> Carte blanche à Marie Piloquet
Huit siècles après la mort de saint François d’Assise, l’Ensemble Éphata célèbre à sa façon son transitus (passage à la vie éternelle) et sa fête liturgique du 4 octobre. Il a imaginé une série de concerts itinérants qui le mènera de la France à l’Italie jusqu’à l’été 2027 : le « Chemin d’Assise ». À la fois terrestre et spirituel, ce parcours reprendra Le Fou d’Assise, l’exceptionnelle cantastoria imaginée par le jeune chef Rogatien Despaigne pour rendre hommage au Poverello, une création originale pour solistes, chœur et orchestre qui a réuni plus de 3 500 spectateurs lors de ses cinq représentations en mars 2026. À l’origine, c’est un simple groupe d’étudiants, jeunes chanteurs bénévoles passionnés. Et dans leur volonté de partager leurs émerveillements studieux, en nourrissant les autres, leur histoire a grandi. Mais à quel prix ? Le Beau n’advient pas seul. Il lui faut, pour le faire éclore, une tension certaine, le choix de la persévérance, le goût de l’ascèse. Le chemin n’est pas lisse et la pente a un sens. Un chantre de liturgie byzantine me confiait que cet art multi-séculaire devait s’apprendre sur cinq années et que, les deux premières étant les plus difficiles, plus de 85 % des volontaires abandonnaient… Les jeunes sont de moins en moins intéressés et de moins en moins présents. L’attirance ne suffit pas. Mais il y a un côté aristocratique à l’effort, il est par là, déjà, hautement soupçonnable. On quitte le tout festif, le tout cuit, le tout mou. On parle de travail, de discipline, de générosité. On n’est pas dans la génération automatique de contenus, façon IA, dans la musique d’ambiance à consommer… S’il y a parfois, ça et là, du génie, ce n’est jamais sans la sueur de son front et la courbure de sa volonté car le réel est toujours à vaincre. Là est le chemin du Beau – et il est indispensable car, à l’écouter, il peut mener au Vrai. Seulement, l’air du temps est là. Selon une étude du ministère de la Culture de 2023, la pratique de la musique ou du chant en amateur a baissé de moitié pour les 15 ans et plus entre 1988 et 2018. Quant à l’écoute, elle subit aussi une érosion : selon d’autres chiffres du ministère publiés en 2020, 2 % de la génération née entre 1995 et 2004 ont assisté à…








