Notre entretien avec Joseph Fadelle

Publié le 25 Nov 2010

Mohammed Moussaoui est l’un des dix frères d’une grande famille chiite irakienne. Lors de son service militaire, il est contraint de partager sa chambre avec un chrétien. Il vit alors dans l’espoir de convertir ce dernier à l’islam. Mais cette rencontre et la bienveillance de ce Massoud à son égard vont faire basculer sa vie. Il découvre le Christ petit à petit, et demande ensuite le baptême. Sa propre famille tente alors de l’éliminer. Mais avec sa femme, d’abord scandalisée avant de se convertir également, ils vivent cet enfer grâce à l’amour et à l’attente du « pain de Vie ». Ayant miraculeusement échappé à la mort, et toujours sous le coup d’une fatwa, il a fui l’Irak et vit désormais en France. Il a publié récemment le récit de sa conversion dans un ouvrage bouleversant intitulé Le prix à payer.

Propos recueillis par Faustine des Lys

Votre histoire est exceptionnelle, mais est-elle unique ?

Joseph Fadelle : Bien sûr que non, je ne suis pas un cas exceptionnel. Je ne suis pas le premier et ne serai pas le dernier à être persécuté parce que j’ai choisi le Christ. Tous les jours des gens sont tués pour leur foi dans les pays musulmans. Pendant neuf ans je n’ai pas pu donner mon témoignage, il y a sûrement aussi des situations comme la mienne, des gens qui ne peuvent pas parler. C’est pour ça que mon histoire semble exceptionnelle.

Votre femme est restée muette devant sa famille lorsqu’elle a appris votre conversion. D’autre part, votre oncle et vos frères vous ont laissé pour mort dans le désert de Jordanie, après vous avoir tiré dessus à bout portant. Parlez-vous de miracle pour ces épisodes de votre vie ?

Le vrai miracle c’est l’Eucharistie. Pourquoi en chercher partout ailleurs ? Ces deux évènements sont extraordinaires à nos yeux, mais rien n’est difficile à Dieu. Si nous avons la foi nous pouvons déplacer les montagnes… Dieu agit sur des choses qui nous échappent c’est vrai, mais notre problème est le manque de foi. Nous ne voyons plus le vrai miracle…

Qu’est-ce que vous risquez aujourd’hui en France ?

La mort, que je risquerai toute ma vie à cause de la fatwa prononcée à mon égard. Tout musulman qui suit la règle coranique a le devoir de me tuer puisque j’ai quitté l’islam pour embrasser la religion chrétienne.

Et pourtant, vous avez écrit ce livre, et vous donnez des conférences…

Témoigner de l’amour du Christ vaut la peine de pren­dre ces risques. Mais j’ai aussi parlé pour que la foi des autres se réveille en France. Et, à travers mon livre, j’ai également voulu parler de la situation des chrétiens au Moyen-Orient, dans le monde musul­man. C’est dangereux, mais pour le converti que je suis, parler est plus fort que tout !

Ce livre est le fruit de la Providence, j’aurais aimé l’écrire avant mais le Seigneur m’a fait attendre, peut-être parce qu’il n’aurait pas eu le même impact il y a neuf ans !

Revenons sur votre histoire. Comment considériez-vous les chrétiens alors que vous étiez musulman ?

Avant de rencontrer le Christ, je voyais les chrétiens à travers le Coran, je les considérais comme on me demandait de les considérer. C’est-à-dire comme des impurs qu’il faut combattre et tuer. La pire insulte que l’on peut recevoir dans ces pays-là, c’est « face de chrétien ». C’est amusant parce que la légende veut que les chrétiens sentent mauvais du fait de leur impureté. C’est la première chose qui m’a étonné chez Massoud, le chrétien qui partageait ma chambre lors de mon service militaire. Il sentait bon !

Et désormais, quel est votre regard sur l’islam ?

Je pense qu’il est vraiment important de distinguer avant toute chose les musulmans et l’islam. Les musulmans sont ma famille, nous sommes égaux dans l’humanité. J’aime profondément les musulmans. Mais l’islam comme religion ou comme idée est la plus mauvaise chose que l’humanité ait pu produire. C’est la seule religion qui ordonne de tuer l’autre. C’est donc évident que ce n’est pas bon pour l’humanité, c’est même un danger planétaire. D’abord pour les musulmans eux-mêmes. Ils sont même divisés entre chiites, sunnites, salafistes… et poussés à s’entretuer. Je l’ai dit une fois, bien inspiré, et je le répète : la seule chose bonne dans l’islam, ce sont les musulmans !

Les chrétiens aussi sont divisés… et l’histoire nous apprend qu’ils n’ont pas été les derniers à tuer…

C’est vrai mais il y a une différence majeure entre les deux. Les chrétiens s’entretuent, ou se sont entretués, mais la Bible n’appelle jamais à tuer l’autre, alors que la loi coranique et le Coran poussent à tuer. Si vous voulez, il existe des chrétiens « mauvais », ce sont ceux qui ne suivent pas la Bible. Les musulmans « mauvais » ou extrémistes sont justement ceux qui lisent et appliquent le Coran !

Cette différence entre musulmans modérés et extrémistes est donc selon vous caduque ?

