Morale et pesanteur

Publié le 24 Sep 2013
Morale et pesanteur L'Homme Nouveau

Nous retrouvons la plume de notre collaborateur Karol Magne que nous n’avions pas lu depuis un bon moment. Derrière l’humeur, une analyse des travers de notre temps.

Il y a de ces principes inévitables qui s’imposent dans les rapports humains, qui sont comme participant de la substance même de la vie sociale et dont toute tentative pour s’y soustraire est vouée à un cinglant retour de manivelle. Comme celui qui voudrait ignorer la pesanteur, le réel aura tôt fait de se rappeler à lui. Mais depuis un certain Icare, le rêve fou de s’affranchir du réel titille certains, avec la vigueur d’un psoriasis intellectuel et qui, telle une grippe espagnole de l’âme, se répand dans les boîtes crâniennes de nos contemporains.

La morale, ce mot si vilain aux yeux du monde depuis qu’il est devenu impératif d’interdire d’interdire, selon les mots même du dodu rouquin germanisant des journées de mai 68, est devenue depuis le cauchemar récurrent de nos dirigeants. Organiser une société en refusant de donner des règles de conduite, sous le prétexte néo-rousseauiste qui prétend ressusciter le mythe du bon sauvage, mène doucement le pays vers la barbarie. Alors, puisque les braves gens et néanmoins électeurs donnent quelques signes d’impatience devant l’impéritie gouvernementale, et devant un verdict des urnes toujours incertain ( le bon peuple est d’humeur changeante ), l’on essaye d’implémenter une morale en toc, sobrement rebaptisée éthique, ce qui permet d’en faire un fourre-tout hétéroclite, et protéiforme, capable de sauver les apparences.

 ait quelque chose au-dessus de leur ego, pathologiquement obèse. Que ce qui est bien l’est en soi et non par décret, fût-il citoyen et républicain. Que ce bien ou son absence : le mal, s’impose à chacun, qu’il ait ou non la carte du parti ou le tablier en peau de morue séchée des zinzins du compas et de la truelle. Mais à voir, leur rictus, lorsque le mot morale est prononcé, l’on comprend toute l’horreur que cette réalité leur inspire. Et il n’est que de voir que pour décrire l’abomination de la désolation, ils utilisent le concept de « retour de l’ordre moral ».

En fait c’est une question de géométrie dans l’espace. La morale est une transcendance, car elle ne fait que traduire le Bien et le Mal. Elle est verticale, elle vient d’en haut et s’impose à tous, quelles que soient sa condition et son humeur. L’éthique au contraire est horizontale, comme un fleuve elle a des sinuosités, sort de son cours, monte et descend selon la saison politique et la date des élections, l’éthique est malléable à façon selon les modes et les désirs.

Le défaut de ce manque de verticalité est qu’à force de ne pas regarder plus loin ou plus haut que le bout de son nez ou de ses idées courtes, l’on finit dans le mur ou par se prendre les pieds dans le tapis. À l’exemple de notre tonitruant ministre de l’élucubration nationale, qui voudrait bien voir nos chères têtes blondes redevenir par l’enchantement d’une charte, les dociles écoliers d’antan. Clamant urbi et orbi que tout est relatif, que la vérité, contrairement à leur utopique république, n’est ni une ni indivisible, que chacun se fait sa vérité, ils essayent a contrario d’imposer à tous les mortifères âneries qui suppurent de leurs consciences racornies par deux siècles d’inhumanisme. Sous le prétexte fallacieux de faciliter les relations au sein de l’école, ils continuent de se livrer à la chasse à Dieu.

Aucun signe religieux dans les écoles au nom d’une laïcité qui ressemble de plus en plus à une dictature, mais un portrait de Che Guevara sur un blouson n’est-t-il pas aussi une atteinte à la laïcité ? Quid de ceux pour qui le football est une religion ? Va-t-on interdire aux gamins le port du t-shirt de leur club favori ? Quid de ceux pour qui tel ou tel chanteur est une idole ?, un demi-dieu ? Au nom de quoi veulent-ils imposer une règle à des bambins, alors qu’ils ont eux-mêmes détruit ce qui en faisait le fondement. Une règle, qu’on la nomme morale, éthique ou autre, que l’on plonge dans le latinisme ou dans le grec ancien, a un fondement métaphysique ou alors elle n’a aucune légitimité à s’imposer à tous. Seul ce qui est transcendant est universel.

Ils peuvent se répandre en imprécations vaudou, mépriser Dieu, l’Église et ses saints, ils peuvent appeler à la rescousse le gotha du top 40, Hollywood et tous les cerbères de l’Hadès, mettre en texte, en images, en film, les bredinneries de l’athanor infernal qui leur tient lieu de conscience, leur chausse-pied idéologique ne fera jamais rentrer le tout dans la partie et la morale dans des considérations idéologico-égomaniaques. La morale est, elle traduit en règles de vie sociale ce qui est bien et ce qui est mal. Et de ce fait, puisqu’elle n’a pas d’existence en soi, la morale n’est pas malléable, au gré des caprices de tel ou tel dirigeant, fût-il de droite ou de gauche, zélateur de Kafka ou prosélyte de la panse de brebis farcie. Comme pour la gravité, on peut l’étudier, la commenter, la décrire, mais la morale ne se change pas. La morale et la pesanteur, même si parfois l’on aimerait bien s’en affranchir, sont des constantes. Et s’il ne veut pas finir comme Icare, l’hurluberlu de l’hôtel de Rochechouart, tout ministre qu’il est, devrait s’en souvenir, au lieu de ressasser ses vieilles lunes révolutionnaires, et les vieilles haines recuites, d’éradiquer l’Église.

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