> DOSSIER « Franc-maçonnerie et politique »
Dans une longue déclaration, les évêques des Philippines font une nouvelle « clarification » doctrinale sur la franc-maçonnerie et rappellent les sanctions canoniques qui frappent les francs-maçons.
La franc-maçonnerie est puissante et influente aux Philippines. Elle compte plus de 16 000 membres répartis en 278 loges. Les travaux récents de l’historien Álvaro Jimena ont montré comment la franc-maçonnerie eut un rôle très important dans la « révolution philippine » qui mit fin à la colonisation espagnole en 1898, puis comment, sous la colonisation américaine qui suivit et qui dura jusqu’en 1946, les francs-maçons philippins furent très actifs dans la vie politique et dans l’administration. Selon la formule d’Álvaro Jimena, durant cette période, il y eut un double mouvement de « philippinisation de l’administration coloniale et d’américanisation de la franc-maçonnerie ». Aujourd’hui, les francs-maçons, malgré leur effectif réduit, sont nombreux dans le personnel politique, dans l’administration et dans l’armée. L’épiscopat philippin « depuis 1954 et jusqu’à aujourd’hui a toujours maintenu et défendu la position officielle catholique sur le caractère inacceptable [unacceptability] de la franc-maçonnerie, en raison des graves erreurs contenues dans sa doctrine (principes philosophiques) et ses pratiques ». Ce rappel figure dans les premières lignes de la longue déclaration que la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP) a publiée le 24 mars dernier. Cette déclaration, dont le texte est publié sur le site de la CBCP, a été faite après le constat que l’enseignement de l’Église sur la franc-maçonnerie est méconnu de nombreux fidèles et de certains prêtres, et que des francs-maçons ont des responsabilités dans la vie de certaines paroisses : distribution de la communion à la messe, participation aux consultations diocésaines et nationale qui, d’avril à septembre 2022, ont préparé le Synode sur la synodalité qui se tiendra à Rome en octobre 2024.
Le canon 1374
En janvier 2003, à l’issue de son assemblée plénière tenue à Manille, la Conférence des évêques catholiques des Philippines avait déjà publié une déclaration pour rappeler les « sanctions pour les catholiques qui appartiennent à la franc-maçonnerie » : interdiction de recevoir les sacrements, d’être parrain ou témoin de mariage, d’exercer une responsabilité dans les paroisses. La déclaration de mars dernier comporte aussi une longue note sur les sanctions canoniques applicables aux francs-maçons. Déjà, en 1990, la même conférence épiscopale, répondant à certaines questions qui se posaient, avait déclaré clairement : « Tout membre d’une association maçonnique est reconnu au for externe comme ne pouvant être…