Oui, c’est sûr. Il n’y a pas de différence, il y a un seul Coran, et donc un seul islam. Certains musulmans ignorent ce que dit l’islam et sont bons car leur humanité leur dicte de faire des choses bonnes. En France, les autres sont des musulmans qui connaissent le Coran. Ils semblent modérés parce qu’ils sont pour l’instant en minorité et ne peuvent donc pas appliquer le Coran. Mais ceux que l’on appelle « bons musulmans » seront poussés à tuer comme les autres lorsqu’ils liront le Coran, ou ils quitteront l’islam comme je l’ai fait. Mais dans les pays musulmans, mon histoire le montre, quitter l’islam est tellement difficile que certains continuent à vivre dans l’islam par peur.

Il y a en plus le danger de la démocratie en France. Les musulmans cherchent une identité qui ne soit pas la France et se réfugient donc dans l’islam. Le jour où ils seront majoritaires au Parlement, ils voteront la charia !

Votre oncle a essayé de vous tuer avec vos propres frères. Votre père vous a jeté en prison et mené devant l’ayatollah qui a déclaré la fatwa. Pensez-vous que cette mise à mort soit une souffrance pour votre famille ?

C’est évidemment très douloureux pour eux, notamment pour mon père qui, je le sais, m’aimait beaucoup. Mais c’est la règle, l’islam les y oblige. Lorsque mes frères ont voulu me tuer la première fois, mon père a préféré la prison, espérant me voir revenir. Lorsqu’il a envoyé mon oncle et mes frères, il leur a ordonné de me ramener mort ou vif… en espérant bien que la peur et leur force me ramèneraient vivant. J’ai attendu le baptême treize ans, et ce fut une grande souffrance, mais là encore le bon Dieu savait pourquoi il me faisait attendre. Lorsque je me suis retrouvé devant l’ayatollah, j’ai pu renier mon appartenance à l’Église, et ainsi éviter à mes parents d’être responsables de ma mort. Si j’avais été baptisé je n’aurais pu me taire, ils m’auraient tué. C’est la loi islamique, et ils en auraient souffert.

Vous avez déclaré lors d’une interview à l’Aide à l’Église en détresse (AED) que votre but était de détruire l’islam…

C’est une phrase choquante, en effet, sur laquelle je ne reviens absolument pas, mais qui mérite d’être bien comprise. Je veux détruire l’islam, d’abord pour sauver les musulmans. La distinction entre les deux est encore une fois primordiale. C’est le salut des musulmans qui m’importe. Le fondement est le Coran, il faut pousser les musulmans à comprendre le Coran, et plus seulement l’apprendre par cœur, car il ne peut pas être parole de Dieu. Voilà un moyen bien concret, mais difficile à mettre en place, je le sais. Tout doit commencer dans la prière. Nous sommes des instruments, ce n’est pas nous qui détruirons l’islam et les sauverons, mais bien la main de Dieu !

Et que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de vouloir imposer votre vérité et vous appellent à plus de tolérance ?

Oui, je crie ma vérité qui est la Vérité, le Christ. Où est-ce que cela peut blesser ? Cette vérité-là ne tue pas, elle aime. Je n’impose rien à personne, mais je parle de l’amour du Christ. Le Christ est la tolérance même : personne d’au­tre que Lui appelle à aimer

ses ennemis. Qui triomphe, l’amour ou la tolérance ? Comment peut-on parler de tolérance à l’égard de l’islam ?… L’islam en minorité est « tolérant », mais il n’y a pas un seul pays musulman qui le soit. Tolérer l’autre ne nous empêche pas de parler de l’amour du Christ !

Vous avez attendu treize ans avant de recevoir le baptême et le « pain de Vie », c’est très long…

C’est très long, mais cette attente a été possible grâce à la soif inépuisable que j’avais. Au début lorsque les prêtres me refusaient le baptême par précaution je souffrais, puis j’ai rencontré le père Gabriel qui m’a toujours dit que je serai baptisé mais a transformé cette attente en préparation. Je voulais être baptisé en Irak, il m’a habilement fait comprendre que je devais obéir à l’Église qui me demandait de partir.

En avez-vous voulu aux chrétiens qui vous fermaient systématiquement les portes au début ?

Bien sûr, lorsque j’étais en Irak je ne comprenais pas pourquoi on refusait de me parler, de me baptiser… Mais avec le recul que j’ai aujourd’hui je ne leur en veux plus du tout, je comprends leur prudence. Baptisé un converti en Irak est passible de mort. En me refusant le baptême ils protégeaient toute la communauté chrétienne, et moi-même qui encourait également la mort. Ils n’avaient pas le choix.

Avez-vous été heureux de rejoindre les chrétiens de France ?

J’ai retrouvé en France les chrétiens que j’avais connus en Irak ou en Jordanie. Mais pouvoir aller à la messe plusieurs fois par jour si je le voulais a été une joie ! Mais les chrétiens français doivent se réveiller, réveiller leur foi ! Ça fait trop longtemps qu’ils dorment. Maintenant il faut parler aux musulmans, c’est notre devoir. La situation est telle qu’on ne peut plus se permettre de dormir. Ce n’est plus seulement une question de charité, c’est désormais notre responsabilité d’enfants de Dieu !

À lire : Joseph Fadelle, Le Prix à payer, L’Œuvre éditions, 224 p., 18 e.

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