L’Église a-t-elle besoin des églises ?

Publié le 21 Juin 2023
eglise

Parfois scandaleusement ignorées, les prescriptions de l’Église concernant le lieu de célébration de la liturgie remontent pourtant aux premiers siècles et sont régulièrement rappelées au travers de l’histoire. Quelle importance revêt le bâtiment-église et pourquoi ? Réponse à certains abus récents avec un spécialiste de l’espace sacré dans le catholicisme.   La langue française, subtile dans son usage des majuscules, établit par lui la distinction entre l’Église, assemblée des chrétiens, et l’église-bâtiment où se réunissent les communautés chrétiennes pour les célébrations. Hors la distinction de la majuscule initiale, cette assimilation de termes entre le bâtiment-église et l’assemblée des chrétiens, à laquelle seule s’applique l’étymologie grecque du mot, peut paraître à première vue comme chosification d’une réalité spirituelle, dont la rectification pourrait justifier des célébrations dans les maisons particulières ou d’autres lieux considérés comme profanes. Pourtant, l’Église a besoin des églises. L’assimilation que suppose, d’une certaine façon, la reprise de l’étymologie de l’assemblée chrétienne pour le bâtiment n’est tout d’abord ni fortuite ni récente. Elle remonte aux premiers siècles du christianisme, avant l’édit de tolérance de Constantin, en 313, et tout ce que l’on a pu lui associer ensuite de « constantinisme ». L’appellation des bâtiments liturgiques sous leur nom classique d’ecclesia (repris du grec en latin) apparaît, en effet, explicitement dans l’édit de persécution de Dioclétien en 303 pour ordonner leur destruction, attestant la notabilité du terme à cette époque (1). La désignation des églises par leur nom traditionnel est constante depuis dans le christianisme. La rupture réformée du XVIe siècle, notamment par le refus calviniste de l’utiliser, au profit du mot temple, n’en paraît que plus marquante, même si elle n’est pas totale (2). Au-delà de son nom, la réalité du bâtiment-église et son importance pour les chrétiens des premiers siècles sont attestées tant par les textes que par les vestiges archéologiques qui ont pu être étudiés. Pour les textes, on peut mentionner les Constitutions apostoliques, compilation sans doute faite à Antioche vers 380 (3), qui affirment comme un fait établi la nécessité normative d’un bâtiment spécifique pour la célébration, l’ecclesia, à l’exclusion d’autres lieux, même honorables pour des chrétiens. Quant aux vestiges archéologiques, de fait surtout postérieurs aux grandes persécutions, ils permettent de mettre en évidence une singularité tant par rapport aux maisons particulières qu’aux édifices cultuels antérieurs, y compris juifs. Cette singularité a été synthétisée naguère par le père Louis Bouyer, notamment dans Architecture et liturgie (4). Tout au long…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Marc Levatois

Ce contenu pourrait vous intéresser

ChroniquesEgliseLiturgie

La Pause liturgique : Sanctus 5, Messe Magnæ Deus potentiæ (Mémoires des Saints)

Ce Sanctus du 4e mode a quelque chose de mystique et de majestueux, dans sa simplicité. Il alterne heureusement les formules neumatiques et les passages syllabiques, les progressions par degrés conjoints et les intervalles de tierce, de quarte ou même de quinte, les élans vers l’aigu et les détentes vers le grave. Ce Sanctus a la particularité de n’être représenté que par une seule source manuscrite, allemande, datée de la toute fin du XIIe siècle.

+

sanctus
A la uneEgliseLiturgie

Confirmation : La chrismation chez les Orientaux (3/3)

Dossier : « Quelle place faut-il donner à la confirmation ? » 3/3 | Le sacrement de confirmation est conféré d’une façon bien différente dans les rites orientaux où il est n’est pas séparé du baptême. La cérémonie, proche de ce qui se faisait en Occident aux premiers siècles, revêt donc une forme spécifique et est accompagnée de prières faisant abondamment référence au baptême du Christ.

+

chrismation confirmation
A la uneEgliseMagistère

Valeur et âge de la confirmation, des pratiques à mettre en question (1/3)

Dossier « Quelle place faut-il donner à la confirmation ? » 1/3 | Auteur de "La Confirmation à sa juste place" (Artège), l’abbé François Dedieu estime qu’il est nécessaire de revenir à la pratique ancienne de conférer ce sacrement avant la première communion. Il détaille ici les raisons et les objectifs de cette pratique, déjà mise en œuvre dans sa paroisse. Entretien avec l’abbé François Dedieu, curé de la paroisse Saint-Urbain-Sainte-Marie (La Garenne-Colombes). 

+

La confirmation à sa juste place