérité dans la charité malgré la persécution

Commentaire du Pape | Lors de la récitation de l’angélus du 17 août dernier, le Pape a prononcé des paroles très fortes, parce que très évangéliques. Partant des lectures dominicales concernant les exigences imposées par la suite du Christ signe de contradiction narrées au chapitre 12e de saint Luc et la vie apostolique selon le message de charité de Jésus, au chapitre 4e des Actes, le Pape parle du problème crucial de la persécution qui se retrouve à travers toutes les générations des deux millénaires du christianisme.

+

pape Léon XIV jubilé politique unité
À la uneÉgliseChrétiens dans le monde

« Œuvre d’Orient » : soutenir les chrétiens sur leur terre

Initiatives chrétiennes | À la tête de l’« Œuvre d’Orient » à partir de septembre, Mgr de Woillemont cumulera aussi la charge de vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux en France. Une double mission au service des communautés chrétiennes, de Beyrouth à Marseille. Entretien avec Mgr Hugues de Woillemont, Directeur général de l’« Œuvre d’Orient ».

+

œuvre d’orient chrétien